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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

ponts, dont la construction est toujours dis-pendieuse et soumet à de très-grands dangersdevant un ennemi vigilant et hardi.

Ces gués ne se trouvent cependant que surdes fleuves d’une moyenne étendue et d’un vo-lume d’eau peu considérable, ou bien sur ceuxqui sont soumis à des crues périodiques, commela Duna. Les grands fleuves, au contraire, cou-lent ordinairement dans des vallées très-pro-fondes, et se trouvent renfermés entre desmassifs élevés qui, formant des pentes abruptes,en rendent les accès très-difficiles. Nous envoyons des exemples fréquents sur le Rhin etle Danube.

La désignation des points de passage desfleuves doit être en rapport :

1. Avec la facilité que la configuration topo-graphique nous offre ;

2. Avec les mouvements offensifs qui de-vront caractériser nos opérations, une fois quele passage sera effectué.

Lorsque aucun obstacle stratégique considé-rable ne s’y oppose, le premier cas se déter-mine par les courbures du fleuve et le com-mandement des rives, l'n angle rentrant et unerive qui possède un certain commandementsur la rive opposée, sont toujours le point leplus avantageux pour le passage.

Le second cas, au contraire, doit être enrapport avec les forces dont on dispose, lecontact dans lequel on peut se trouver avecd’autres et surtout avec l’objet principal desopérations qui se trouve sur la rive opposée.

Les fleuves possédant, ordinairement, despoints dont l’art a su rendre les accès très-difficiles, nous font une loi de prêter une grandeattention à ces nuances. Nous trouvons dans lacampagne de 1813, dans le passage de l’Elbepar le prince Blücher, un exemple bien instruc-tif, qui nous facilitera l’application de cesmaximes.

L’Elbe était la ligne défensive des Français.Les alliés occupaient, sur ses deux rives, lespositions suivantes : l’armée de Bohême étaitentre Toplitz et l’Eger, le maréchal Blücherà Bautzen, et le prince royal de Suède devantWittenberg. L’objet principal des opérationsdes trois armées était Leipzig. (Planche 2.)

L’Elbe était l’obstacle que le maréchal Blü-cher devait franchir. La section de ce fleuvecomprise entre les positions des deux armées

de flanc, possède quatre points défensifs per-manents : Konigslein, Dresde, Torgau et Wit-tenberg. Les forces du prince de Blücher n’é-taient pas assez puissantes pour oser s’isoler etentreprendre, avec l’armée de Silésie seule,quelque opération sur la rive gauche de l’Elbe.Il fallait donc effectuer le passage dans laproximité de l’une ou de l’autre armée, pourpouvoir ensuite opérer simultanément. Toutesles probabilités étaient contre sa jonction aveccelle de Bohême. Konigstein et Dresde défen-daient la section du fleuve où le passage auraitdû s’effectuer; la masse des troupes françaisesse trouvait dans celte direction aussi, et enfin,étant même parvenu à franchir l’Elbe, les deuxarmées alliées se seraient encore trouvées sé-parées par la chaîne de l’Erz.

En se portant vers la section de l’Elbe com-prise entre Torgau et Wittenberg, c’était setrouver d’accord avec toutes les règles de lapure stratégie, et Napoléon lui-même se seraitfait un honneur de concevoir un plan pareil.Par ce mouvement, le maréchal Blücher serapprochait de la plus forte des deux années,choisissait la section du fleuve qui offrait, ilest vrai, deux points défensifs aussi, mais quise trouvaient dans un grand éloignement l’unde l’autre; une section, dis-je, qui ne pouvaitêtre défendue que par les débris d’une arméequi venait de perdre une bataille générale très-meurtrière; et enfin , le passage étant une foiseffectué, le maréchal acquérait la faculté dediriger ses mouvements offensifs vers lobjetprincipal, de concert avec la plus puissantedes deux armées.

Quant aux directions que les cours des fleuvespeuvent avoir par rapport à la ligne d’opéra-lion principale, nous pouvons les envisagersous deux aspects différents :

1. Le fleuve coule parallèlement à. la ligned’opérations, ou

2. Tombe d’équerre.

La première de. ces deux directions es; tou-jours la plus avantageuse, car non-seulementle fleuve protège un des flancs de la ligne d’o-pérations, mais il peut servir aussi de ligae decommunication. Il faut nécessairement qie sespoints de passages soient assurés ; c’est alorsqu’il favorise les grandes opérations str lesdeux rives et nous offre, par conséquent, la fa-culté d’avoir deux lignes d’opérations, l’une