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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DES TROIS ARMES.

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avortons de la cavalerie dont nous venons deparler.

Mais la cavalerie en général qui, avant l’in-vention de la poudre et des armes à feu, a tou-jours été, comme je l’ai dit plus haut, l’armede la victoire ( 1 ), qui, plus tard aussi, en adécidé de si belles, quoique parvenue à undegré de perfection assez grand pour pouvoirtoujours l’emporter sur celle qui recueillit au-trefois tant de lauriers, n’a, dans les dernièresguerres, participé que partiellement aux diffé-rents dénouements des batailles, n’a paru pos-séder qu’une force négative, et même n’apparutdans plusieurs luttes, que comme masse inac-tive (a). Mais d’où provient domc. ce défaut, sedemande-t-on? Depuis les fameuses journéesde Mollvitz, Rosbach, Zorndorff, etc., la cava-lerie a-t-elle perdu de sa force intrinsèque? Non.Les changements qui se sont opérés dans satactique, ont-ils été au détriment de cettearme? Non. La cavalerie est-elle moins aguerrie?Non. L’infanterie plus brave? Non. Que luimanque-t-il donc? J’emprunte ici les parolesd’un des généraux de cavalerie les plus dis-tinguésde l’Europe,le comte de Bismark,poury répondre (3) : un chef pour la conduire.

Le comte de Bismark, dans son Système deCavalerie, page 240, en parlant de la nécessitéde mettre à la tète de la cavalerie un hommecapable de la commander, nous cite l’exemplede celle de Frédéric le Grand, ayant perdu sonchef, le fameux Seydlitz, ne put produire quedes demi-travaux; et il ajoute : « Les membres» exigent une tête ; c’est dans la tête que doit» se réunir la force intellectuelle; chaque fa-» culté spirituelle doit, en se personnifiant, se» reproduire de temps en temps, si on ne veut» pas quelle s’évanouisse tout à fait. Mais si» cette tête intellectuelle tombe dans l’inac-» tion ou meurt, les parties perdent leur liaison» organique, et chacune ne vit que pour soi et

(1) C’est la cavalerie macédonienne qui décida labataille du Granique ; elle recueillit les mêmes lauriersà celle d’Arbèle. Les rives de l’Hydaspe retentirentaussi de ses hauts faits.

(2) Les annales des guerres modernes ne nous offrentque peu d’exemples de batailles et de combats où lacavalerie décida de la victoire, et qui sont: les bataillesde Rosbach, Zorndorff, Wurtzbourg, de la Katzbach etWaterloo, et les combats de Haynau et de Fère-Cham-penoise.

» isolément. Parvenu à ce point, il en résulte,» ce que chaque scrutateur trouve dans chaque» campagne, que la cavalerie n’agit plus avec» ensemble, et on n’aperçoit plus que les parties» qui se reproduisent çà et là.

» C’est justement ce que nous trouvons dans» la guerre de sept ans. Lorsque après la ba-il taille de Cunersdorf, Seydlitz tomba en dis-» grâce, et ne reçut plus de commandement,» on vit aussi s’évanouir les hauts faits de la» cavalerie. Le roi la rassembla, il est vrai,» en masse, lui donna aussi un chef d’un grand» nom, le duc de Holstein ; mais un nom dis-5 tingué n’est pas en état de compenser le» manque de talent. Le roi voulait punir Seyd-» litz, et lui prouver qu’il pouvait se passer» de lui. Mais qui devint donc la victime de» cette punition? la disgrâce qu’a éprouvée» Seydlitz a manqué de coûter au roi la bataille» de Torgau (a). »

Il est vrai que les terrains qu’on choisit pourchamps de bataille sont souvent trop coupéspour pouvoir employer la cavalerie avec succès,et entravent sa libre circulation; mais ceschoix, peut-être, sont-ils prémédités et fondésjustement sur le manque d’un chef habile poureu conduire une grande masse.

La disposition de la cavalerie dans les ordresde bataille du système actuel, rassemblée tou-jours en grande masse, favorise les hauts faitsde cette arme, et paraît être basée sur l’idéed’en avoir une respectable à sa disposition pourl’employer au moment opportun ; tandis queles résultats des batailles et des combats nenous ont offert bien souvent que des exécutionsqui ont contredit cette idée primitive.

N’avons-nous pas vu dans des batailles dé-cisives, dans lesquelles tout, jusqu’au dernierbataillon et escadron, devait être utilisé, commeà Iéna, Lutzen, des masses imposantes de ca-valerie être des témoins inactifs de la défaite

( 3 ) Tactique de la Cavalerie, pag. 18 et 19, et Sys-tème delà Cavalerie , pag. 120.

(a) Là où les connaissances décident de tout, un âgemûr ou l’ancienneté de service ne suppléeront pas audéfaut de talent. A la fameuse bataille de Crécy, leprince de Galles , fils d’Édouard III, n’avait atteint quel’âge de seize ans, et participa cependant, en grandepartie, au gain de cette glorieuse journée. Condé n’a-vait encore que 22 ans lorsqu’il remporta la victoire àRomroi.