Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
89
JPEG-Download
 

DE LA STRATÉGIE.

80

grands avantages dont la jouissance n’es,t ré-servée qu’à peu de pays, et que la Russie aussine peut mettre à profit que dans une guerrecontre la Turquie, ou contre un ennemiqui aurait l’imprudence de porter ses forcesmajeures contre Riga, et en dépassant la place,se porterait d’une manière inconsidérée surVolmar et Dorpat.

En 1807, Dantzick, envisagée comme pointde diversion, pouvait rendre de grands servicesà l’époque du choc des armées belligérantes àPreuscli-Eylau.

Domaine exclusif de la marine, sans le se-cours de laquelle la mer devient un obstacleinsurmontable, dans l’hypothèse que nousavons débattue, elle sert aussi de ligne flan-quante d’un avantage très-marquant. Le prin-cipal est de ne pas s’exposer à faire un chan-gement de front qui place cet obstacle à dos dudéploiement stratégique; inconvénient funestequi peut, comme nous venons de nous en con-vaincre, avoir des résultats malheureux.

Les Lacs. Nous devons partager les lacs endeux catégories : les grands lacs et les petitslacs. Les premiers, comme celui de Genève oude Garde, doivent être envisagés comme depetites mers où des bâtiments d’une grandeurpeu considérable peuvent naviguer. En occu-pant de grands espaces de terrain, ils peuventsouvent favor iser les mouvements dont on veutcacher la connaissance à son ennemi, tandisque leurs rives assurent les flancs des positionsstratégiques et des lignes d’opérations. Dansla campagne de 1/796, le lac de Garde a jouéun rôle important (dans les grandes opérations,et Napoléon a profi té de cet obstacle, justementdans le sens de ces différentes propriétés.

Les petits lacs ne méritent d’attirer l’atten-tion du militaire topographe, que lorsqu’ilssont rassemblés en grand nombre sur une petitesection de terrain, comme, par exemple, surla rive gauche de la Duna, entre Wilkomir etDunabourg, ou entre Wischni-Wolotschok etKreslzy, où ces lacs, contournés par la Msta,forment une section de terrain dont on peutprofiler avec avantage pour la défensive. Engrande partie liés entre eux par des sourcesmarécageuses, ces bassins épars au milieu desterres, forment des défilés d’une longue éten-due, où les communications se croisent et enfont un domaine chanceux. Un terrain pareil

est avantageux pour couvrir uno position stra-tégique , car aucun déploiement ne pouvant yêtre exécuté avec sécurité et avantage, lesgrandes opérations des assaillants pourraientrecevoir, sur un théâtre pareil, des complica-tions pernicieuses.

Les Fleuves. Les fleuves sont des accidents deterrains dont la stratégie tire beaucoup de res-sources, car, comme nous l’avons déjà vu, ilsservent non-seulement de lignes de défense,mais aussi de lignes de communications. Pre-nant leurs sources sur les points culminants desplat eaux hydrographiques, les fleuves détermi-nent aussi les pentes des terrains qu’il déchi-rent et dont les commandements donnent à latactique des avantages positifs. Sillonnant dansles pays auxquels ils appartiennent du midi aunord, de l’ouest à l’est, du nord au midi ou del’est à l’ouest, comme les exemples que nousoffrent l’Oder, l’Elbe, le Danube, le Pô, l’A-dige et la Seine ; possédant des affluents dontles directions irrégulières se présentent paral-lèlement, obliquement ou perpendiculairementaux mouvements qu’on entreprend; tantôt serapprochant, tantôt s’éloignant des chaînes demontagnes, les fleuves agrandissent ou rétré-cissent les plaines comprises entre ces grandsaccidents du terrain, et circonscrivent des sec-tions d’une configuration différente qui, parconséquent, engendrent des combinaisons éga-lement différentes.

Les points principaux qui doivent attirerl’attention du militaire, sont :

1. Les routes qui conduisent aux fleuves;

2. Les gués qui s’y trouvent ;

3. Les points, que la configuration du ter-rain qui l’environne et que les oscillations dufleuve désignent pour être les points de passage ;

4. La direction que le cours du fleuve prendpar rapport à notre ligne d’opérations princi-pales.

Les Routes, en liant les objets des opérationsentre eux, nous conduisent du point que nousabandonnons, vers celui que nous voulons at-teindre. Le nombre des routes qui nous mènentvers les fleuves étant souvent très-grand, il estindispensable d’en choisir les meilleures, etsurtout celles qui nous dirigent vers les objetsles plus importants des opérations.

Les Gués, sont les passages naturels les plusfaciles, qui nous dispensent de l’attirail de

12