DES TROIS ARMES.
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terrain qu’un régiment de voltigeurs une foisdébandé occuperait, serait tellement vaste,qu’un seul chef de régiment qui doit présideraux dispositions, aux mouvements et à l’ordrequi doit y régner, à moins qu’il ne s’abandonneaveuglément à ses subordonnés, ne pourraitjamais répondre de l’exactitude.de son service,ce qui serait déjà un très-grand vice, et en-traînerait dans des désordres pernicieux. Nedébander qu’une partie du régiment, il fau-drait alors ranger le reste en réserve der-rière la ligne de tirailleurs ou dans celle debataille, soit ; mais si l’on place ces réserves,dont le rôle est de soutenir ou de rallier lesparties débandées, derrière la chaîne des tirail-leurs, comme elles sont l’unique espoir du ré-giment, et ne doivent, par conséquent, êtreemployées que d’après les dispositions de sonchef, on sera obligé de les poster de manièreà ce qu’il puisse en disposer à chaque momentopportun, et il faudra se garder de les dissé-miner sur un grand développement de front.On devra les placer en masse et les exposer parlà au feu meurtrier des projectiles des ennemis.Une disposition pareille serait, sansconlredit,un vain sacrifice d’hommes. Si, au contraire,on leur assigne une pièce dans la ligne debataille, je répondrai : que si la chaîne destirailleurs, par des perles réitérées, s’affai-blissait tellement qu’on fût obligé de la fairesoutenir par les restes des régiments, le dé-part de ces différentes réserves occasionnerait,sur beaucoup de points, des vides dans la lignede bataille toujours pernicieux, et qui nepourraient être compensés par aucune autretroupe; car la seconde ligne ne doit jamaissoutenir la première partiellement, tandis quele rôle de la réserve est propre à un servicepareil.
Mais la tactique moderne, comme nous l’a-vons vu {dus haut, a rendu la présence desvoltigeurs indispensable pour toutes les ma-nœuvres qu'entreprend l’infanterie; et comme,au lieu de disperser des régiments entiers , ilvaut mieux n’en débander qu’une partie, l’or-
(1) Malgré la stabilité de celle organiatio» et la bontéde ce mode, il n’en est pas moins reçu dans beaucoupd’armées européennes d’instruire toute l'infanterie àconnaître les deux services à la fois.
(2) U n’y a que les régiments de réserve, au nombrede huit, qui n’en ont pas.
ganisation la plus avantageuse me paraît donccelle de l’incorporation de voltigeurs dans lesrégiments d’infanterie de ligne ; organisationqui, excepté chez les Anglais et les Saxons, aété introduite dans presque toutes les arméeseuropéennes , mais avec de grandes modifica-tions pour le nombre (t). Les Français, dontchaque bataillon est composé de huit compa-gnies, en ont une de grenadiers, six de fusilierset une de voltigeurs. Les Russes possèdentdans chaque compagnie, dont quatre formentle bataillon., vingt-quatre tirailleurs, plus, unpeloton de voltigeurs par bataillon, et qui ap-partient à la compagnie de grenadiers. LesPrussiens, dont les régiments sont composésde trois bataillons, les partagent en deux ba-taillons d’infanterie de ligne, et un bataillonde voltigeurs (2). Les troisièmes rangs des deuxpremiers bataillons font le même serviceaussi (5). Les Danois, dont les régiments sontcomposés de deux bataillons en temps de paix,et de quatre en temps de guerre, ont, dans lepremier cas, une compagnie de grenadiers,huit de fusiliers, et une de voltigeurs; dans lesecond, ils en ont le double. De six compagnies,qui forment le bataillon dans l'armée suédoise,il y en a une de voltigeurs. Les armées anglaiseet saxonne, au contraire, n’ont pas incorporéde voltigeurs dans les régiments de ligne ; maisleur infanterie légère forme des régiments àpart. Les Russes et les Suédois ont encore desrégiments de chasseurs ; mais le nom ne faitrien à la chose, leur éducation n’en reste pasmoins la même, et ont leur fait faire le servicede ligne tout aussi bien que celui de la déban-dade.
Nous voyons donc que l’infanterie des ar-mées européennes possède, chez les Russes, unpeu plus d’un quart de voltigeurs; chez lesFrançais, le huitième ; chez les Prussiens, lescinq neuvièmes; chez les Danois, un dixième;chez les Suédois, un sixième.
Si les organisations de plusieurs des arméesque je viens de présenter offrent de grandesmodifications pour le nombre des tirailleurs,
(5) î.es feux d’un bataillon étant ordinairement pro-duits par les deux premiers rangs, la dispersion du troi-sième , qui charge les fusils du second et lui fait passeraussi le siens pour les décharger, nuit un peu à la vi-vacité des feux d’un bataillon, mais ne paralyse pas scsmoyens de défense.