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EXAMEN RAISONNÉ
quant de la supériorité de l'infanterie , est ce-lui que nous offre la bataille de Mollvitz. Fré-déric le Grand, sachant que l'ennemi lui étaitsupérieur en cavalerie, avait entremêlé entreles escadrons de chaque aile deux bataillons degrenadiers ( 1 ). Au moment oùle généralRœmerrenversa et mil en fuite la cavalerie dugénéralSchulenburg , le roi, en nous faisant part dusort de ses deux bataillons (Histoire de monTemps, tome i er , page 161 ), nous dit : « M. Rœ-» mer y fut tué ; mais ce qui doit surprendre» tout militaire, c’est que ces deux bataillons» de grenadiers, qui avaient été entrelacés en-» tre les escadrons de la droite, se soutinrent» seuls et se joignirent en bon ordre à la droite» de l’infanterie. »
En un mot, la supériorité de l’infanterie surla cavalerie est si grande, soit que cette armese forme en carrés ou en colonnes pour lui ré-sister, qu’on peut dire hardiment qu’une in-fanterie qui succombe au choc de la cavalerie,est une mauvaise infanterie, ou, pour le moins,que c’est une infanterie qui s’est mal comportée.
La facilité avec laquelle l’infanterie peutd’ailleurs se couvrir , par quelques avantagesdu terrain où le mouvement de la cavalerie setrouve paralysé, lui donne aussi une grandeprépondérance sur sa rivale. Un champ debataille parsemé de villages, de bosquets et deravins, sera toujours une position défensivetrès-avantageuse contre la cavalerie , qui nepeut,sur un terrain pareil, ni déployer sesforces, ni en faire usage. C’est dans une posi-tion pareille qu’en 1812 , le comte Oster-mann . à la tète de 8,000 fantassins, soutint siglorieusement le combat d’Ostrovvno, contreun corps de 10,000 cavaliers et un régimentd’infanterie , jusqu’au moment où , renforcépar la division Delzons, le roi de Naples fut enétat de déployer une force d’infanterie égaleà celle du comte Ostermann, et enlevant parlà, à ce dernier, tous les avantages du terrain,sous la protection duquel il combattait, le mitdans la nécessité d’opérer une retraite, quis’effectua cependant avec un ordre parfait.
(i) Position vicieuse, et dont le roi avoue lui-mêmela défectuosité en disant : « C’était une disposition dont» Gustave-Adolphe avait fait usage à la bataille dev I.utzen, et dont,selon toute apparence, on ne se servira» plus, » C’était la disposition favorite de Folard, et le
L’infanterie sert aussi de nombre normalpour l’organisation des armées, et c’est d’aprèssa force qu’on calcule ordinairement celle dela cavalerie et de l’artillerie. La juste propor-tion de la cavalerie à l’infanterie a été désignéeparles militaires expérimentés de un à cinq: cequi cependant doit être sujet à de grandes mo-difications d’après le pays où l’on fait la guerre,et je crois, aussi, d’après le degré de bonté del’instruction des différentes armes et des qua-lités physiques qu’elles possèdent. Voilà pour-quoi, en proportion des autres armées, j’oseraitoujours assurer que celle des Russes a besoinde moins de cavalerie ; car la qualité de seschevaux est supérieure à celle dont cette armese recrute dans les autres armées européennes,et c’est certainement un des points les plusessentiels. Supposant même que la cavalerielégère des Impériaux, leurs hussards hongrois,l'emporle de prime-abord sur les hussardsrusses, cette préférence ne serait que de peude durée, et on se convaincrait bientôt dansle courant d’une guerre que mon assertionn’est pas exagérée. Pour ce qui concerne lescuirassiers russes, ils seront toujours préféra-bles à toute la cavalerie de ligne de l’Europeentière. Les qualités physiques de l’homme etdu cheval, ainsi que leur instruction, sont infi-niment plus complètes que danslcs autres ar-mées, et les rendront formidables à tous leursrivaux. Celte sorte de cavalerie étant juste-ment celle qui achève et rend les batailles dé-cisives, l’armée russe pourra en avoir toujoursmoins que celles de l’Europe entière , sans quepour cela les résultats soient moins avanta-geux.
L’infanterie est aussi la seule arme qui,abandonnée à ses propres forces, peut encorese maintenir avec avantage, et secondée parl’artillerie, qu’on doit, par rapport aux autresarmes, n’envisager que comme arme secon-daire , peut même gagner des batailles. Quel-ques exemples étant la meilleure preuve demon assertion, je vais citer ceux que nousoffrent la bataille de Biberach, livrée le 2 oc-
comte de Iîrezé, dans ses Observations historiques etcritiques sur les Commentaires de Folard et sur lacavalerie, chap. vu, page H8, se fit assez de [mauvaissang pour prouver la fausseté d’une disposition piareille,tandisqu’il aurait pu le faire à beaucoup moins die frais.