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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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DES TROIS ARMES.

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Chaque pays a eu son époque pour le per-fectionnement de l’artillerie ; et pour ce quiregarde l’amélioration de la fabrication de la

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poudre à canon, de la préparation des armesà feu en général, et de la tactique de l’artille-rie, les militaires ne sauraient assez reconnaî-tre les travaux assidus de Berthollet, Monge,Gribeauval, Hassenfratz, La Martillière, Gas-sendi, Scharnhorst, Hoyer, Lespinasse, Un-terberger, Morla, etc., etc. A cette série dessavants collaborateurs de la science de l’artil-lerie, nous ajouterons encore le nom du suisseMorilz, qui inventa, dans le commencementdu seizième siècle, la machine pour forer lescanons ; ce qui a donné les moyens de les cou-ler pleins et de les rendre plus solides.

L’artillerie se partage ordinairement en ar-tillerie de siège, dont l’emploi est hors de lasphère de mon ouvrage, et l’artillerie de cam-pagne (î), dont les calibres, dans les différentesarmées, se réduisent à 4, 6, 8 et 12. Dans lestemps où l’artillerie n’avait encore acquis au-cun perfectionnement, et où on supposait quel’énormité des pièces devait être leur plusgrande vertu, on en fondit dans plusieurs paysd’un calibre énorme, comme la serpentine deMalaga, de quatre-vingts livres de balles, dontle bruit cassait les vitres; la pimentelle de Mi-lan, qui portait à neuf mille pas; le gros canonde Marseille , de cent livres de balles, et pourlequel il fallait soixante hommes pour le re-muer sur son affût ; le canon de San-Giago enPortugal, dont on fit l’essai en présence du roidon Sébastien, en 1571, qui était de quatre-vingt-dix livres de balles et portait à seizecents pas, etc., etc.; mais la difficulté de s’enservir et de les transporter a fait bientôt aban-donner ces géants de bouches à feu, qui nepouvaient tout au plus que servir de sujet decuriosité.

Les premiers canons qu’on fit furent fabri-

(î) C’est au général Gribeauval qu’on doit la sé-paration de l’artillerie de campagne de l’artilleriede siège. C’est lui qui régularisa les différents calibreset allégea les affûts et tout l’attirail de la première,de manière à ce qu'elle pût suivre le mouvement destroupes.

( 2 ) Un fondeur de Lyon, nommé Eymcry, avait ima-giné une pièce jumelle. Les deux canons étaient de qua-tre livres de balles, de la longueur de cinq pieds quatrepouces, fondus ensemble et avec une seule lumière pourles deux. On pouvait la tirer aussi à boulet comme les

qués de bois, entourés de toile et d’anneauxen fer, et se prolongeant en forme coniquevers la bouche de l’arme. Ce n’est que plus tardqu’ils reçurent la forme cylindrique, et furentfaits de barres de fer. Vers la fin du quator-zième siècle, on se servit de cuivre et d’étain ,et ensuite d’autres métaux ( 2 ).

Gustave-Adolphe s’est servi de pièces decuir bouilli, dont on attribue l’invention à unbaron Melchior de Wurmband. Voici la de-scription qu’Archenhollz en fait dans son His-toire de Gustave-Adolphe: « La machine entière,b dit-il, consistait dans un grand tuyau de» cuivre ballu et très-mince. La chambre, de» même métal, était renforcée de quatre fortes» bandes de fer, de gros câbles et de cordes ,» autant qu’il en fallait pour donner à la ma-» chine la forme d’un canon, le tout étaitcou-» vert de cuir ou de toute autre peau teinte de» telle couleur qu’on voulait, souvent dorée» par-ci par-là. On en pouvait tirer coup sur» coup, sans qu’il fût besoin de rafraîchir ni» de laver la machine ( 3 ), qui d’ailleurs était» montée sur un affût si léger, que le tout pou-» vait être aisément traîné par deux hommess partout où l’on voulait. » Les Suédois cepen-dant n’en firent usage que pendant trois ans,depuis 1628 jusqu’en 1631.

L’invention du canon s’est aussi perdue dansles annales de l’antiquité, et les uns la rap-portent aux Chinois, les autres à Albert-le-Grand, évêque de Ratisbonne. Il possédait desconnaissances si profondes en mécanique et enphysique, que ses contemporains le prenaientpour un sorcier. Il reçut du pape Alexandre IVl’évêché de Ratisbonne, et après en avoir jouipendant deux ans, il se réfugia dans un cou-vent à Cologne, où il s’abandonna tout à faitaux sciences , et y mourut en 1280.

Comme celte époque ne coïncide cependantqu’avec la première découverte de Roger Bacon

autres canons. Un certain Feutry, avocat de Lyon, in-venta aussi un canon de bronze qui se séparait et s’as-semblait en plusieurs pièces, et, par ce moyen, étaitaisé à transporter.

( 3 ) Francheville, au contraire, dans son Histoire desdernières campagnes de Gustave-Adolphe , nous dit(pag. 318) : 1 Le plus grand mérite de ces canons était» de pouvoir être transportés aisément dans un jour de» bataille; du reste, ils avaient l’inconvénient de s’é-» chauffer trop tôt, en sorte qu’après dix ou douze« coups il fallait les laisser refroidir. «