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EXAMEN RAISONNÉ
visle, est un de ses avantages qui, pour l’ensem-ble des combinaisons du gain d’une bataille,ne saurait se priser assez haut.
S’agit-il de conduire une masse d’infanterieà travers un terrain coupé ou une plaine, destirailleurs bien exercés, dont l’esprit est richeen moyens et en expédients, lui rendront desservices signalés. Devançant les masses qui lessuivent et formant un rideau protecteur, ilsparalyseront les feux les plus meurtriers, ceuxde l’artillerie, car, cachés derrière les acci-dents que la nature et l’art leur offrent, ils luienlèveront ses hommes de service. C’est euxqui prépareront le moment où le choc doits’opérer, en produisant une sorte d’hésitationdans l’ennemi, qui naîtra des pertes qu’ils luiferont essuyer en l’attaquant en front, dans leflanc et à dos, sans qu’il puisse facilement s’endéfendre (r). Mais tout en faisant sentir auxtirailleurs les avantages qui résultent de leursfeux, lorsque abrités par quelque accident na-turel ou de l’art, ils peuvent vaincre leurs en-nemis sans être vus ni atteints, il faut soigneu-sement scruter leur conduite, et chercher àdéraciner chaque abus qui pourrait facilementse glisser parmi eux ; en un mot, observer ri-goureusement que le choix de ses accidents,sous la protection desquels ils se placent, soitfait par une combinaison utile et non par unesorte de pusillanimité. Un autre abus dange-reux qui se glisse facilement parmi les tirail-leurs , c’est celui de la course ; inconvénienttrès-grave, auquel les chefs doivent chercher àobvier, car un tirailleur, chargé de son fusil etde son bagage, en s’abandonnant à la course,en moins d’une demi-heure se fatigue tellementqu’il devient incapable de soutenir la longueurdu combat et perd sa vertu primitive, la jus-tesse du tir. J’en ai fait moi-même l’expériencedans mon régiment avec plusieurs de mes meil-leurs tirailleurs, parmi lesquels était un sous-officier, tireur habile, que j’ai vu rarementmanquer son but à la distance de trois centspas, qui fit même preuve de son talent en tuantau vol un oiseau avec une balle, et qui manquaau but plusieurs coups de suite à la distance dedeux cents pas, après un exercice que je lui fis
(t) Comme ces succès dépendent beaucoup de la con-figuration du terrain, dont les avantages ne sont paségaux, les tirailleurs les plus adroits et qui sauront le
faire pendant une demi-heure de temps, à lacourse. Une tremblement sensible s’était telle-ment emparé de ses bras, qu’ils furent commeparalysés. Je crois que la vitesse du pas du ti-railleur ne doit pas excéder cent quarante paspar minute. J’en ai fait l’expérience, et je mesuis convaincu que les manœuvres étaient très-rapides.
Il n’y a qu’un cas où on pourrait permettreaux tirailleurs d’accélérer encore la vitesse deleur mouvement, c’est celui où, pour occuperquelque position avantageuse, ils seraient for-cés, pour y réussir, de franchir rapidementl’espace qui les en sépare. Mais aussi, dans unpareil cas, une fois que la position est occupée,il ne serait pas inutile, après un court espace detemps, de relever les tirailleurs dont une marchetrop accélérée aurait rendu les feux incertains,par une chaîne plus fraîche et, par conséquent,plus capable de donner des services efficaces.Cette nouvelle chaîne se formera de la réservequi,comme nous le verrons plus tard à l’articlede l’action de l’infanterie légère, ne doit, dansaucun cas, s’abandonner à la course, et conser-vera par conséquent des gens peu fatigués.
Pour peu que l’éducation des tirailleurs soitconforme au vrai principe de leur rôle, l’in-fanterie légère possédera un genre de péroga-live qu’aucune autre arine ne partage dans unsens aussi étendu avec elle ; c’est que chaqueindividu est utilisé, chaque arme est miseavec succès en action, et peut rendre des ser-vices signalés. Mais tous ces services doiventêtre réciproques avec l’infanterie de ligne, etpour que celle-ci ne soit pas en butte à de tropgrandes pertes dans les mouvements qui ordi-nairement précèdent le choc, ctqne le produitdes services isolés de l’autre ne reste pas sanseffet, il faut qu’indépendamment de leurs pro-presréserves elles se soutiennent mutuellement.
Quelle que soit la tâche imposée à l’infan-terie de ligne, elle ne doit jamais se dispenserdu secours de l’infanterie légère, car c’est àcelle-ci qu’est réservé le soin de reconnaître etde balayer le terrain. Elle prévient les surpri-ses, dont les dangers ne se bornent pas seule-ment à une perte d’hommes, mais dont les
mieux les discerner, assureront toujours à leur arméeune grande prépondérance sur sà rivale.