DE LA GUERRE DE 1812.
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DEUXIÈME ÉPOQUE,
DEPUIS L’OCCUPATION DE SMOLENSK PAU LES ARMÉES RUSSES, JUSQU'A LA REDDITION
DE MOSCOU.
Mouvement offensif sur Roudnia. — Du côtéde Smolensk les opérations prirent momenta-nément un caractère plus sérieux : ayant établison quartier-général à Witebsk, Napoléon eutl’imprudence de disséminer son armée, pourlui offrir, apparemment, plus de facilité d’exis-tence. Les troupes étaient réparties de la ma-nière suivante :
1° Les gardes et une division du 1 er corpsétaient à Witebsk;
2° Deux autres divisions du 1 er corps étaientà Polowiki ;
5° Le vice-roi était à Sourage;
4° Le maréchal Ney, avec le 5 e corps, étaità Liosua;
5° Le général Junot, avec le 8 e corps, étaità Orcha ;
6° Davousl, avec le reste de son corps, étaitsur le Dnepre, du côté de Bérézynia;
7° Leroi de Naples, avec les 1 er , 2 e et 3 e corpsde cavalerie, était à Roudnia.
Cette répartition des troupes françaises étaitsans doute une grande faute, et méritait unepunition. Napoléon n’ignorait pas que la jonc-tion des deux armées russes venait de s’opérer,et qu’elles possédaient des forces respectables :la dissémination de ses corps pouvait donc fa-cilement le rejeter sur la défensive, et ce dés-avantage n’était pas encore le seul. Était-ilattaqué à l’improvisle, il mettait les corpsavancés à la merci d’une défaite non douteuse ;se proposait-il de prononcer son mouvementoffensif vers Smolensk, il retardait de plusieursjours l’exécution du projet, à cause de la gran-
deur du mouvement de conversion du flancgauche, qui était à Sourage.
Les Russes avaient conçu l’idée de profiterde la dissémination des ennemis, de tomber àl’improviste sur Roudnia, de battre et de dis-séminer du moins une partie des troupes ducentre qui s’y trouvait. Les deux armées russesavaient commencé leurs mouvements offensifset avaient déjà dépassé sur leur droite Prikaz-Wydra, sur leur gauche Nadva, lorsque le gé-néral Barclay de Tolly, appréhendant d’êtretourné par son flanc droit, renonça au mouve-ment offensif projeté, et se prolongea par sadroite pour gagner la communication qui mènepar Poreczié à Smolensk.
Ce mouvement offensif, qui promettait de sibrillants résultats, mérite d’attirer notre atten-tion et d’être développé avec méditation.
Considérations. — Toute chose ayant ses bor-nes, ce mouvement, tout bien combiné qu’ilétait dans son principe, avait ses limites aussi.Supposant que la marche des armées russes surRoudnia restât un secret pour les ennemis, cequi pouvait certainement arriver, on tombaitsur les trois corps de cavalerie des générauxNansouty, Montbrun et Grouchy. Us auraientété en butte à de grandes pertes, et les au-raient faites effectivement. Pendant qu’on seserait occupé à terrasser ces trois corps, Na-poléon, instruit de celle attaque imprévue, seserait mis en mesure de rassembler ses troupes.
Je n’ai pas l’orgueil de prétendre avoir de-viné les idées de Napoléon, mais toutes lesprobabilités me font supposer que le point de