DES TROIS ARMES.
Sous le rapport de l’annure de la cavalerie,on remarque, dans plusieurs armées euro-péennes, un inconvénient assez grave, enarmant, sous le rapport des armes à feu, à peuprès également les différentes cavaleries dontle service cependant n’est pas du tout homo-gène. Nous voyons les cuirassiers, les dragonset les hussards, armés de carabines, tandis quele service des premiers et des derniers n’exigejamais d’autre arme pour leurs attaques que lemaniement de la palache ou du sabre, et pourles derniers, celle du pistolet aux avant-postes.Pourquoi et à quel usage les surchargerait-ond’une arme dont ils n’ont jamais occasion defaire usage? Qu’on arme de carabines les dra-gons et les chasseurs à cheval, la chose peutencore s’expliquer par le service pour lequelon suppose que ces troupes seront dans le casd’être employées, quoique ces cas soient rares;mais il peut arriver qu’au défaut d’infanterieon soit obligé de faire mettre pied à terre àune troupe de dragons ou de chasseurs à che-val, et alors, pour bien remplir leur rôle, ilfaut qu’ils soient armés de carabines. Mais lescuirassiers et les hussards sont-ils jamais dansle cas d’abandonner leurs chevaux? et j’aimeà croire que ces carabines ne sont pas destinéespour s’en servir à cheval !
Le comte de Bismark, dans son Système delàCavalerie, page 54, en arme les cavaliers pours’en servir aux avant-postes, tandis que le pisto-let me parait suffire pour ce service. Comme ilest indispensable d’alléger plutôt que de rendreplus pesante l’armure de la cavalerie, en cal-culant, d’après la manière de s’en servir, lescas où on peut en faire usage, les difficultés,les résultats et l’inutilité qui en proviennent,je crois qu’on peut hardiment refuser les ca-rabines aux vedettes, et ne les armer que depistolets, sans pour cela leur ravir quelqueavantage. Croit-on, pour certaine occasion, quela cavalerie sera dans le cas de faire usage dela carabine? alors, qu’on y emploie des'dra-gons ou des chasseurs à cheval. Pourquoi, parrapport à l’armure de la cavalerie, devrait-onassujettir cette arme aux cas dans lesquels elle
nus aussi, tandis que les cataphraetaires des Grecsétaient tellement accablés sous le poids de leur armure,que les hommes n’avaient aucune adresse et les chevauxmanquaient de vélocité. Je prends la liberté de ren-voyer le lecteur aux Éléments de Tactique pour la
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peut se trouver, et ne pas soumettre plutôt lechoix des différentes cavaleries aux occasionsdiverses dans lesquelles on devra les employer?
Le major Decker, dans ses Instructions pourla Cavalerie et l’Artillerie à cheval ( 1 ), se pro-nonce fortement aussi en faveur des carabines,en disant « qu’après la campagne de 1800, la» majeure partie de la cavalerie prussienne» perdit les carabines, et en ressentit amère-» ment la privation danslescampagnesde 1812» à 1815. > Voici les quatre cas qu’il discute,et dans lesquels cette arme lui parait plus oumoins indispensable pour le cavalier :
1° Aux avant-postes;
2° Lorsqu’ils flanquent ;
3° Si la cavalerie agit seule, et se trouvearrêtée par un détachement d’infanterie;
4° Si la cavalerie se trouve sur la défensive,et se voit obligée de recourir aux avantagesdu terrain.
Je sens bien que le combat scientifique quej’engage est inégal, puisque je me propose decombattre contre deux autorités; mais
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire;
et puisque mon raisonnement et ma convictionm’ont mené à un résultat différent, il est demon devoir de me prononcer sur ce sujet. Dis-cutons chaque cas séparément.
Aux avant-postes. C’est un service de sur-veillance, pour lequel, comme nous l’avonsvu plus haut, il est avantageux et même in-dispensable d’amalgamer l’infanterie avec lacavalerie. Les efforts d’un et même de deuxcavaliers isolés ne produisent pas de force col-lective puissante , mais leur présence est in-dispensable, car l’ennemi peut attaquer nosavant-postes avec de l’infanterie mêlée, et noscavaliers devront être les soutiens les plus fi-dèles de nos voltigeurs, et vice versa.. Montéssur des chevaux, ils seront les porteurs lesplus agiles des nouvelles que le commandantdes avant-postes voudra faire parvenir au chefde l’avant-garde. Les voltigeurs sont donc làpour échanger les coups, les cavaliers pour
Cavalerie, par Motlin de la Iîalme, pag. 237; et àl'Essai sur P Histoire générale de l'Art militaire, parCarrion-Nisas, tom. i, p. MO.
(i) Die Gefechlslehre der beiden verlmndencn t Vaf-fen : Kavallerie undreilenden Artillerie,p. 154elsuiv.