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EXAMEN RAISONNÉ
tie sont étroites dans leurs facultés intellec-tuelles et presque toujours plutôt brutes dansleur développement ( 1 ), deux rôles égalementdifficiles, c’est risquer de ne jamais atteindreà cette perfection d'étude qui forme la vraieforce des armées, c’est exiger de l’infanterieplus que les éléments dont elle se compose nepeuvent produire, et prendre la meilleure voiepour n’avoir ni une bonne infanterie de ligne,ni une bonne infanterie légère.
Sous le rapport de l’éducation physique desdeux infanteries, la différence de leur déve-loppement est tellement grande, que les succèsqu’on obtiendrait dans l’éducation du soldat deligne, retarderaient ceux qu’on voudrait ac-quérir dans le développement du tirailleur.Dans le même homme, la leçon d’aujourd’huigâterait tous les succès qu'on pourrait attendrede celle du lendemain, et vice versa; car onenseignerait au même individu deux rôles quiexigent des développements différents, et quisont, sous beaucoup de rapports, diamétrale-ment opposés l’un à l’autre.
L’expérience que j’invoquerai pour ma dé-fense décidera certainement en ma faveur, carc’est celte môme expérience qui a fait naîtreen moi celte idée que je soutiens. J’ai servimoi-même dans les deux infanteries, j’ai ma-nié des recrues que j’ai développées pour lesdeux services, et je me suis convaincu qu’avecun peu de peine eide patience on pouvait très-facilement dresser un fantassin de ligne en sixmois, tandisque le développement du tirailleur,tel que nous devons l’entendre, nécessite untemps toujours double et souvent même triple,sans que pour cela on soit sûr qu’un tirailleurqui n’a que dix-huit mois d’étude, abandonné àses propres combinaisons, réponde justement aurôle difficile qu’il est appelé à jouer dans lescombats (î). Qu’à cette difficulté de dresser debons tirailleurs on veuille encore en ajouterune autre, celle de vouloir plier leur dévelop-pement physique et moral à deux rôles diamé-tralement opposés l’un à l’autre, qu’on les
(1) Vérité incontestable pour tous ceux qui ont maniédes reçues.
(2) Je dirai même plus. Une très-grande partie desrecrues, malgré toute l’aptitude et le désir requis des’instruire, à cause de défauts organiques, ne parvien-dront jamais à former même des tirailleurs médiocres.Une ouïe un peu dure, un manque de mémoire, une
soumette à une éducation où, comme je viensde le dire, la leçon d’aujourd’hui détruise cellede la veille, et influe d’une manière vicieusesur celle du lendemain, je pense qu’on par-viendra difficilement à quelques bons résultats:voici pour le premier cas. Examinons mainte-nant l’organisation de deux infanteries tout àfait différentes, et dont chacune ne sache rem-plir qu’un seul rôle.
Abstraction faite de la tâche imposée à l’in-fanterie légère pendant la marche des troupes,aux avant-postes, dans les patrouilles, auxgrand’gardes, etc., n’envisageant son serviceque sous le rapport des batailles, nous nousconvaincrons facilement que son rôle se réduitaux cinq cas suivants :
1° Couvrir le front des lignes de bataille;
2° Masquer le mouvement offensif des trou-pes;
3° Couvrir leur retraite;
4° Prendre possession d’un terrain trop acci-denté et où l’infanterie ne peut se battre qu’endébandade ;
5° Tromper l’ennemi sur le vrai point del’attaque principale.
Si l’éducation des deux infanteries et l’orga-nisation des régiments sont telles que chacuned’elles ne sache remplir qu’un seul rôle, et |qu’on en forme des régiments à part, nous nous 1convaincrons facilement qu’il serait indispen- ?sable, pour chacun des cinq cas, qu’on ajoutât jà l’infanterie de ligne destinée à composer les ilignes de bataille, et pour son action en géné- jral, des régiments de voltigeurs qui formeraient jles rideaux nécessaires. Mais si cette distribu- jtion était même admissible pour les second,quatrième et cinquième cas, le premier et letroisième, qui ne sont pas les moins essentiels,nous offriraient des inconvénients très-graves.Examinons la question, et voyons la disposi- jtion qu’on ferait pour couvrir la première lignede bataille.
Si l’on débande des régiments entiers pourmasquer et pour défendre son front, l’espace de
conception un peu difficile, doivent déjà être envisagéscomme des défauts capitaux, qui s’opposent au dévelop-pement des connaissances indispensables pour un ti-railleur, et parmi l’immense quantité de recrues donton complète les armées, combien s’en trouve-t-il quine sont pas exemptes de ces vices?