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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

et de ses bases d’opérations et d’approvision-nements , se vit obligé de se jeter en Bohèmepour atteindre l’objet principal, Vienne , etouvrit ainsi à ses ennemis des voies sûres etfaciles pour venir menacer la capitale, et pourse mettre en possession du foyer d’où rejaillis-saient tous les éléments qui pouvaient soutenirla guerre.

Ces grands résultats sont, sans doute, diffi-ciles à atteindre, et il n’appartient qu’à ungénie aussi transcendant qu’était celui de Na-poléon, de nous en donner un exemple.

Ce cas aussi n’est admissible, que lorsque labase d’approvisionnement ne possède aucuneforce défensive intrinsèque. Mais alors on doitchercher à la défendre par d’autres moyens, eton y laisse de gros détachements, ou l’armée deréserve, s’il en existe une.

Si, au contraire, cette hase est fortifiée, etpar conséquent chacun de ses points à l’abrid’un coup de main, les malheurs auxquelsl’armée dépostée de ses directions naturellespourrait être en butte, ne seraient que mo-mentanés. En rejoignant sa base sur une autredirection, elle en trouverait les points défen-sifs intacts, dont chacun servirait de pivot àses opérations et de soutien contre son adver-saire.

La longueur de la base d’approvisionnementdoitse déterminer par les points d’intersectionsqui servent de points de départ aux différentesdirections. Comme elle doit alimenter la guerre,il est juste que toutes les lignes de communi-cations qui partent des points d’intersections ,doivent tendre vers les vrais objets des opéra-tions; car,àquoi servirait-il d’étendre sa base,si sa ligne de communication mène ensenscon-trairede l’objet qu’on veut atteindre? Les Fran-çais, en se basant sur le Rhin pour porter laguerre en Allemagne, peuvent ne pas étendreleur base d’approvisionnement sur le flancdroit, plus loin que Vieux-Brisacli, sur leurflanc gauche, plus loin que Coblentz ; car lescommunications qui partent des autres pointsd'intersections du Rhin, vont plutôt en sensdivergent des lignes principales de jonctionsqui conduisent vers Leipzig et la vallée duDanube.

Tout ce qui regarde la configuration desbases d’approvisionnements, me paraît êtreplutôt de l’idéologie et que l’expérience ne jus-

tifie jamais. Que la ligne qui forme la base soitconcave, convexe ou droite, comme cette lignene se défend pas elle-même, mais se trouvesous la protection immédiate de l’armée active,toutes ces différentes configurations ne pour-ront jamais la sauver, si les défenseurs sontbattus, ni aggraver son sort tant que l’arméese maintiendra dans ses positions. Avant deparvenir à la base , il faudra se mesurer avecles troupes défensives, et si elles résistent,elles pourront toujours empêcher les assaillantsd’atteindreles points de dépôts. Si, au contraire,elles succombent, alors la base peut être con-cave, convexe ou droite, elle finira par êtreenvahie.

Une règle plus essentielle, c’est de ne pasétablir de base d’approvisionnement sur despoints qui soient séparés de la sphère d’opéra-tions de l’armée active, par des obstacles na-turels, qui rendent pénibles ses lignes de jonc-tions. Comme la base d’approvisionnement doitalimenter la guerre, il est tout juste que lepays par lequel l’armée doit communiquer avecelle soit facile à parcourir; car les grands re-tards , surtout dans les munitions de guerre,paralysent tout à fait les facultés défensives etoffensives des troupes.

Nous trouvons un exemple d’un choix aussivicieux dans celui que nous offre la campagnede 1800 des Français en Italie. Leur base d’ap-provisionnement se trouvait à Genève, séparéedu théâtre de la guerre par des difficultésaussigrandes que la chaîne des Alpes l'en ni nés, cequi rendait les communications difficiles et peusûres. Celle base ne pouvant être transportéetemporairement qu’à Milan, si le général Mêlass’était trouvé, comme il pouvait facilement lefaire, sur le Tésin, l’armée française aurait pu,à la longue, ressentir une grande pénurie dansles munitions de guerre (r).

La base d’approvisionnement étant la lignequi contient tout ce qui peut être nécessairepour faire la guerre, chaque état, pour êtrevraiment dangereux à ses voisins, doit cher-cher à constituer ses frontières de manière à! ce qu’elles puissent servir de base d’approvi-sionnement. Dans ce cas , l’armée mobile, ens’y rassemblant dans ses places, prend l’tffen-

(1) Je suppose que le pays aurait pu lui livre- pen-dant un certain temps les munitions de bouche.