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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
En jetant un regard sur le vaste empirerusse qui, dans l’espace d’un siècle, a triomphéde ses deux ennemis les plus implacables, lasituation de la ville de Smolensk frapperamême les regards du stratège inexpérimenté.Placée comme par un heureux hasard entredeux grands fleuves qui la mettent en contactavec le nord et le midi de l’empire, elle facilitele transport des trésors qu’on déposera dansses murs ; c’est vers une cité si favorisée parles localités que se portent les regards des in-dividus de toutes les classes. Chacun chercheà se frayer une voie pour y parvenir , et elledevrait devenir le foyer où se rassembleraienttoutes les ressources des vastes régions qui l’en-vironnent.
C’est ainsi que la culture des terres, les pro-grès de l’industrie, la nécessité de communi-quer avec les pays lointains, de se mettre encontact avec leur civilisation et resserrer lesliens qui doivent unir tous les hommes , con-courent à faire des grandes cités des pointsimportants.
Smolensk devra toujours être un des objetsprimitifs de la défense des Russes et des atta-ques des peuples de l’occident.
Qu’on jette un regard sur la position géogra-phique de Moscou, ancienne capitale de nosczars; d’autres combinaisons se développent ànos yeux et un autre avenir semble lui être ré-servé. Toutes les communications que la naturea tracées, en l’éloignant des contrées civiliséesde l’Europe, semblent l’attirer involontaire-ment vers les pays que mouille la mer Cas-pienne, ou ceux dont les arides monts d’Ouraldéfendent l’entrée, et où, jusqu’aux produc-tions végétales, tout concourt à rendre la naturesauvage et barbare. Cette ville a aussi été, pen-dant bien longtemps, le point de mire des bar-bares de l’Asie , et a succombé plusieurs foissous leurs coups.
En approfondissant encore plus les proprié-tés des terrains déchirés par des fleuves, nousy puiserons une autre loi et d’autres principesnon moins importants. Dans nos mouvementsoffensifs, la difficulté de les franchir ne nousservira-t-elle pas d’indication suffisante pourchercher à éviter les terrains qui en sont dé-chirés , afin de ne pas multiplier les obstaclesque l’homme ne pourrait vaincre qu’à la suitede grands efforts? En rappelant à notre mé-
moire la trop fameuse expédition de l’année1812, en suivant attentivement le chef de l’ar-mée française dans son mouvement offensif etdans celui de retraite, nous le verrons s’avan-cer entre les grands fleuves pour éviter lesdifficultés qu’engendre leur passage; forcé en-suite, par les manœuvres de ses adversaires, àlutter de front contre la Bérésina, venir ense-velir dans ses flots son espérance et son avenir.
Les fleuves en rapport avec la stratégie peu-ventdoncêlre considérés sous un double aspect :
!. Comme ligne de communication ;
2. Comme ligne de défense.
Les plateaux hydrographiques de ces massesd’eau se trouvant, ordinairement, sur des ter-rains élevés, serviront aussi d’indication pourla recherche des points culminants, dont lesavantages sont d’autant plus grands, qu’en do-minant sur les terrains environnants, la naturesemble leur avoir accordé des avantages incon-testables , que la lactique ne peut que rendreplus positifs encore.
Tout ce qui regarde les principaux change-ments de direction des fleuves, les affluents qui,en déchirant la surface de la terre en sens dif-férents , circonscrivent des sections différentesaussi; les berges, les gués, etc., tous ces ob-jets appartenant aux détails, nous font un de-voir d’y revenir plus tard.
En avançant vers l’ouest, l’attention du mi-litaire se voit attirée par les fameux marais duPripet, terrain inculte, dont les eaux stagnan-tes et basses, rendent tout moyen naturel decommunication impossible. Resserrée entre leDnèpre et le Niémen, cette création vicieusepartage la partie de la Russie comprise entrele Niémen, la Duna et le Dnèpre en deuxsphères, qui pourraient rester inconnues l’uneà l’autre, si la main de l’homme n’avait pasemployé les secours de l’art pour se frayer desvoies, qui n'en restent pas moins aussi difficilesque rares. Par rapport à la stratégie, cet.e bar-rière naturelle formée par un terrain aqueux, tn’offrant que des difficultés à surmonter, des*communications très-rares et dénuées ce pro-,priétés, nous fait une loi de l’éviter, et rendles deux sections du nord et du midi de laRussie, à peu près étrangères l’une à lautre,et les constitue en sphères indépendantes, dontl’intégrité repose sur les propriétés que la na-ture a fait tomber à chacune d’elles en pirtage.