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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

ait ordonné de mobiliser des canons de 16.

Je ne vois pas non plus pourquoi le colonelPerelsdorlf combat avec tant de chaleur un faitpareil. Les succès de la guerre sont souventsoumis à une anomalie tellement grande, qu’ilest difficile de décider d’une manière positivece qui est vraiment utile et dangereux. Il adevant les yeux un exemple qui peut suffirepour engager, sinon à employer définitivementdes pièces de gros calibre pour le service decampagne, du moinsà excuser leur mobilisation,puisqu’une victoire en a été la suite : c’est celuique Frédéric le Grand nous a olfert à la bataillede Leulhen (a). Ayant perdu beaucoup d’artil-lerie à Kolin et à Breslau, le roi fit mobiliser20 pièces de gros calibre à Glogau ( 2 ). Leurattelage et leur service a coûté beaucoup depeine, il est vrai ; mais nous avons vu les ser-vices que ces pièces de gros calibre ont rendusà Frédéric à la bataille de Leutlien.

Au reste, quel que soit le calibre des piècesqu’on emploie dans l’action, pour que l’artil-lerie produise de grands résultats, il faut abso-lument qu’elle soit en assez grande masse, sansquoi ses elforts sont peu efficaces et loin d’ètreaussi dangereux qu’on se le représente. Deuxou trois canons s’épuisent quelquefois à tirerpendant des heures entières, sans que les résul-tats répondent à l’ardeur des artilleurs et àl’effet des pièces, dont le tir, étant soumis àun calcul mathématique, devrait être plutôtjuste que variable. A la bataille de Polotsk,livrée le 6-18 octobre, j’avais été placé par lecomte de YVittgenslein, avec un bataillon, surla route qui mène de Polotsk à Witepsk. Cechemin allait en pente douce, de la ville versl’endroit où j’avais été placé. Les Français bra-quèrent 5 pièces de canon contre mon ba-taillon, et firent pendant plusieurs heures unfeu très-vif. Mon attention était toujours diri-gée vers la direction des projectiles, et je faisaisfaire à mon bataillon de petits mouvements àdroite et à gauche, pour le soustraire à leurseffets. Comme je devais être relevé par le déta-chement du général Alexieff, je restai pendantplusieurs heures sous le feu de la batterie en-

( 1 ) Un général français, Lespinasse, dans son Essaisur l’organisation de l’arme de l’Artillerie, nousassure aussi (p. 51), qu’à l’année des Pyrénées-Occi-dentales il se trouvait des pièces de gros calibre.« A la fameuse journée du 17 pluviôse, dit-il,» j’avais 2 pièces de 16 au centre de mon ordre de

nemie, et quel fût le résultat de cette canon-nade, qui n’avait pas discontinuée? J’eus unsous-officier blessé, deux hommes tués, et lacrosse du fusil d'un de mes grenadiers fût miseen pièces.

Si la batterie que les ennemis m’avaient op-posée avaient été de 12 à 15 pièces de canon,je suis persuadé que je ne m’en serais pas re-tiré à si bon marché. En menaçant une grandeétendue à droite et à gauche de la roule oùj’étais placé, pour me soustraire aux projec-tiles ennemis, j’aurais dû ou quitter tout à faitmon poste, ce qui m’avait été expressémentdéfendu, ou laisser exterminer le bataillonque je commandais.

Des coups de canon isolés, cependant, si onchoisit le moment opportun, ne sont pas tou-jours tout à fait sans efficacité. Dans les enga-gements de petits partis, par exemple, un coupde canon, sans faire ressentir quelquefois au-cune perte à l’adversaire, produit souvent uneffet moral avantageux, en prouvant à l’ennemique les troupes ne sont pas dénuées d’artillerie.Une conviction pareille rend souvent l’adver-saire plus circonspect, et prévient la vigueurdes attaques et l’impétuosité que l’ennemi au-rait peut-être déployée dans ses mouvementsoffensifs, si une découverte pareille ne venaitentraver ses calculs.

Dans le cours d’une bataille, un boulet biendirigé suffit aussi pour enlever une personneindispensable pour l’ensemble des mouvementsde la journée et dont la perte peut entraver lesuccès. Dans de pareils cas, les chefs de batte-ries doivent diriger leur attention sur les grou-pes que forment les états-majors. A la fameusebataille de Fehrbellin que l’électeur de Bran-debourg gagna sur le comte de Wrangel, unpur hasard et le dévoûment de son écuyersauvèrent le prince d’une mort certaine. Aumoment où le combat s’engagea, l’écuyer deFrédéric-Guillaume, un certain Froben, aper-cevant que l’électeur montait un cheval blanc,qui pouvait aisément servir début aux projec-tiles des ennemis, dansla crainte d’une réponsenégative, s’il découvrait à son maître les rai-

» bataille, 2 de 18 à la droite, et 5 de 17 et 2 de■a 4 longues à la gauche. Ces batteries rompirent les» colonnes des Espagnols et nous donnèrent la vic-» toire. »

( 2 ) Ketzow, Charakterislik der wichligslen Ereig-nissc des siebenjahrigen Krieges.