LES PRINCIPES
142 MÉMOIRES SUR
généraux russes parvinrent à se réunir sous lesmurs deSmolensk ( 1 ).
La complication des éléments du systèmedéfensif en rend les opérations beaucoup plusdifficiles que celles du système ofTensif. Obli-gée de protéger la directrice de la guerre, labase d’approvisionnement, et en général le ter-rain qu’elle défend, et de se moduler encore surles mouvements de son ennemie, l’armée dé-fensive se trouve souvent entre plusieursalternatives qui rendent son rôle très-pénible.Toutes les ressources de la stratégie et de latactique doivent être déployées avec subtilitéet précaution, tous les avantages du terraindoivent être utilisés avec sagesse et discerne-ment. L'individu qui saura maîtriser le systèmedéfensif, et en conduire les opérations avec sa-gacité et finesse, dominera toujours d’unemanière prépondérante dans une offensivedécidée.
Les désavantages inhérents au système dé-fensif nous mettent aussi dans l’obligation,au défaut d’une force majeure active, de l’ap-puyer du moins par une autre passive : ce sontles places fortes. Elles sont appelées à y jouerun très-grand rôle, et ne pouvant être élevéesen peu de temps, leur construction nous faitun devoir de nous en occuper de longue main.
Un des grands avantages d’un échiquierbien fortifié est, non-seulement de nous offrirdans ses objets d’opérations des points d’appuipermanents, mais de nous ménager aussi plu-sieurs retraites qui nous mettent à même demanœuvrer dans différentes directions, et deparalyser les mouvements offensifsdes ennemis,en nous portant sur une communication laté-rale qui offre une position de flanc.
Cette opération, très-avantageuse en effet,revendique cependant des apprêts prélimi-naires. Les a-t-on négligés, la manœuvre secomplique et devient épineuse, car on décou-vre l’objet principal des opérations.
Au défaut des places fortes, on ne saurait ysuppléer que de deux manières :
(î) Ayant déjà eu l’occasion de développer toutes lesopérations de cette campagne, je prends la liberté d’at-tirer l’attention du lecteur sur mon ouvrage intitulé:Considérations sur les grandes opérations, les batail-les et les combats de la campagne de Russie en 1812( Pag. 55 à 62). Il y trouvera tous les détails nécessai-
d. Par les grands espaces ;
2. Par les chocs tactiques.
En attirant les armées offensives dans l’inté-rieur du pays, et en les éloignant de leur basealimentaire, on soumet les approvisionnementsde leurs munitions de guerre et de bouche, àun transport pénible et irrégulier, et on lesexpose à des privations très-nuisibles pour laguerre, comme l’exemple que nous en offre lacampagne de 1812 et les désastres de l’arméefrançaise.
En utilisant les ressources de la tactique,parvient-on à vaincre son adversaire, on para-lyse ses mouvements offensifs. La guerre queFrédéric Ilasoutenue contre l’Europe coalisée,nous en offre des exemples bien instructifs (a).
Un système de montagnes qui partage lethéâtre de la guerre en sphères indépendantes,est une des plus fortes lignes de défense que lanature puisse nous offrir, et le plus ferme ap-pui de la défensive. Abstraction faite des diffi-cultés qu’elle offre pour s’en rendre maître,elle soumet souvent les assaillants, qui s’en se-raient mis en possession, à un changement debase d’approvisionnement que les difficultés duterrain qu’on parcourt rendent quelquefois in-dispensables. Tel est le cas que nous offre lescampagnes de 1828 et 1829 contre les Turcs.Tant que l’armée russe opérait en Bulgarie, laplace de Varna lui servit de base temporaired’approvisionnement. Séparée de la Rouméliepar la chaîne des Balkans, cette place perditbeaucoup de ses avantages du moment où lesRusses franchirent la chaîne. La difficulté decharier les munitions de guerre et de boucheau delà de ces montagnes, les obligea d’en éta-blir une autre sur les revers méridionaux, enprenant Missévri, Bourgas et Sizépoli pour dé-pôts temporaires. Ce changement put s’effec-tuer avec facilité, car la mer Noire était aupouvoir des Russes, et que les villes maritimesfurent conquises par eux ; mais toutes les ar-mées ne sont pas toujours aussi favorisées parles localités que l’a été celle de la Russie, et
res sur celte partie intéressante de nos opérations dansles considérations que l'emplacement de nos armées àcette époque m’a suggéré.
( 2 ) A ce sujet, les militaires ne sauraient assez étu-dier l’ouvrage du général Jomini sur les grandes opéra-tions militaires.