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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

de leurs camarades, et ne partager avec euxque les fatigues des retraites?

La cavalerie, en général, mais préalable-ment la cavalerie légère, est le flambeau del’armée, car sans elle, les troupes manque-raient de moyens pour s’éclairer à des distancesassez grandes, pour la sécurité des armées etl’ensemble des mouvements. La bataille deLutzen nous otfre un exemple de tous les dan-gers résultant de la pénurie de la cavalerie. Iln’est pas à supposer qu’un militaire aussi pro-fond que Bonaparte, dont les travaux avaientanticipé sur toutes les époques les plus avancéesde la civilisation militaire, ait pu oublier unedes premières obligations de l’art auquel ilavait donné lui-même les développements lesplus vastes. Les paroles qu’il prononça au mo-ment où il était occupé à suivre le combat quele corps avancé de Lauriston avait engagé dansle faubourg de Lindenau , et où il dit : « Ce» sera une bataille d’Égypte ; partout l’infan-» lerie française doit savoir se suffire, et je ne» crains pas de m’abandonner à la valeur innée» de nos jeunes conscrits ( 1 ), » prouvent ques’il ne fit pas battre l’estrade à sa droite versZwenckau et Pegau, et à sa gauche vers Mark-Ranstædl, et qu’il se laissa surprendre enmarche, c’était une négligence que nous nedevons pas envisager comme le produit d’unoubli des règles quel’art militaire nous impose;mais connue la suite indubitable de la pénurietotale de cavalerie, dont il n’avait pas oséengager le petit nombre dans ces sortes dereconnaissances, puisqu’il s’était apprêté à li-vrer bataille à ses ennemis au delà de Leipzig ( 2 ).Ce défaut, que la négligence ou les circon-stances produisirent, a manqué d’attirer àl’armée française une nouvelle représentationde la bataille de Rosbach ; car au moment oùtoute l’armée alliée, ayant franchi l’Elster àPegau, se trouvait déjà en mesure de tomberà corps perdu sur son adversaire, les Françaisn’avaient encore que le corps de Ney, quiétait en position à Raima et Gcerschen, à luiopposer.

Cependant les travaux de la cavalerie ne se

(1) Manuscrit de mil huit cent treize , par le baronFain, tom. 1 , pag. 549.

( 2 ) «Lepeu de cavalerie qu’on avait, dit le baron» Odeleben, dans sa Relation circonstanciée de la

bornent pas seulement à ces sortes de recon-naissances passives; c’est elle qui achève lescombats, qui décide de la grandeur des résultats,et qui en recueille les trophées. Aussi, danstoutes les batailles où elle a été engagée d’a-près les vrais principes de la tactique des troisarmes, comme à la lvatzbach, à Waterloo, etc.,ne remarquons-nous pas la cavalerie ne déve-lopper toute sa force et sa vélocité qu’au mo-ment de la décision, achever de rompre leslignes ennemies, et se mettre à la poursuitedes adversaires rétrogradants, pour augmenteret s’emparer des trophées de la journée.

Mais justement, pour pouvoir imprimer àla cavalerie une sorte de caractère de décision,il ne suffit pas de lui accorder, par son organi-sation etson éducation, les moyens de pouvoirfaire usage de ses vertus intrinsèques, il estindispensable encore de la subordonner à unchef habile, impétueux, mais conséquent; cartous les résultats brillants qu’on peut attendred’une bonne cavalerie, qui sans contredit sonttrès-nombreux, dépendent :

1° Du choix du terrain où on l’engage ; car,lorsqu’on lui assigne une position entravée parde nombreux accidents, on se met dans lacruelle nécessité de la laisser en inaction.. C’estainsi qu’à la bataille de Cassano, que le ducde Vendôme gagna sur le prince Eugène, lechamp de bataille, déchire par l’Adda et lescanaux appelés le grand et le petit Rittorto,et la Pcndina, offrit si pieu de facilité pour lesmanœuvres de la cavalerie, que le seul mou-vement qu’on remarque pendant cette atfairen’est que la fuite de trois régiments de dragonsespagnols et de quelques autres français, etqui se précipitèrent dans l’Adda, où peu d’hom-mes échappèrent au trépas. Si au moment oùle prince Eugène se rendit maître du pont deRittorto, il eût pu faire charger les troupesfrançaises rétrogradantes avec une masse impo-sante de cavalerie, il n’y a pas de doute que lecourage des Impériaux aurait été couronné d’unsuccès complet; car l'occupation de la redoutedu pont de l’Adda, où les Français n’auraientpu pénétrer qu’en masses informes, n’aurait

» Campagne de 1815 en Saxe, tom. i, pag. 47, était» insuffisant; et comme elle consistait, pour la plus1 grande partie, seulement en régiments de la garde,

» on la tint toujours en réserve. »