DES TROIS ARMES.
265
têles delà première ligne et viendra ou ricocherentre la première et la seconde, ou frapper laseconde avec une justesse à peu près négative.
Le lecteur ne s’étonnera pas, maintenantlorsqu’il lira dans les Mémoires de Napoléon ,qu’à la bataille de Leipzig, le nombre de coupsde l’artillerie seule, sans compter ceux del’infanterie, montèrent à plus de 150,000 ( 1 ),tandis que toute la perle des alliés n’a été quede 21 à 22,000 hommes.
Mais malgré l’anomalie et la variété du tirdes projectiles, l’arlillerie n’en sera pas moinstoujours un de ces moyens le plus efficace quiaugmente la force inhérente à la nature del’infanterie et de la cavalerie, et quoique parelle-même elle soit d’une nature défensive, elleest cependant le meilleur moyen qu’on puisseemployer pour préparer et assurer les succèsdes mouvements offensifs des deux autresarmes. C’est pourquoi on voit l’artillerie par-tager avec l’infanterie et la cavalerie tous lespérils des combats, et se soutenir réciproque-ment dans leurs moments de crise.
Mais l’artillerie à pied, ne pouvant suivrela cavalerie avec la même vitesse, on institual’artillerie à cheval, dont l’origine est déjàtrop connue pour le répéter encore. Cette ar-tillerie, qui pouvait suivre la cavalerie danstous ses mouvements avec la même vélocité,et arriver avec une vitesse prodigieuse pouroccuper quelque point menacé, fut d’un se-cours si grand, qu’on songea bientôt à en aug-menter le nombre.
Jusqu’en 1791, les Français ne possédaientd’artillerie dite volante, que celle qu’ils avaientimitée des Impériaux, qui transportaient leurscanonniers sur une espèce de voiture, appeléeWurts-Wagen, et sur laquelle on plaçait lesartilleurs dans l’attitude de l’homme à cheval.En 1791, M. Duportail, ministre de la guerre,fit former 2 compagnies de canonniers à che-val, et le succès de cette épreuve répondit par-faitement aux avantages qu’on s’en promettait.En 1792, M. de Narbonne ayant succédé àM. Duportail, perfectionna et agrandit le nom-bre des batteries à cheval, de manière qu’aucommencement des campagnes de la révolu-
(i) Odeleben, dans sa Relation circonstanciée de laCampagne de 1815 en Saxe, tome u, page 34, en faitmonter le nombre à plus de 200,000.
tion, on lit monter le nombre des 9 compagniesà8régiments,et c’est à cette artillerie volanteque les français doivent en grande partie la vic-toire que le général Tuncq remporta en 1793 àLuçon, sur l’armée royale commandée par Cha-rette, et dont la perte monta de 6 à 7,000 hom-mes morts ( 2 ).
Cette espèce d’artillerie, dans plusieurs ar-mées, ne possède en général qu’un seul dés-avantage, et c’est celui du calibre; car lesPrussiens et les Autrichiens n’ont accordé àl’artillerie à cheval que des pièces de 6, et lesFrançais de 8; ce qui les mettrait en désavantagemarqué, si elles étaient obligées de soutenirpendant un certain temps le feu d’une batterie de12. L’essai que firent les Russes en faisant mon-ter à cheval les artilleurs des pièces de position,leur réussit si bien, qu’on incorpora plusieursbatteries de 12 dans l’artillerie à cheval, sansque la pesan leur des pièces paralysât en quelquechose la vélocité de leurs mouvements, ou ren-dit ces batteries moins mobiles que celles de 6.
L’expérience des guerres modernes déve-loppa en général le vrai caractère de force,inhérent à la nature de l’artillerie, et on peutbien hasarder de dire que ce fut une de cescauses matérielles, la nécessité, qui développales vrais effets que peuvent produire les batte-ries pour le gain des batailles. Même Napoléon,qui, pendant les derniers actes de son exis-tence militaire, imprima à cette arme une forcedont on ne sut pas tirer parti avant, combattitpendant quinze années, envisageant l’artilleriesous un rapport beaucoup moins efficace.
Pendant les campagnes de 1815, 14 et 15,dans lesquelles l’artillerie parut avec un éclatsi brillant et d’un effet si décisif, celte arme,qui jusqu’alors n’avait possédé qu’une puis-sance accessoire, fut bientôt envisagée, non-seulement comme arme de secours et prépara-toire, mais presqu’aussi comme arme défini-tive pour le gain des batailles.
On assujettit plus tard son action à un sys-tème nouveau, et sur ce sujet, les militairesne sauraient priser' trop haut les travaux labo-rieux de l’auteur anonyme du Système de l’Ar-tillerie à cheval et à pied ( 3 ).
( 2 ) Voyez, pour la relation, le Dictionnaire histori-que des Batailles, tome 11 , page 550.
( 3 ) System der reilenden Artillerie, Leipzig 1825.System der Feldarlillerie zu Buss, Leipzig, 1825,