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CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
vincibilité de l’armée française, la Russie offritaux peuples guerriers de l’Europe la leçontrouvée jusqu’alors si difficile, de triompher deNapoléon à la tète de ses valeureux vétérans.
Un climat sévère et la nécessité de parcourirdepuis les frontières des distances de 80 jus-qu'à 90 myriamètres pour atteindre les objec-tifs principaux, Pétersbourg et Moscou , ajou-taient aux difficultés naturelles des obstaclesplus grands à vaincre encore. Ces considéra-tions qui ne pouvaient avoir aucune influencemajeure pour des guerres entreprises dans despays plus tempérés, exerçaient dans celle-ciun pouvoir tellement impérieux, qu’elles né-cessitaient de la part des assaillants un plan decampagne qui possédât des traits caractéristi-ques, qui le rendît propre à être suivi dans uneguerre faite sur le territoire de l’empire russe.
Napoléon, peu accoutumé à plier sous lejoug impérieux des localités et des circon-stances, ne voulut pas se soumettre aux prin-cipes que la circonspection lui prescrivait, etsapa lui-même les fondements de son existencepolitique.
Division stratégique de la Russie. — L’es-pace de terrain compris entre la mer Bal-tique, le Niémen, le Boug, le Prout, la merNoire, le Dnepre et la Duna, se trouvantpartagé par de très-grands obstacles naturels,les marais du Pripet présentent, pour les combi-naisons stratégiques, deux sphères d’opérations,dont la différence est proportionnée à celle desmouvements qu’elles nécessitent et des moyensqu’on doit employer pour parvenir à s’avancerdans le cœur de la Russie. Ces deux sphèress’étendent, l’une des bords de la Baltique jus-qu’aux marais du Pripet, et l’autre depuis la
(1) La première entre dans le système d’invasion dela Prusse, et la seconde dans celui de l’Autriche et deleurs alliés. Leur étendue est tellement grande, queles opérations peuvent difficilement les embrasser dansleur ensemble.
(2) Ce qui doit être d’une considération majeurepour un pays qui, comme la Russie, par sa vasteétendue à parcourir, ne laisse pas la possibilité depousser dans une seule saison jusques au cœur de l’em-pire, ainsi que Napoléon eut l’imprudence de le faire.
(3) J’avertis le lecteur que je calcule la frontière dela sphère du midi, non d’après toute son étendue intrin-sèque, mais d’après l’emplacement préliminaire des ar-mées ennemies, ainsi que les points d’invasion dont,dans ce cas, le premier devrait être, pour la colonne
partie méridionale de ces mêmes marais, jus-qu’à la mer Noire.
Je les distinguerai par la sphère d’opérationsdu Nord et celle du Midi ( 1 ).
Ces deux sphères d’opérations, d’après la di-rection des communications principales quiconduisent dans le cœur de l’empire, donnentdeux modes particuliers de lignes d’opérations,etdont la différence est d’une influence majeuresur les opérations stratégiques. La premièreoffre des lignes d’opérations parallèles à lafrontière.
Chacune de ces deux sphèires possède ses dé-fauts comme ses avantages. Si celle du nord ades lignes d’opérations moiœs étendues, le paysqu’on doit parcourir fournit moins de ressour-ces, par la pauvreté de la contrée. La sphèred’opérations du midi, au contraire, présenteune étendue de 36 myriamètres de plus à par-courir pour atteindre l’objet principal des opé-rations; mais en revanche elle offre un climatmoins sévère ( 2 ), un pays infiniment plus fer-tile, et par conséquent des ressources beau-coup plus abondantes.
La sphère d’opérations du nord a une fron-tière plus étendue, celle du midi, une autreplus rétrécie ( 3 ). La première donne doncmoins de moyens de couper la retraite à l’ar-mée envahissante, la seconde n’oblige pas lesdéfenseurs à occuper une grande extension deterrain et à disséminer leurs forces, pour engarder les passages principaux. La premièrepossède une plus grande ramification de com-munications, par conséquent plus de facilitéspour les opérations concentriques et le rassem-blement des forces physiques sur les pointsstratégiques; la seconde présente un terrain
principale du flanc gauche, à Krasnostav et Ousrhany;pour celle du centre, à Lemberg et Bousk ; peur lestroupes de l’aile droite, à Brjejany et Farnopol. Lespoints de passage des frontières seront, pour la colonnede la gauche, à Oustiloug ; pour celle du centre, àBrodv ; pour celle de la droite, à Wolotschisk. Les co-lonnes intermédiaires et de sûreté auront leurs pointsde rassemblement à Samoscz, Tornaschev, Belge, Gol-kiev et Zlolschev, et leurs points d’invasion suaientMiliatin, Beresteschko et Sbarage.
Il n’est pas à présumer qu’un ennemi qui, en enantd’Allemagne, se propose de faire une invasion en Russieen choisissant la sphère du midi pour les opéntions,aillerassembler ses troupes dans la Bukovine ets’doignevolontairement des points objectifs, but des opéntions.