DE LA STRATÉGIE.
91
aussi avantageuse que l’autre, et des ressourcesmultiples pour nos mouvements offensi fs.
Dans le second cas, si les points de passagedu fleuve ne sont pas assurés parles ressourcesde l’art, les avantages intrinsèques de cetteligne deviennent moins considérables.
Au reste, on n’est pas toujours en droit demettre à profit les différentes directions desfleuves. Ces masses d’eau , ayant le plus sou-vent des cours parallèles aux frontières, seprésentent communément d’équerre aux lignesd’opérations.
Mais lorsqu’aux ressources que la nature aaccordées aux fleuves, on ajoute encore lesavantages que nous procure l’art, on en faitquelquefois des lignes inexpugnables, et qu’onne parvient à conquérir que par un équilibreprépondérant de forces physiques. C’était lecas de l’armée française en 1813 , lorsqu’elleoccupait la position centrale de Dresde.
Les fleuves sont des accidents de terraind’autant plus avantageux que, formant des li-gnes non interrompues, ils peuvent offrir à l’artpartout les mêmes difficultés à vaincre et lesmêmes avantages dont il puisse profiter.
Le réseau que forment les fleuves, sert ausside base aux dispositions pour la défense desÉtats par les fortifications. Des places fortesassises à cheval sur de grands fleuves, dont lescours font partie iutégrante de l’échiquier stra-tégique, sont d’un avantage incalculable. Lafacilité de pouvoir manœuvrer sur les deuxrives, oblige les ennemis à partager les forceset les constitue en lignes de défense intérieures.C’était le cas avec l’Elbe en 1813.
Les propriétés des fleuves, envisagés commelignes défensives, ne consistent pas seulementdans les difficultés que nous offre leur passage.La direction de leurs cours, en décrivant deslignes droites, convexes ou concaves; leursaffluents, en compliquant le réseau des massesd’eau, influent beaucoup aussi sur les positionsstratégiques qu’on prend sous leur protection.
Nous pouvons envisager ces positions sousplusieurs aspects différents.
1. La position peut être couverte par unfleuve ;
2. On en prend une sur le plateau hydro-graphique, où les eaux se partagent et vont,dans des directions opposées, déverser leurstributs dans de plus grands fleuves ou bassins;
•3. Celle qu’on prend sur un terrain resserréentre deux fleuves, qui offrent des lignes dedéfense dans différentes directions, en suppo-sant que l’ennemi dirige ses opérations offen-sives vers les deux flancs de la sphère d’opé-rations enclavée.
POSITIONS DE LA I'° CATÉGORIE.
Lorsque le fleuve sous la protection duquelon prend position décrit une ligne droite, iln’offre aucun avantage marquant ni pour ledéfenseur ni pour l’assaillant; les chances de-viennent égales. Une ligne dont la convexitéest tournée du côté des assaillants offre, au con-traire , aux défenseurs qui se trouvent dans lapartie concave, de grands avantages pour leursopérations. Une position centrale, en les rap-prochant de tous les points de la ligne de dé-fense , les favorise dans tous leurs desseins. Ilsont les communications les plus courtes en leurfaveur, et peuvent opposer une défense solideet avantageuse sur tous les points.
Dans le cas présent, le sommet de l’angleest toujours un objet bien important. Il devientle point immédiat de l’attaque des uns, et dela défense des autres. Les assaillants ne peu-vent, à peu près, entreprendre aucun mouve-ment de conversion pour le tourner, sans laisserleurs propres communications à la merci desdéfenseurs, et sans aller au-devant d’un dés-avantage stratégique positif. Recourons à unexemple :
Supposons qu’en 1814, au moment où lesalliés s’approchaient de Paris, le foyer poli-tique de la France fût transporté de la capi-tale derrière la Loire, et que la dissolution dela force mobile des Français pût seule influersur les circonstances qui amenèrent la paix (i).
Depuis Candes jusqu’à Nevers, la Loire formeun angle saillant dont la convexité aurait ététournée du côté des assaillants. Retirée derrièrecelte ligne, l’armée française aurait dû néces-sairement porter son attention sur Orléans, quiforme le sommet de l’angle. Trois communica-tions principales conduisent de Paris au fleuve.Celle de droite, par Versailles, Rambouillet,Chartres et Vendôme à Blois et Tours ; celle
(i) Voyez la carte de la France dressée par le dépar-tement des ponts et chaussées, en 1816 .