CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS
?>(>
Au mois d’octobre, les grandes opérationsprirent une tournure tout à fait favorable pourles Russes. A l’exception de la garnison deRiga et du corps du général Sacken, toutes lesarmées russes reprirent l’offensive. Elles ve-naient d’entreprendre leurs mouvements deconcentration, dont le point de Borissov avaitété désigné comme le foyer. Les points de dé-part des armées étaient cependant à des dis-tances trop différentes du point de concentra-tion , pour qu’une parfaite harmonie présidâtà des mouvements aussi étendus, et, par consé-quent, soumis à tant de difficultés. Qu’on consi-dère qu’à l'époque à laquelle le maréchal Kou-tousov entreprenait la poursuite de la grandearmée française, le comte Wittgenstein setrouvait du côté de Lepell, et l’amiral Tschi-chagov était à Czernavczitsy. L’immensité dutrapèze limité par les points de Polotzk, Brest-Litovskoï, Babrouisk et Malo-J aroslavetz, par-lent sans équivoque en laveur de la difficultéd’exécuter le plan projeté. Mais cette difficultémême doit relever, aux yeux des militairesimpartiaux, la combinaison des marches quiamenèrent en grande partie, à la mi-novembre,les résultats des opérations qui avaient éLéprescrites deux mois plus tôt, et dans un mo-ment où les deux armées principales se trou-vaient à une distance de 120 myriamètres Tunede l’autre.
Retraite de l’armée française. — Nous som-mes parvenus à l’époque de la retraite décisiveet non interrompue des armées françaises; ellesvenaient de quitter leurs positions, et aban-donnaient le terrain dont elles étaient maî-tresses, à leurs ennemis. Après l’échec reçu àMalo-Jaroslavetz, la grande armée se repliavers la route principale de Moscou à Smolensk,qu’elle rejoignit à Ouspenskoïé, entre Mojaisket Gjatzk.
Après la reddition de Polotzk, le corps dumaréchal Saint-Cyr rétrograda lentement versl’Oula, en cherchant à couvrir la ligne prin-cipale d’opérations de la grande armée.
La marche perpendiculaire du comte Witt-genstein à la grande communication, a dù pa-raître dangereuse à Napoléon; aussi s’empressa-t-il de renforcer le corps affaibli du maréchalSaint-Cyr, par celui du maréchal Victor, quistationnait à Smolensk.
Il est difficile de s’expliquer le projet que
Napoléon conçut de se replier par la granderoute de Moscou à Smolensk, tandis qu’il n’yavait pas été obligé. Au moment où le maré-chal Koutousov fit son mouvement rétrogradevers Gonczerovo, mouvement qui, sans doute,n’avait pas échappé à la connaissance de Napo-léon, et que le maréchal Davoust prit posses-sion de Malo-Jaroslavetz, le chemin de Médynnétait devenu libre et ouvert à l’armée française.L’armée russe ne pouvait plus ni la prévenir àMédynn, ni même inquiéter son mouvement,à cause du retard que sa retraite vers Goncze-rovo apporta à sa marche.
Quel sentiment faut-il donc porter sur la ré-solution de Napoléon, de vouloir s’enfoncerdans un pays ruiné qui, ne pouvant lui offriraucune ressource, tandis qu’il s’en était mé-nagé très-peu par des dépôts temporaires, de-vait nécessairement mettre l’armée française àla merci de cruelles privations? Le but prin-cipal ayant manqué, il lui restait un devoirsacré à remplir, celui de soustraire son arméeaux désastres que ses ennemis lui préparaient.Un dévouement pareil à celui que l’armée fran-çaise a déployé pendant les quatre premiersmois de cette funeste invasion, devait-il êtrepayé par l’insouciance qui présida à ses grandesopérations finales? Au moment à peu près leplus important de son existence militaire, il semontra momentanément au-dessous des res-sources fécondes dont la nature l’avait doué.Les frimas semblent avoir glacé son esprit ; car,en 1814, nous revoyons le même génie pré-pondérant se reproduire avec une nouvelle vi-gueur , et, à la tète d’une poignée de braves,offrir à l’Europe étonnée une résistance aussisavante qu’opiniâtre.
Le sort de l’armée française fut dès-lors décidé.
Opérations offensives de l’armée russe. — Lemaréchal Koutousov détacha une colonne sousles ordres du général Miloradovitch, qui pour-suivit la grande armée française par la granderoute, tandis que lui-même, avec le reste deses troupes, se dirigea parallèlement à la com-munication de Moscou à Smolensk, prêt, à cha-que moment opportun, à tomber sur le flanc del’armée ennemie.
Deux militaires audacieux furent opposésl’un à l’autre : le général Miloradovitch et lemaréchal Davoust; l’un commandait la colonnequi poursuivait l’armée ennemie par la grande