Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
15
JPEG-Download
 

DE LA GUERRE DE 1812.

le prince Bagration pouvait tomber en pleinesécurité sur son adversaire et lécraser.

Retraite des deux armées russes vers la Dunaet le Dnepre.La frontière fut franchie sans ré-sistance, et labandon de Wilna en futle résul-tat. Mais il était tout aussi peu possible pour lesRusses de défendre Wilna, que de sopposer àlinvasion des frontières, et les raisons en sonttoutes simples. Une frontière aussi étendue quecelle de lempire russe, nétant défendue paraucun point défensif permanent, devient acces-sible partout. Wilna, quoique point très-impor-tant, ne pouvait pas être maintenu; car en livrantbataille pour conserver ce poste, les défenseursauraient marché à grands pas vers leur pertefuture.

Napoléon espérait quon lui disputerait lacapitale de la Lithuanie, car on espère toujoursce que lon désire. Il fit même ses dispositionspour lattaque. Les Russes ne pouvaient réunirpour cette action, tout au plus que les deuxième,troisième, quatrième et cinquième corps din-fanterie, et les premier et deuxième corps decavalerie, ce qui aurait fait un total de 76,000hommes. Quelles chances auraient-ils euespour la victoire !

Au contraire, pendant que toutes les forcesdisponibles se seraient trouvées engagées avecles troupes qui formaient le centre de larméefrançaise, les corps des ailes, en savançant dansle pays, auraient profité de ce temps pour en-velopper les flancs de larmée du général Bar-clay de Tolly, et seraient peut-être parvenus àlui couper toute retraite.

Labandon de Wilna et la retraite des ar-mées vers la Duna et la Bérésina, furent doncdécidés.

Swentziany fut désigné pour être le point deconcentration de la première armée, et la com-munication de Wilna par Swentziany, commevoie centrale pour le mouvement dune partiedes troupes, tandis que le reste se dirigea duncôté par Wilkomir, et de lautre par Smorgonyet Kobylniki.

Camp de Drissa.Le choix de la communi-cation deSwenlziany, comme voie centrale, na-vait été fait que daprès le but quon voulait at-teindre , et qui était le camp de Drissa. Cest icique se développe donc dans toute son étenduele vice delassietteducampde Drissa ; Smolenskétait toujours etdevailêtre le pointprincipal de

U,

défense, et larmée désignée pour le couvrir, enabandonnant volontairement aux ennemis tou-tes les directions les plus courtes et les plus fa-ciles, allait senfermer dans un camp retran-ché , dont la position la mettait dans le dangerimminent de perdre ses communications aveclobjet principal des opérations.

Considérations sur la retraite du prince Ba-gration.Ce mal nélait pas encore le seul au-quel cette marche excentrique mettait en butte.Tout en se repliant avec la première armée versle camp de Drissa, on navait pas perdu de vueque la réunion des deux armées des générauxBarclay de Tolly et du prince Bagration, étaitle but essentiel de la campagne, et ce dernierreçut aussi lordre de se porter sur le campde Drissa.

Toutes les opérations des armées russe etfrançaise devaient donc se circonscrire dansle triangle stratégique marqué par les pointsde Wilna, Drissa et Wolkovisk ; carie jour delentrée de Napoléon à Wilna, 1628 juin, leprince Bagration se trouvait encore à Wolko-visk.

En jetant les yeux sur la carte, et prenantle compas pour guide, on verra à la moindreobservation le peu de chances de succès quonavait laissé au prince de Bagration pour cetteréunion. Je juge donc l'homme daprès le fait,le prince Bagration daprès ses actions, et quilme soit permis de demander : Jamais généralfut-il dans une position plus critique, jamaismilitaire sen acquitta-t-il avec plus de gloire?

La marche excentrique sur Drissa décida,de prime abord, tout labandon du pays jus-quà Smolensk. Le général Barclay de Tollyne voulait pas, et avec raison, livrer de ba-taille décisive, avant que la réunion des deuxarmées ne fût effectuée; mais, daprès la posi-tion des deux armées, la direction quon avaitdonnée à la première, et les mouvements desennemis, celte jonction ne pouvait se faireque sur le Dnepre et à la suite des grandsmouvements de conversion. Je vais le démon-trer daprès le calcul des distances et du tempssur lesquels doivent être basées toutes les opé-rations stratégiques.

Les points de Smorgony et de Radoschko-vïtchy étant deux et jusquà trois fois plus rap-prochés de Wilna (qui, comme nous venons dele voir, était déjà au pouvoir des ennemis ) que