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EXAMEN RAISONNÉ
ques, qui leur deviennent tout à fait inutiles,puisqu’ils ne renferment rien d’instrutif.
Sous le rapport des camps d’instruction qu’onétablit pour le perfectionnement des troupes,je ne saurais passer sous silence l’exemple vé-ritablement digne d’être suivi, que nous offrentles camps de Saint-Omer, de Bruges et de Mon-treuil , connus sous la dénomination de campde Boulogne. La campagne de 1805 qui lessuivit de près, et surtout la bataille d’Auster-litz, nous démontrent d’une manière évidentetoute l’efficacité de ces rassemblements de trou-pesen grandes masses, lorsque l’idée du chef etl’occupation des soldats tendent vers un butsalutaire (î). Si le militaire impartial, en jetantun regard attentif, approfondit les manœuvresde lactique que Bonaparte déploya à la batailled’Austerlitz, il y trouvera des combinaisonsnouvelles et sublimes ( 2 ), et tout en rendantjustice au génie qui les lui a suggérées, il nedoit pas oublier que la masse des troupes, dontil pouvait disposer au camp de Boulogne ( 3 ),n’a pas moins participé aux grands résultatsde ces manœuvres. Devenu flexible, propre àse plier à toutes les dispositions et facile à ma-nier , elle lui a otlêrt les moyens de mettre sesidées à exécution, en manœuvrant avec aisanceet précision. La campagne de 1805 a été, etavec justice, désignée comme l’ère de la nou-velle tactique.
( 1 ) Le lecteur peut contenter sa curiosité à ce sujetdans le Précis des Événements militaires du comteDumas. Campagne de I 8 O 0 . Tome 11 .
( 2 ) Par exemple, l'emploi des masses pour la forma-tion des colonnes d’attaque.
( 3 ) La force de l’armée française , partagée en troiscorps, commandés par les maréchaux Soult, Davoust etNey, montait à 114,417 hommes.
( 4 ) « lin nouveau régiment, dit le comte de Saint-» Germain dans ses Mémoires , ne peut être bon et so-» lide qu'après cinq ou six campagnes. »
(s) S’avons nous pas vu un des peuples les plusaguerris de l’antiquité, les Romains, fuir devant leséléphants de Pyrrhus et les chariots de guerre d’Antio-chus? Ils avaient méconnu ces moyens de défense, et«•ette ignorance abattit leur courage ; mais s’étant fami-liarisés avec ces nouveaux dangers, ils les bravèrentsans obstacle.
(e) Car le courage du soldat se soutient et même sedouble par la conviction du bon service de ses armes ;et nous verrons plus lard, en traitant de l’emploi del’infanterie, que les feux des fantassins, et surtout leurmultiplicité, forment sa plus grande force. L’année la
Mais l’exercice le plus efficace et qui formeles bons soldats, est toujours la guerre même ( 4 ).Une mémoire enrichie de trente combatsrend la force morale de l’homme plus ferme,et, en le familiarisant avec les dangers, formentles vrais héros (s). Il est vrai que ces expériences sont achetées bien cher. Des flots de sang,le malheur des familles et la ruine des paisi-bles habitants des campagnes et des villes; maissi un sillon ensanglanté ou la flamme dévorantedoivent être les guides les plus sûrs qui nousconduisent au vrai but, si telle est la loi de lanature, consolons-nous du moins par cetteidée, que le malheur d’une fraction presqu’in-signilianle de ce tout immense qui compose lamasse humaine peut assurer la sécurité et lebien-être du reste.
Les propriétés de chaque arme n’étant qu’uneconséquence immédiate des vertus du soldat,pour que ces propriétés acquièrent ce degréde bonté qui puisse rendre l’arme capable deremplir son rôle avec dignité, il faut nécessai-rement que les éléments qui la composent soienten rapport direct avec la nature qui lui est dé-volue en partage. Voilà pourquoi il est indis-pensable que le fantassin soit léger, adroit,excellent tireur (g), bon marcheur, habitué àporter sa charge et à suppos er les fatigues desmarches et des combats ( 7 ). Il doit être accou-tumé à former les colonnes avec vitesse et pré-mieux organisée, la plus disciplinée, ne manqueraitpas de se démoraliser bientôt pendant la guerre, si lefantassin et le canonnier 11 e savaient pas bien tirer, etle cavalier bien manier son cheval et son sabre. D’unautre côté, tout le mal que de bons tirailleurs peuventfaire à leurs ennemis est incalculable. Souvenons-nousde la fameuse bataille de Guastalla, livrée en 1734 parl’armée franco-sarde, sous les ordres du roi de Sardai-gne, et les maréchaux lîrogiie et de Coigny contre lesImpériaux , commandés par le maréchal de Kœnigseck.Leroi fit incorporer dans chaque compagnie d’infante-rie quatre des meilleurs tirailleurs de l’armée, auxquelson enjoignit de viser sur les généraux et officiers enne-mis. Ces tirailleurs remplirent si bien leur rôle, qu’aprèsquelques heures de combat le commandement de plu-sieurs divisions autrichiennes fut dévolu à deslieutenant-colonels, et l’infanterie, privée de la plus grande partiede ses chefs, fut mise en désordre. C’est en grande parlieà la perte des officiers qui commandaient les troupesimpériales, que le roi de Sardaigne a dû cette victoire.
( 7 ) Pendant la retraite des dix mille, Xénoplion fai-sait danser et sauter ses soldats armés de pied en cap,pour les aguerrir aux fatigues des marches.