DES TROIS ARMES.
qui la rend redoutable à toutes les armes, sesleux. Que la colonne soit assujettie à un rôledéfensif, c'est-à-dire, chargée de former la con-tiguïté des lignes, ou de couvrir l’artillerie,ou au rôle offensif, celui de s’emparer d’unehauteur, d’un village, ou de faire une brèchedans les lignes ennemies, pour ne pas perdrede la rapidité du mouvement qui seule peutassurer le succès d’une entreprise pareille, loinde s’engager dans des fusillades dont sa forma-tion paralyse les effets, ou les rend presquenuis ( 1 ), môme sans avoir égard aux pertes sou-vent innombrables auxquelles elle est en butte,elle ne doit, dans des cas pareils, que songerà franchir avec vitesse et dans le plus grandordre, l’espace qui la sépare de son ennemi.
Sous le rapport de celle perte d’hommes, quisont les éléments actifs d’où dépend le sort descombats, cette nécessité de les sacrifier, touteabsolue qu’elle peut l’èlre dans beaucoup decas, n’en est pas moins un désavantage très-grand et auquel il est même impossible de re-médier, et dans laquelle sa grandeur ne sauraitêtre compensée, que parles résultats éminentsqui s’y rattachent.
Cependant, d’après tout ce que nous avonsvu sur le sujet des colonnes, leurs avantagesétant infiniment plus nombreux que leurs dés-avantages, car les cas où elles peuvent êtreemployées avec efficacité sont plus fréquentsque ceux où cette formation serait au détri-ment des troupes, elles n’en restent pas moinsla base de la formation de l’infanterie dansTordre de bataille.
Des colonnes, envisagées comme formation
défensive contre la cavalerie, et des carrés.
Le moment le plus dangereux pour l’infan-terie , est certainemenl celui où elle est attaquéeà dos par la cavalerie, car n’ayant aucun moyende défense, elle succombe à l’attaque et finitpar se désorganiser. Pour se soustraire à cetinconvénient , les anciens tacticiens cherchè-
(1) Car ce ne sont tout au plus que les deux pre-miers rangs des pelotons de la tête qui peuvent en faireusage.
(2) Buloxv, dans son ouvrage sur la campagne de 1805 ,tome 11, page i 5 , l'appelle un corps vide, sans en-trailles, richement pourvu de tous les avantages etdes vices de la phalange, et plus immobile encore, si
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rent à lui accorder une formation qui put lagarantir de ces sortes d’attaques, de quelquecôté que l’enn emi se portât, et nous vîmes naîtrecelle du carré; car pouvant faire usage des feuxde tous les côtés, c’était celle qui a paru la plus! avantageuse pour arrêter la fougue dange-reuse de la cavalerie. Ces carrés étaient vides etn’offraient sur les faces que trois hommes deprofondeur.
Mais pour que les carrés puissent remplir lesconditions du principe de leur formation, ilfaut qu'ils possèdent assez de profondeur pourne pas être rompus, et si les circonstances obli-gent les masses à un mouvement rétrograde,qu’ils puissent se mouvoir avec facilité, préci-sion, et surtout en conservant leur formationintacte ( 2 ). Tant que les assaillants ne s’en tin-rent qu’au choc impétueux de la cavalerie aban-donnée à sa propre force, les carrés furentenvisagés comme obstacle assez puissan. pours’opposer à son choc et y résister de temps àautre. Mais au moment où , pour les battre enbrèche, on employa de l’artillerie, dont lesetl’ets devançaient l’attaque et préparaient desdébouchés aux cavaliers assaillants ( 3 ), le carréperdit beaucoup de son invincibilité, et l'effi-cacité de cette formation devint un sujet dediscussion.
Sous le rapport de la facilité du mouve-ment, celte formation présente aussi beaucoupde difficultés, car rien de plus difficile que demouvoir pendant un certain espace de tempsun carré vide, sans que la désorganisation nes’ensuive, et dont le commencement se mani-feste toujours aux angles de la queue.
Pendant la campagne de 1806, au combat deHalle, livré le 17 octobre, le régiment de Tres-cow, qui avait cantonné près de Magdebourg,marchait par la rive gauche de la Saale, pourrejoindre le corps du prince Eugène de Wur-temberg, et arriva sous les murs de la ville aumoment où les Français s’étaient rendus maî-tres des ponts de la Saale. Coupé des siens, sansaucun espoir de jonction, le chef du régiment
on veut le mouvoir sans qu’il s’y forme de brèche.
(3) Inconvénient auquel il est même difficile d’obvier,car le carré n’ayant que trois hommes de profondeur ,11e peut remplir les brèches que les projectiles y for-ment , qu’en serrant les faces, ce qui occasionne un flot-tement très-dangereux à la masse , et dont la cavalerieprofite toujours avec dextérité et hardiesse.