DES TROIS ARMES.
mouvements de l’ennemi qui le franchissait enfortes colonnes. Au moment où une salve d’ar-tillerie, partie desballeries françaises, annonçale commencement du combat, la divisionWrede, formée en colonnes profondes, débou-cha par la droite du couvent de Spass, en lon-geant cette grange en pierre dont j’ai parléplus haut, et parut bientôt dans l’éclaircie. Lerégiment du prince Guillaume de Prusse con-duit par son chef, l’intrépide général Ivasals-chkoffsky, ne balança pas un moment pouraller au-devant de l’ennemi. Pendant que lesRusses franchissent l’espace qui les séparede l’ennemi, celui-ci déploie 2 bataillons quiformaient la tète de sa colonne d’attaque. Lesecond bataillon du régiment russe, qui avaitpris vers la gauche, double son pas pour s’ali-gner avec le premier; l’un et l’autre croientavoir bientôt atteint le but de leur mouvementet s’apprêtent à charger à la baïonnette, lors-que les ennemis couchent en joue les bataillonsassaillants, et un feu de file sème la mort dansles rangs. C’est dans ce moment épineux quele général Kasalchkotlsky, frappé d’une balle,fut obligé de quitter le champ de bataille.
Quoique privés du chef qui les avait si sou-vent conduits à la victoire, les bataillons rus-ses, loin de se déconcerter, s’avancent avecfermeté; des hourras souvent répétés remplis-saient déjà la plaint:, lorsqu’un ravin sec vients’opposer à la facilité de leur mouvement ( 1 ).Faut-il à l’homme valeureux plus d’un instantde réflexion pour préférer la mort au déshon-neur d’abandonner le champ de bataille? Unmoment de résolution décida de tout: les batail-lons russes se jettent dans le ravin, remontentle talus assezdoux du côtéopposé, et fonlmain-basse sur les ennemis, qui, par leur formationet leur position avantageuses avaient tant desupériorité sur nous, et les obligent bientôt àévacuer le terrain qu’ils occupaient.
Mais d’autres exemples d’attaques et de dé-fenses, faites dans le sens de la même tactique,nous offrant des résultats contraires à celui queje viens de citer, il s’agit de décider par quellesraisons l’emploi des mêmes moyens a produit
(i) Il était difficile de prendre une position plus avan-tageuse pour une infanterie déployée, que celle que leslîavaroisoccupaient en ce moment. Les ravins, les haiesel d'autres pareils accidents, doublent toujours les
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deux résultats diamétralement opposés. Cepen-dant , avant d’en approfondir la raison, je vaisoffrir en parallèle à mon exemple, comme con-traste frappant, celui que nous offre la batailled’Albuliéra, livrée le 16 mai 1811, el gagnéepar l’armée anglo-espagnole commandée parle maréchal Bércsfort, sur celle des Français,sous les ordres du maréchal Soult.
L’armée anglo-espagnole, qui avait pris po-sition parallèlement au fleuve de l’Albuhéra etdu ruisseau de Chicapierna, ayant le villaged’Albuhéru devant le front, venait d’engagerun feu assez vif avec la division française dugénéral Godinot, dont l’attaque sur ce pointn’avait été qu’une fausse démonstration, pourdétourner l’attention des Anglais de celle quele maréchal Soult projetait de faire sur leurextrême droite. Mais à peine le maréchal Bé-resfort se mit-il en mesure de défendre le vil-lage d’Albuhéra, dont la possession livraitaux ennemis un débouché facile au delà dufleuve, qu’il aperçut les troupes du 5 e corps,commandées par le général Girard, dont lemouvement avait été masqué par les buissonsel les hauteurs parsemés dans l’angle formépar les ruisseaux de Noyales et de Chicapierna,sous la protection desquels le général Girardforma ses troupes en colonnes d’attaque, et qu’illes vit s’avancer au delà du ruisseau de laChicapierna, direclement sur son extrêmedroite. 11 ordonna -donc aux troupes rassem-blées sur le champ de bataille, à l’exception dela division llamilton et de quelques bataillonsde celle de Ballestcros, qui restèrent devantAlbuhéra, de faire un à-droite en bataille, etde se prolonger en arrière vers leur droite, demanière à pouvoir masquer, par ce changementde front, tous les points qui pouvaient con-duire les ennemis dans le flanc et à dos de lapremière position.
Pendant que cette manœuvre s’opérait, lecorps du général Girard formé en colonnesd’attaque s'était tellement rapproché de la di-vision Ballesteros, qu’il croyait pouvoir tenterune attaque à l’arme blanche. Les bataillonsespagnols, qui avaient déployé, reçoivent les
avantages des bataillons déployés; car, sans paralyserleurs feux, ils présentent aux assaillants des obstacles,très-difficiles à surmonter.