256
EXAMEN RAISONNÉ
de la détonation du soufre, du nitre et ducharbon, et paraît être antérieure à celle duperfectionnement que Berlhold Schwartz luidonna, on est en droit de considérer cette sup-position comme hypothétique.
Mais en n’admettant que ce que les annalesles plus positives nous ont fait parvenir, l’in-vention du canon et son usage n’auraient eulieu qu’au quatorzième siècle; et quoiqu’onremployât pour battre les murailles en brèche,il paraît qu’on hésita longtemps à se servir deces moyens meurtriers contre les hommes. Legénéral Servannous rapporte ( 1 ) « qu’en 1380,» le célèbre Carlo Zéno, revenant de Constan-» tinoplé, et commandant pour les Vénitiens,» ayant employé le canon contre les Génois,» dans un combat sous la ville de Chiozza» ( Fossa-Claudia), toute l’Italie se récria con-» tre ce qu’elle appelait une contravention» manifeste aux lois de la bonne guerre. »
L’invention du canon a subi aussi, commetous- les produits de l’imagination humaine,des modifications et des erreurs sensibles. Cen’est qu’après un certain temps, et comme jel’ai dit dans le premier chapitre, d’une alluretardive, qu’on se rapprocha du perfectionne-ment de cette arme, et qu’on la mit en actionavec raisonnement et avantage.
Le nombre des pièces qu’on employa lesjours de combats a été sujet à des variationsassez grandes. A la bataille de Fornoue, queCharles VIII gagna sur François de Gonzague,duc de Mantoue, le roi avait trainé une si forteartillerie avec lui, qu’il fut très-embarrassélorsqu’il fallut franchir l’Apennin ( 2 ). Perdanttoute espérance de pouvoir la transporter, ilvoulut l’enclouer pour ne pas la laisser à l’en-nemi. Mais pour ne pas priver l’armée de saprincipale force, les Suisses s’offrirent de lavoiturer à force de bras dans les endroits oùles chevaux ne pourraient plus la traîner, cequ’ils parvinrent à opérer avec beaucoup desuccès.
A la bataille de Gravelines, que le comted’Egmont, commandant l’armée de Philippe II,gagna sur les Français, commandés par le ma-
(î) Hist.desguerrcsdesGaul. ctdes Franç. enllalie.
( 2 ) Guichardin, dans son Histoire des yuerres d'Ita-lie, nous rapporte que lorsque Charles VIII traversales Alpes, son armée était forte de 40,000 hommeset 400 pièces de canon.
réchal de Thermes, les Espagnols n’avaient aucontraire que 17 pièces de canon. A celled’Ivry, l’armée française, qui comptait 8,000hommes d’infanterie et 2,000 cavaliers sousles armes, n’avait que -4 pièces de canon et2 coulevrines. Celle de la ligue était de 12,000fantassins et 4,000 chevaux, et n’avait aussique 4 pièces. Gustave-Adolphe avait devantFrancfort sur l’Oder un train de 200 pièces decanon grandes et petites. A la bataille deBreitenfeld, il en avait 100, y compris l’artil-lerie des Saxons; au camp de Nuremberg leroi avait 300 canons.
Plus tard, ,les armées devenant plus puis-santes, les trains d’artillerie s’augmentèrentd’après le nombre des troupes, et nous vîmesla quantité des pièces monter à un nombre sur-prenant. En 1812, Napoléon pénétra en Russieavec un train d’artillerie de 1,372 pièces decanon ( 3 ) et, par conséquent, plus de deux parmille hommes de troupes actives. Au reste, lesaméliorations qu’on lit aux pièces offrirentaussi les moyens d’en attacher un plus grandnombre aux armées, car en diminuant le poidsautrefois énorme des canons et de leurs rouages,on facilita le transport de l’artillerie, et lespièces étant devenues plus mobiles, 011 pnts’en servir plus facilement et même sur desterrains un peu difficiles.
Nous vîmes même l’artillerie, dans les der-niers temps, sortir hors des domaines dans les-quels les propriétés inhérentes à sa naturesemblaient circonscrire son action, et s’éleverà un degré de gloire surprenant. Les guerresde 1809, 1813, 1814 et 1815-mirent entiè-rement en défaut la prédiction du généralLatrille qui, ayant juré une haine assez impla-cable à l’artillerie de campagne, voulait l’en-fermer dans les places fortes. « L’attaque et» la défense des places, disait-il ( 4 ), voilà le» véritable domaine de l’artillerie. Je me» trompe peut-être, ajouta-t-il, mais j’imagine» que le temps viendra où ce sera là son uni-» que destination. »
L’emploi qu’on a fait de l’artillerie, posté-rieurement à l’apparition de l’ouvrage du gé-
i
( 3 ) Histoire de l’Expédition de Russie , par le mar- J
quis de Cliarnbray. !
( 4 ) Considérations sur la guerre, tt particulièrement ;
sur la dernière guerre, page 218.