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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

tome i ir , page 62, nous raconte qu’en 1814, lecolonel de Marvitz avait organisé dans son ré-giment de landwehr une petite troupe de chas-seurs, qu’il avait fait monter, et qu’il s’en étaitservi avec beaucoup de succès devant Magde-bourget Wesel. « Ils étaient, dit-il, tellement» aimés par leurs camarades, qu’un cavalier» qui était envoyé pour flanquer, se trouvait» heureux de recevoir un chasseur pareil pours compagnon. »

s Le général Thiébault, au contraire, nous» assure, qu’ayant été chargé en l’an XII d'or-» ganiser, à Versailles, les 3 e , 9 e et 15 e» régiments de dragons, l’opinion des chefss de ces corps était, qu’un dragon qui ne» voudrait négliger aucun de ses devoirs,» ne pourrait avoir dans la journée, une heure* pour se reposer et pour manger. > D’aprèsune assertion pareille, il est évident qu’unetroupe employée à pied et à cheval ne seraqu’une troupe médiocre ; ou bien, si l’on forcele dragon à consacrer vingt-trois heures parjour à son éducation et aux soins qu’il doitdonner à son cheval et aux efTets qui compo-sent son habillement et sa coiffure, ses forcesphysiques succomberont bientôt sous le poidsdes fatigues.

Qu’une éducation trop approfondie de l’é-cole du fantassin nuise au développement desqualités du bon cavalier, est une chose quis’explique facilement, déjà par le manque dutemps nécessaire pour parvenir à une sorte deperfection dans l’un et l’autre rôle. Mais qu’uneconnaissance d’une partie de l’éducation dufantassin soit loin de pouvoir nuire au cavalier,la cavalerie russe l’a prouvé avec évidence ;car l’Europe entière n’a jamais vu paraître suraucun champ de bataille une cavalerie plusbelle et mieux instruite, que celle que la Russiepossède actuellement.

Il était réservé à l’empereur Alexandre, dontle génie embrassa avec une perspicacité surpre-nante tous les principes foiadamentaux sur les-

(a) Le colonel Marbot, dans son ouvrage intitulé :lie la nécessité d'augmenter les forces militaires deFrance , nous assure aussi que les Autrichiens ayantreconnu que les meilleurs cavaliers étaient ceux quiconnaissent les exercices et les manœuvres de l'in-lanterie, recrutent leur cavalerie parmi les fantas-sins.

(a) Mes Rêveries , tom. i, page 105.

quels repose l’éducation du cavalier, d’intro-duire dans son armée comme base de l’étudedu cavalier, une partie de l’éducation du fan-tassin , et nous vîmes la cavalerie russe franchiravec une rapidité étonnante, l’espace immensequi sépare une masse de recrues assise achevai,d’avec une troupe de cavalerie aguerrie etpropre à toutes les manœuvres dont cette armeest susceptible, et je puis dire sans exagéra-tion , qu’un génie comme celui de Seydlitz àla tête de la cavalerie russe actuelle, pourraitfaire revivre avec facilité les fameuses journéesde Rosbach et de Zorndorff, dont les faits sur-prenants immortalisèrent les nombreux esca-drons de Frédéric le Grand (i).

Les raisons de ces résultats efficaces me pa-raissent même trop évidentes, pour qu’il soitnécessaire de s’appesantir longtemps sur leurdémonstration. Le maréchal de Saxe disait ( 2 ) :« Tout escadron qui ne peut aller deux mille» pas à toutes jambes sans se rompre, n’est» jamais propre à la guerre. C’est le point fon-» damental : quand ils sauront cela, ils serontt bons, et le reste leur paraîtra facile. 1 11envisageait par conséquent la contiguïté et l’a-lignement, comme une des bases de la bontéde la cavalerie. Mais cet alignement ne pro-vient-il pas de celui des épaules, et du manie-ment adroit de la jambe et du poing? Cepen-dant, si les deux dernières vertus ne peuvents’acquérir qu’en maniant souvent son cheval,certes que la première ne s’apprendra jamaismieux qu’en donnant au cavalier une positionbien droite par rapport à la perpendicularitéde son corps, et un alignement régulier parrapport à ses épaules, en l’habituant à marcheren ligne étendue.

La cavalerie de ligne , les cuirassiers (s) etla cavalerie légère, les hussards [&) et les lan-ciers (s), ne remplissent qu’un seul rôle, celuienün qui forme la nature de cette arme, l’ontpresque toujours, et dans toutes les armées del’Europe, emporté par leur bonté sur ces

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( 3 ) L’histoire ne nous indique pas positivement leurcréation.

(v)Dans leur principe, les hussards n'étaient que desmilices hongroises, que l’Autriche fit monter et habillercomme les naturels du pays.

(s) Créés par le maréchal de Saxe. Cette troupe, dansson origine, n’était aussi que la milice polonaise, quele maréchal fit monter.