EXAMEN RAISONNÉ
loi)
celte époque, imitateurs zélés des Prussiens,ne se bornèrent pas à n’en adopter que ce quipouvait leur être utile; la renommée de l’arméeprussienne, après la guerre de sept ans, res-plendit d’un éclat si lumineux, que tout ce quivenait de cette nation semblait porter avec soil’empreinte de la magie ; et c’est ainsi que l'é-ducation du soldat prussien, mais enrichie cl’a-nexes , servit de base à celle du Français.« Après la guerre de sept ans, dit le général» Duhesme (i) , on avait adopté l’exercice» prussien, mais comme il nous arrive de por-» ter tout à l’excès, il sembla qu’on ne pouvait» faire de bons soldats, qu’autant qu’on aurait» fait de tous des espèces de mécaniques, dont» la position, le port d’armes, les mouvements,» les pas, je dirai plus, la structure, devaient> les rendre semblables à des machines sorties» du même moule ; ainsi on tourmentait les» recrues pendant six mois , on leur abîmait» souvent la poitrine pour leur apprendre la» première position, le pas cadencé et le port» d’armes; on tenait chaque malin un pauvre» diable pendant deux ou trois heures dans» des positions de gêne et d’immobilité, faites» pour dégoûter l’homme le plus porté au mé-» tier des armes.
» Enfin, quelques années avant la révolu-* lion, on avait poussé la minut ie jusqu’à «avoir» dans les casernes des horloges à balacier eL» des échelles géométriques gravées sur les» pavés, pour atteindre le plus grand point de» perfection dans la régularité et la cadence» du pas. La guerre que nous fîmes, quelque» temps après, avec des bataillons qui à peine» avaient été dégrossis, a bien prouvé l’inuti-» lité de tous ces soins. »
Ce n’est pas que, dans plus d’une bataille,l’armée prussienne ne nous ait offert des spec-tacles étonnants ; mais mise en action parlegrand Frédéric, pouvait-elle aussi moins faire?Tout réussissait, parce que le génie du roiprésidait aux combats et aux manœuvres quien étaient les éléments les plus importants , et
( 1 ) Essai historique sur l'infanterie légère, p. 175.
( 2 ) Toute chose a sa sphère d’activité et possède seséléments, et c’est en paralyser les bons résultats qued’en étendre les subdivisions au delà de leurs limitesnaturelles. En 11 ’occupant le fantassin que du m,anie-inent des armes et du pas, on est obligé, à cause d’une
que le courage de l’infanterie surmontait ousles obstacles.
La cavalerie a toujours été, en bonté, supé-rieure à l’infanterie ; mais aussi, au sujet deson perfectionnement, l’incomparable Seyûlilzavait des idées plus saines et plus exactes,carelles étaient moins minutieuses. Ne perdantpasson temps à s’occuper de l'allure du cheval,comme Saldern le faisait, avec l’augmentationou la diminution des pas que les soldats de souinspection devaient faire par minute, Seydlitzn’envisageait la cavalerie que comme troupeguerrière, etnoncomme ornement des champsd’exercice. 11 chercha à rendre ses soldats maî-tres absolus de leurs chevaux , car ce talentest la vertu primitive d’un cavalier, et peu àpeu, comme nous le dit BerenhorSt, « chaque» cavalier prussien parvint à un degré de» perfectionnement tellement grand, qu’il» pouvait rivaliser avec les meilleurs écoliers» d’un manège: sans selle, placé sur unet simple couverture, il faisait travailler son» cheval avec élégance et comme dans un car-» rousel. » Les plaines de Rosbach et de Zorn-dorlf immortalisèrent ce général, et ces deuxvictoires seules suffiraient déjà pour qu’on luidécernât une couronne impérissable.
C’est ainsi que nous vîmes des idées dange-reuses au vrai principe d’une science ( 2 ), etmême aux dépens de la santé du soldat, cetélément si cher à l’humanité et si précieuxpour la guerre, germer avec impétuosité, mêmedans l’esprit de ceux auxquels la nature accordales dons nécessaires pour rectifier toutes leserreurs. A quoi faut-il attribuer une aberrationpareille ?
Si l’invention de la poudre a produit des chan-gements très-sensibles dans la tactique desarmes, leur perfectionnement adapté aux vraiséléments de la guerre ne nous a pas moins of-fert de révolution essentielles dans cette partiede l’art militaire. A mesure qu’on développales forces intrinsèques des trois armes, qu’onles rendit susceptibles de grands résultats, cha-
perle trop sensible du temps, de négliger les chosesvraiment essentielles, c’est-à-dire , l’habitude de mar -cher avec légèreté, de manœuvrer en grandes massesavec aisance et précision, et de bien tirer. « Enretran-» chant des exercices le superflu, dit Montécuculli, on» en apprend mieux le nécessaire. »