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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

étaient son ouvrage, et elle était aussi l’armefavorable des conquérants (a). Ayant depuis l’in-vention de la poudre, perdu sa plus grandeprérogative, celle d’une sorte d’invincibilité,tandis que les difficultés de la faire agir avecsuccès n’en devinrent queplus compliquées, sonimportance diminua graduellement, et se seraitpeut-être évanouie tout à fait si le génie deSeydlitz ne lui eût rendu momentanément saforce et sa splendeur. La guerre de sept ansnous offre l’époque la plus intéressante de lacavalerie; et c’est dans celle lutte étonnanteque nous devons puiser les vrais principes desvertus comme des défauts de cette arme, ainsique de son emploi.

En comparant les époques qui ont précédéet suivi celle de la guerre de sept ans, nousremarquerons facilement qu’aucune arme n’aété soumise, dans ses victoires comme dans sesdéfaites, à des alternatives si différentes, que lacavalerie, qui offre de grandes difficultés pourson action, se désorganise facilement, et seremet difficilement de son désordre. La fougueimpérieuse des chevaux, la difficulté de ras-sembler les cavaliers après un échec, celle derendre aux escadrons leur formation primitive,sans laquelle ils perdent toutes les vertus in-hérentes à cette arme, ainsi que la tension vi-cieuse des sentiments moraux des individusqui la composent, et qui en est souvent lasuite, ont été la cause indubitable de ces mu-tations étonnantes que nous avons remarquéesdans ses actions.

Avec l’invention de la poudre s’évanouitaussi l’irrégularité de l'action de la cavalerie,qui fit place à une tactique réglementaire. Lesarmes à feu ayant multiplié d’une manièreétonnante les moyens de soumettre la cavalerie,pendant son mouvement, à des pertes sensi-bles, qui portent toujours atteinte à l’intégritédes lignes offensives, et les désorganisent aumoment du choc, il fallut bien songeràaccor-der à l’action de cette arme des règles positives,qui ne pouvaient pas, il est vrai, annuler lestorts que les armes à feu lui avaient faits, maisqui lui conservèrent cependant encore un rôlebrillant à jouer.

(i) Ces exemples cependant ne sont pas sans excep-lion, car nous avons vu Miltiade, Pausanias et Aris-tide, aux batailles de Marathon et de Platée, rem-

La cavalerie se divise en cavalerie de ligne,en cavalerie légère, et en cavalerie mixte,mieux connuesous la dénomination des dragons.La formation de ces derniers a été éprouvéepar une grande partie de militaires distingués, .et peut-être que l’expérience même a trop peu :parlé en leur faveur pour que leur formationacquit de nombreux prosélytes. Leur éducation ;forme leur défaut principal; et ce défaut con-siste dans l’imposition de deux rôles diamé-tralement opposés l’un à l’autre, celui de fan-tassin et de cavalier, et celte complicationd’études les rend médiocres pour l’un commepour l’autre rôle.

« Les dragons, dit le général Thiébault ( 2 ),

» ne doivent être que de l’infanterie montée de» manière à parcourir rapidement des espaces» plus ou moins grands, ou de la simple cava-» lerie, mais vouloir en faire de l’infanterie et» de la cavalerie, c’est avoir de l’infanterie» médiocre, qui coûte trois fois plus que ne» doit coûter la meilleure, et delà cavalerie» qui ne compense plus alors ce qu’elle coûte;

» c’est exiger, de la plupart des hommes dont» on fait des dragons, plus qu’ils ne peuvents faire et apprendre ; c’est étourdir ceux aux- '

» quels on ordonne le matin de porter le haut» du corps en avant, et le soir de porter le» haut du corps en arrière ; c’est démoraliser» et rendre aussi faibles cavaliers que faibles» fantassins des hommes auxquels on dit : A .» cheval, aucune infanterie ne peut nous résis-1» ter ; et à pied, au contraire aucune cavalerie» ne peut nous entamer; enfin, c’est n’avoir,

» malgré beaucoup de soins et de dépenses,s ni infanterie, ni cavalerie. »

Les dragons, dans leur première origine,n’étaient simplement que de l’infanterie qu’onmettait à cheval pour suivre plus aisément lacavalerie. Nous les avons vus remplir ce rôleà la retraite d’Aumale, et rendre des servicessignalés à Henri IV. Ceux des Impériaux, pen-dant la guerre de trente ans, avaient été for-més dans le même principe ; de là vient aussi "qu'on trouve dans le même temps des piqueursà cheval. Cette troupe fut introduite dans lesarmées françaises en 15S0, sous le règne

porter des victoires complètes sur les Perses, et lesdevoir au courage de leur infanterie.

( 2 ) Manuel gén. du service des États-Majors , p. 408.