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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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I)E LA STRATÉGIE.

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En franchissant le Niémen pour aller chercherde nouveaux phénomènes et puiser de nou-velles idées, le militaire parcourt de vastesplaines, où son œil ne rencontre d’autres obs-tacles, pour les embrasser dans leur ensemble,que des forêts dont l’élévation les cache à savue, quelquefois dans leur totalité, souventdans leurs parties. En franchissant ces taillis, ilremarque les propriétés du sol sur lequel ilsreposent. L’égalité de la surface du terrain qu’ilparcourt, la facilité avec laquelle il franchitces rideaux, déterminent à son esprit leurs pro-priétés, qui consistent plutôt dans la possibi-lité de cacher les mouvements, que d’appor-ter des difficultés pour s’y opposer. Les plainesque la main de l’homme a arrachées à leur étatde barbarie, étant les terrains où les grandesmasses peuvent se rassembler, se mouvoir avecfacilité, et où l’homme trouve plusieurs abrispour se défendre contre son adversaire, devien-dront ces champs de carnage où le choc des bél-ligérants décidera la querelle en faveur de l’unou de l’autre parti.

En changeant de direction vers le sud, lemilitaire se voit arrrété par la chaîne des montsKrapacks, qui servent aux pays autrichiens derempart contre l’invasion des peuples du nordde l’Allemagne. Leurs flancs ceignent la Hon-grie, la Moravie, se joignent au Riesengebirgeet à l’Erz, ainsi qu’aux sillons latéraux duFichlelberg et du Ilarz, et forment un systèmecontinu qui s’étend d’un côté vers l’ouest et del’autre vers le nord.

Ces masses de terrain en boursouflure, restesantiques des premières cristallisations, quel’œil observateur de l’homme ne saurait cepen-dant saisir que dans leur ensemble, et dont lesdétails, par leur complication et leur irrégu-larité, échappent aux combinaisons les plussavantes et les plus subtiles, ne manquent pasde se caractériser par rapport à la stratégie pardes propriétés distinctes, qui dérivent de leurconfiguration, des difficultés qu’elles engen-drent et de la résistance qu’elles peuventfavoriser.

Véritables labyrinthes, les chaînes de mon-tagnes se trouvent rarement isolées ; mais sereproduisent ordinairement par des chaînes la-térales ou divergentes. N’étant soumises àaucun ordre déterminé, nous les voyons secroiser dans des directions différentes, former

des nodosités d’où jaillissent de nouveaux sil-lons, lier souvent ensemble plusieurs systèmesde montagnes, qui forment un rempart hérisséde difficultés, que la barbarie de la nature nefait que multiplier.

L’élévation des sommets, l’abaissement desvallées, rendent, en général, ce terrain diffi-cile à franchir, tandis que l’angustie des en-foncements s’oppose à la facilité du passagepour un certain nombre d’hommes. La directionirrégulière de ces vallées, qui suivent leschaînes dans leur divergence, qui décriventdes lignes tortueuses et souvent croisées, enrend la connaissance détaillée très-difficile, etleur attaque dangereuse contre un ennemivigilant et circonspect.

Les chaînes de montagnes par rapport à lastratégie doivent être envisagées sous cinqpoints de vue différents :

1. Sous le rapport de la direction des chaînesprincipales, qui détermine la forme des revers;

2. Sous le rapport de la direction des ver-sants auxquels sont subordonnées la difficultéou la facilité des pentes;

3. Sous le rapport du nœud des vallées ;

4. Sous le rapport des points culminants ;

3. Sous celui des contreforts.

La direction tortueuse des chaînes princi-pales, en déterminant la forme des revers, doit,parla configuration qui en provient, influernécessairement sur les déterminations de lastratégie et en multiplier les combinaisons.Les angles saillants ou rentrants que formentles chaînes, en découpant des sections de ter-rain de la même forme, offrent à leurs posses-seurs tant de moyens faciles d’en défendre lesapproches , que ce n’est ordinairement qu’à lasuite de profondes combinaisons et d’une grandecirconspection, que les assaillants parviennentà les forcer, sans courir les chances désavan-tageuses d’un débordement ou d’une attaqueinopinée.

L’escalade des pentes, en paralysant dans lesassaillants les facultés de la défense, mérite uneattention d’autant plus grande, que la direc-tion de ces pentes, détermine aussi celle desenfoncements , et sert de guide dans le choixdes voies les plus sûres et les plus avantageuses.

Après avoir surmonté de grandes difficultés,c’est le nœud des vallées qui devient le lieu derepos et de rassemblement des troupes. Ces

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