Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
133
JPEG-Download
 

DE LÀ STRATÉGIE.

en échec. Vouloir garder tous ceux de la lignefrontière, qui sont d’une égale impou'tamce,serait tomber dans le défaut d’une dissémina-tion de forces, et le remède serait pire que lemal. Comme ce n’est pas en affaiblissant lesparties , qu’on prend la meilleure voie pourparvenir à un résultat avantageux, la concen-tration des forces est toujours le meilleur con-seil à donner pour prévenir les suites fâcheusesd’un cas pareil.

Je ne veux pas envisager toujours cette con-centration sous l’aspect d’une seule masse; laconfiguration des frontières protège souventl’emplacement des armées de manière à pou-voir combiner les opérations de plusieurs corps,sans porter atteinte à l’intégrité des points qu’onse propose de défendre. En thèse générale , ilfaut envisager la concentration sous le point devue de masses , dont chacune soit assez fortepour s’opposer aux tentatives que les ennemispourraient faire dans les différentes directions.

Il est tout juste que leur emplacement sur lesfrontières qu’elles se proposent de défendre,soit ordonné de manière à ce que l’ennemi nepuisse venir interrompre le contact constantqui doit exister entre elles. En un mot, cescorps doivent être partagés de manière àpouvoirse maintenir seuls, lorsque la nécessité l’exige,et qu’ils puissent se rassembler sans obstaclei en un seule armée, si un engagement généralétaitàprévoir et nous en imposait l’obligation.

Soumettons maintenant ces règles à de plusgrands détails et recherchons les principes quidériveront pour l’emplacement des armées deleurs rapports collectifs avec la configurationdes frontières, avec la ligne directrice de laguerre, avec l’objet principal des opérations etavec la base d’approvisionnement.

Les frontières d’un pays nous présentent,ordinairement, un grand espace de terrain etplusieurs points d’intersections où nous pou-vons franchir cette ligne. Il n’en est pas demême de la ligne directrice de la guerre et del’objet principal des opérations. Il ne peut yavoir qu’une seule ligne et qu’un seul point.L’attention de l’armée défensive se trouve doncpartagée entre les points d’intersections de lafrontière, la ligne directrice de la guerre etl’objet principal des opérations.

Si les circonstances, ou les désavantages to-pographiques , ne nous permettent pas de placer

135

les armées actives de manière à pouvoir resteren rapport intime avec les règles établies pourles différents objets mentionnés, et les défendreavec le même succès les uns comme les autres,il n’y a pas de doute que, dans un cas pareil, ilfaudra porter son attention et employer toutesles ressources de la défense, plutôt en faveurde la directrice, comme la ligne sur laquellereposent les grandes opérations et l’objet prin-cipal, et chercher à les soustraire aux coupsdes ennemis. La raison en est toute simple,c’est qu’entre la ligne frontière, la directricede la guerre et l’objet principal des opérations;ces deux derniers sont sans contredit les plusimportants, puisqu’en se laissant rejeter de laligne directrice de la guerre, on découvre auxattaques des ennemis l’objet principal des opé-rations, et en cédant ce dernier aux adversai-res, on leur livre le point le plus nécessaire duthéâtre de la guerre et qui décide, ordinaire-ment, du sort du pays qu’on attaque ou qu’ondéfend.

Ces considérations suffisent pour nous porterà mettre de préférence la ligne directrice sousla prolectiou immédiate de l’armée, c’est-à-dire, que les forces mobiles soient placées demanière à pouvoir la défendre immédiatementcontre l’agression ennemie, de quelque côtéque les assaillants se présentassent.

Comme la ligne frontière possède plusieurspoints d’intersections et de passage, il ne peutpas même en être autant pour la défense deces points différents, car si l’armée défensivese proposait de les mettre tous sous sa protec-tion immédiate, elle agirait en sens inverse dela règle générale et immuable de la concentra-tion , et marcherait à grands pas vers sa perte.

La règle générale pour l’emplacement pré-liminaire des armées actives, sera donc d’enplacer toujours une grande masse sur la com-munication qui doit servir de directrice à laguerre et dans la direction où cette ligne coupeles frontières. Les autres masses qui formerontle total des forces actives peuvent, par une ex-tension de déploiement, être employées à dé-fendre d’autres points d’invasions; mais leurposition doit être soumise à la règle générale,qui prescrit de rester en contact constant etnon interrompu avec les forces principalespour pouvoir, dans les cas d’urgence, secourirla masse primitive ou en recevoir l’assistance.