DES TROIS ARMES.
élant peu signifiante, il faut*, pour que cespièces produisent quelque effet, qu’on s’ap-proche à une très-courte distance de son en-nemi; et il en résulte qu’on se place dans lasphère la plus meurtrière des pièces de 6, de8 et de 12 qui parviennent bientôt à mettreles batteries de petit calibre hors d’état de sou-tenir le combat. Dans la campagne de 1813,le partisan Figner avait dans son détachement6 pièces de 4, et j’ai pu me convaincre aisé-ment combien ces petites bouches à feu sontinutiles dans un combat contre un ennemi quise sert de pièces d’un plus grand calibre. Lors-que Napoléon fit une pointe entre l’Elbe et laMulda pour se rapprocher de Wittemberg, lemaréchal Ney, qui commandait lecorpsavancéde l’armée française, ayant attaqué l’avant-garde du comte de Tauentzien, posté à Graf-fenhaynchen, la rejeta bientôt sur Oranien-baum, et ayant occupé ce bourg, envoya undétachement vers YVœrlitz, où se trouvait lecolonel Figner avec 3,000 hommes. J’avais étéeuvoyé par le comte Tauentzien pour recon-duire le détachement à Dessau,mais j’arrivaiau moment où les troupes étaient engagées.Le feu des canons du colonel Figner ne pro-duisait presque aucun eifet, tandis que l’ar-tillerie française faisait un ravage affreux dansles rangs des partisans.
Le calibre de 6, de 8 et de 12 est celuiqu’on voit ordinairement dans les armées mo-dernes, et celui aussi qui est le plus propre pourle service des batailles (i ).
(î) L’auteur anonyme du Système de l'arlillerie àpied, voudrait bannir tout à fait le calibre de 12comme pièce de campagne ; mais je crois que son idée,malgré toutes les longues démonstrations qu’il nous ena données dans son ouvrage (pag. 98 et suiv.), fera diffi-cilement des prosélytes.
Dans son Système d'artillerie de campagne, le géné-ral Allix aussi vient de se prononcer d’une manière dé-cisive contre le calibre de 12 pour le service de cam-pagne. 11 s’est même élevé une polémique entre lui etle comité d’artillerie de France, dont nous possédonsdes échantillons dans le Spectateur militaire (cahiersde mars, avril et mai), ainsi que dans le Journal desSciences militaires des armées de terre et de mer(cahier de juin 1827 ).
Malgré toutes les raisons que le général Allix s’efforcede présenter pour discréditer le calibre de 12, il estprobable qu’il ne parviendra jamais à changer l’avis del’Europe entière. Les coups des grands calibres possè-dent aussi des avantages non équivoques , parce que lavitesse initiale étant plus grande, la force de projection
231)
Comme les portées des canons des calibresde 6, de 8 et de 12 peuvent s’étendre depuis2,000 jusqu’à 2,800 pas ( 2 ), des portées pa-reilles prouvent que les pièces de ces troiscalibres suffisent pour atteindre toutes les di-stances dans lesquelles on circonscrit ordinai-rement l’action des différentes armes, et dé-montrent évidemment que si on attache au traindes armées des pièces d’un plus grand calibre,et qu’on leur fasse faire le service de campa-gne, il n’y a qu’une pénurie de bouches à feude 6 et de 12 qui doive en être la raison. Lelieutenant-colonel Plotho nous rapporte, qu’en1813, l’armée française a traîné avec elle despièces de 16. Le colonel Ravichio de Perels-dorlf ( 3 ) nous assure, au contraire, que « c’est» une erreur manifeste; mais, ajoute-t-il, elle» est populaire à l’étranger, et mérite d’être» remarquée, parce qu’elle montre quels effets» produisent nos pièces de 12. Il fallait que» ces effets fussent bien fünestes à nos en-» nemis, puisqu’ils les attribuaient à des piècess de 16 et de 18 que nous n’avons jamais em-» ployées en campagne, du moins depuis les» temps modernes. »
Au reste, la raison qui aurait pu porter Napo-léon à mettre des pièces de 16 en campagne,pouvait être très-naturelle et trouver sa causedans la nécessité. Ayant, pendant lacampagnede 1812 et les batailles de la Katzbach, deDennevilz et de Culm, perdu plus de 1,600bouches à feu, il pouvait bien arriver que,manquant de pièces de moindre calibre, il
est plus considérable, les déviations en deviennentmoindres et le tir plus exact, .l’avoue franchement queles différences de la vitesse initiale, ainsi que les dé-viations, ne sont pas les uniques moteurs des victoires ;mais il n’est pas moins vrai, qu’elles doivent être d’ungrands poids dans toutes les recherches que l’on basesur le calcul mathématique.
( 2 ) Quoiqu’à des distances pareilles les boulets perdent tout à fait leur force, et ne produisent qu’un effetpresque nul ; j’ai cependant voulu indiquer le maximumde leur portée, pour qu’on puisse calculer toute l’éten-due de leurs sphères. La plus grande distance avec la-quelle on doit tirer à boulet avec le canon de campa-gne , est de 500 toises pour le calibre de 8 et de 12, etde 450 pour celui de 6. Le but en blanc pri mit if de cestrois calibres, au contraire, ne va pas au delà de 2 à500 toises.
( 3 ) Traité élémentaire d’Artillerie ci l’usage des mi-litaires de toutes armes, par Decker, traduit de l’alle-mand par le colonel Ravichio de Ferctsdoriï et le capi-taine de Nancy.