CONSIDERATIONS
SUR LES
GRANDES OPÉRATIONS,
LES BATAILLES ET LES COMBATS
DE LA CAMPAGNE DE 1812 EN RUSSIE.
RÉFLEXIONS STRATÉGIQUES CONCERNANT LE THÉÂTRE DE LA GUERRE.
La configuration des frontières, le réseaudes communications, les oscillations des cou-rants d’eau, la détermination des points et deslignes stratégiques, l’assiette des différentesbases d’opérations et les avantages topographi-ques du terrain où on fait la guerre, servant àcoordonner les grandes opérations stratégiqueset à régulariser en général les systèmes d’in-vasion et de défense ; avant d’entamer mes con-sidérations sur les grandes opérations de lacampagne de 1812 , j’ai cru devoir offrir aulecteur un exposé succinct de la configurationde la partie de la Russie qui fut le théâtre dela guerre.
Une coalition s’était formée contre la Rus-sie , une coalition seule pouvait aussi entre-prendre une guerre semblable. Des frontièresqui s’étendent depuis les bords de la mer Ral-tique, jusqu’aux rives du Danube ; un peuplebelliqueux, attaché à son gouvernement et àses principes ; une armée digne de se mesureravec les plus belles troupes de l’Europe, né-cessitait, pour une opération pareille, unemasse de troupes qui surpassât toutes cellesque nous avions vues figurer dans les guerresmodernes, pour chercher à opérer par la vio-
lence ce qui ne pouvait jamais se faire par unesoumission volontaire.
Napoléon traîna donc l’Europe entière soussa bannière, inonda de soldats le territoire del’empire ; mais les résultats ayant tout à faittrompé son espérance, il mit pour toujoursune trêve à toutes les tentatives que l’Europevoudrait faire dorénavant pour vaincre lesRusses sur leur sol paternel.
L’empereur Alexandre, quoique resté seulavec ses sujets, contre une coalition euro-péenne qui s’était liguée contre lui, ne manquapas de triompher de tous les obstacles. Il avaiten sa faveur trois moteurs qui ne pouvaient ja-mais rester sans résultats avantageux : la fer-meté inébranlable de son caractère, la bravoureexemplaire et le dévouement de ses troupes, etl’étendue immense de son empire.
Une victoire complète couronna les travaux,la persévérance et le courage de la nation; etl’armée française, victime de plusieursdéfaites,fut presque entièrement détruite. Ce colosse depuissance, qui était parvenu à asservir la plusgrande partie de l’Europe, se sentit ébranléjusque dans ses fondements, et, en détruisant lecharme qui avait été jusqu’alors attaché à l’in-