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EXAMEN RAISONNÉ
pendant les moments où les travaux de laguerre demandèrent l’emploi des principes del’art militaire.
« L’objet de la guerre, dit Montesquieu ( 1 ),» c’est la victoire, celui de la victoire la con-» quête, celui delà conquête la conservation. »En admettant, et avec justice, la bonté destroupes comme une des grandes causes des vic-toires , et faisant abstraction de toute idéed’envahissement, je dirai, sans risquer de tom-ber dans le défaut de l’hyperbole, que la sécu-rité des trônes, comme le bien-être des nations,tiennent au perfectionnement des trois armesdifférentes, l’infanterie, la cavalerie et l’artil-lerie, par des nœuds indissolubles. Elles for-ment ce bouclier sous la protection duquel lespeuples conservent leur sécurité sociale et po-litique , les pays leur intégrité. En les envisa-geant sous ce rapport si essentiel, que de soinsne doit-on pas leur accorder pour les rendrecapables de remplir avec dignité le rôle qu’ellessont appelées à jouer !
Ces mines précieuses dont les militaires,dans les temps anciens, ignoraient l’exploita-tion , 11 e livraient que des trésors bruts et in-capables de résultats aussi surprenants. Cen’est qu’en perfectionnant l’organisation, l’or-donnance, et,en général, la tactique des troisarmes; c’esl en apprenant ensuite à profiter deleurs propriétés et à les employer au momentopportun, que le militaire marcha d’un pasferme et assuré dans ce dédale de combinai-sons , dont le réseau a été si bien conçu et lesdifficultés si bien développées pendant lesguerres modernes.
C’est en grande partie à Napoléon qu’ap-partient cette gloire. C’est à lui que les armes,dont je me propose de discuter les propriétés,doivent leur élévation, ainsi que le dévelop-
(r) Esprit des Lois.
(a) L’enthousiasme religieux (a) ou l’amour de sonsouverain et le vrai patriotisme (b), ont rendu quel-quefois des troupes jeunes encore tout à fait inexpéri-mentées, formidables à leurs ennemis, et par là ontrangé tous les moyens, qu’on emploie ordinairementpour rendre une armée guerrière , dans une catégoriesecondaire; mais ces exemples sont rares et ne doivent
(а) Les campagnes d'Espagne.
(б) Les milices russe et prussienne pendant le6 campagnesde 18J2, 18!3a 1814.
pement des forces inhérentes à la nature dechacune d’elles. Jetant un regard attentif ethardi sur les défauts qui jusqu’alors avaientexisté dans l’organisation et la tactique des dif-férentes armes, et dont l’expérience lui avaitdémontré les erreurs, ce savant militaire, sihardi dans ses conceptions, si fécond dans sesproductions, était semblable à ces météoresbienfaisants, souvent terribles dans leur es-sence, mais si favorables par leurs effets, quidilatent un air chargé de parties hétérogèneset lui rendent toute sa pureté.
Ennemi de ces idées minutieuses semblablesà ces enjolivements d’un édifice sans solidité,qu’un seul accident peu détruire, et dont lesruines attestent la médiocrité de ses fondateurs,ce profond militaire considéra la nature et lespropriétés des trois armes sous leurs rapportspurement scientifiques, et sacrifia volontiersl’aspect agréable d’une armée composée de sol-dats pelits-maitres, à l’utilité de posséder desphalanges que leur sage organisation et leurbonté rendaient inébranlables, et qui assuraientla sécurité de leur pays en frayant toujours lechemin de la victoire ( 2 ).
C’est à son génie hardi et entreprenant quenous devons en général la régénération de l’artmilitaire. La campagne de 1796, en Italie, nousprouve suffisamment que son esprit vaste avaitdéjà, même avant d’entrer en lice, embrassé lasphère étendue des nouvelles combinaisons;car nous le voyons franchir avec intrépidité leslimites dans lesquelles beaucoup de généraux,qui l’avaient précédé, aimaient à se restreindre,et que la crainte de s’égarer, en s’écartant desinstitutions établies, leur présentaient commeinviolables ( 3 ).
Ses dernières armes, il est vrai,nous offrirentdes actes de témérité impardonnables; les suc-
pas nous faire négliger les vrais principes de l’éducationdu soldat.
( 3 ) Toute armée de plus de 50,000 hommes, disaitTurenne, est incommode pour celui qui la commandeet pour ceux qui la composent. Mais n’avons-nous pasvu Napoléon manier avec des succès incroyables desmasses quadruples, sextuples et même décuples de cellesque le héros du dix-septième siècle avait désignéescomme le maximum de celles qu’on pouvait mettre encampagne. Quel parallèle serait-il donc possible d’éta-blir entre le perfectionnement de l’art militaire du siè-cle de Turenne et celui de Napoléon, et qui pourraitcalculer tous les progrès qui s’y sont faits.