DES TROIS ARMES.
cune d’elle acquit une assurance qui la renditcapable de coups surprenants, et l’on multi-plia par là les ressources dont les chefs purentse servir pour combatte avec plus d’assuranceet d’avantage. Les manœuvres en devinrentplus hardies et la défensive moins dangereuse.C’est avec ce perfectionnement des armes, etl’art avec lequel les modernes savent tirer partides accidents du terrain, qu’on vit aussi tom-ber en désuétude l’usage des retranchementsde campagne , dont autrefois les champs debataille étaient si souvent parsemés, et dontles dernières guerres ne nous offrent que derares vestiges (i).
L’essentiel pour les armes est sans doute derendre les soldais propres à la guerre , et deleur faire atteindre par là le vrai but de leurinstitution. Voilà pourquoi il faut les rendrefamiliers avec les exercices qui font partie del’art militaire, c’est-à-dire, avec ceux qui peu-vent leur èlre utiles le jour d’un combat, etles habituer à manœuvrer avec précision etvitesse (2). En guerre , les choses les plus sim-ples étant les seules exécutables, il n’est quetrop juste de ne pas occuper l’esprit, presquetoujours étroit du soldat, avec des choses quilui deviennent inutiles, au moment où les cir-constances le transportent du champ d’exercicesur celui de bataille. Il faut, en un mot, qu’àl’instar des Romains , l’effusion du sang soitl’unique différence que l’on remarque entre unchamp de bataille et un champ d’exercice. LesRomains apprenaient à leurs soldats à marcher,à courir , à sauter, à nager ( 3 ) , à porter desarmes deux fois plus pesantes que celles donton se servait dans une action réelle ( 4 ) , et àn’exécuter que les évolutions qui les familiari-saient avec la guerre. Tous ces exercices étantbasés sur de sages combinaisons avaient rendu
( 1 ) Turennc disait à Condé qui, partant pour laFlandre, lui demandait des conseils : « Faites peu de» sièges et livrez beaucoup de batailles; quand vous» aurez rendu votre armée supérieure à celle de l'ennemi» par le nombre et la bonté de vos troupes, ce que vous» avez presque fait à ltocroi, quand vous serez bien» maître de la campagne, alors les villages vous vau-» drout des places. »
( 2 ) « Car, comme dit très-bien Cuibert, presque toute» manœuvre étant un moment de. crise et de faiblesse» pour une troupe, parce qu’elle y est désunie, il faut» qu’elle en sorte le plus tôt possible. »
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l’armée romaine redoutable au reste du monde.
Au contraire, un grand défaut des exercicesen peliles comme en grandes masses , que lesmodernes font faire à leurs troupes dans lescamps d’instruction , est, à mon avis , d’êtretrop mécaniques, et plutôt le produit d’uneidée matérielle que d’une pensée résultant dela topographie du terrain où l’on exerce, et dela circonstance où Ton suppose qu’on peutréellement se trouver devant son ennemi. Maiscette régularité de mouvements qu’on y re-marque peut flatter l’œil ; on mesure le champd’exercice dans sa longueur et dans sa profon-deur, on calcule toutes les distances des objetset du temps qu’il faut pour y parvenir, et, pourque ce calcul soit juste , on choisit de préfé-rence une plaine ouverte et unie , qu’un ter-rain accidenté qui mettrait facilement en défautdes géomètres un peu bornés ; et le tout quel-quefois est ordonné d’après des suppositionsqui 11e peuvent presque jamais s’appliquer entemps de guerre. Tout ayant été prévu , cal-culé, et la disposition et les mouvements destroupes étant une fois déterminés, le généralmême qui commande en chef un exercice pa-reil, n’y ajoute plus rien du sien, en se con-formant aux circonstances, qui, sur un champde bataille déchiré par des sinuosités , chan-gent selon les ondulations du terrain, et néces-sitent de nouvelles conceptions. Une leçonapprise par cœur remplit l’esprit du chef etpréside aux mouvements de la journée ; et legénéral et l’officier, dans lesquels la mémoireseule travaille , obligés de se rappeler les in-structions que la disposition prescrit, et n’osantpas meme changer le mouvement ordonné parun autre, souvent même mieux culculé etmieux adapté à la circonstance, ne retirent au-cun avantage de ces sortes d’exercice mécani-
( 3 ) C’est un exercice qui n’est pas encore générale-ment introduit dans toutes les armées européennes, maisdont les avantages ne sauraient èlre contestés. Voyezsur ce sujet le Journal militaire de Berlin, année 1817,n°* 61 et 62, et l’ouvrage du baron Lefebure de Sainl-lldephont. Paris, 1818.
( 4 ) Scipion F.milien ayant cru que l’amollissementavait ôté la vraie cause de la défaite des Romains à Nu-niance, vendit toutes les bêtes de somme de l’armée,et fit porter à chaque soldat du blc pour treille jours,et sept pieux.