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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

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Si, emporté par une prédilection injuste enfaveur de l’arme dont l’auteur anonyme déve-loppait la nature, la force et l’action, il a, detemps en temps, accordé à l’artillerie plus depuissance qu’elle n’en possède véritablement ( 1 )■et dont l’auteur d’un autre ouvrage ( 2 ) a relevéles petits défauts, ces systèmes n’en sont pasmoins les produits estimables de la littératuremilitaire.

Les extrêmes dans toutes les choses, en fai-sant tort à la vérité, retardent aussi les justesdéveloppements des sciences. Affirmer, commele général Latrille, que l’unique domaine del’artillerie soit les places fortes, et, par con-séquent, mettre en doute l’efficacité de cettearme en campagne est aussi préjudiciable quede supposer que l’artillerie peut jouer dans lesbatailles le rôle d’une arme indépendante, etqu’on peut gagner des batailles avec son seulsecours. Le juste milieu entre ces deux exagé-rations, c’est d’envisager l’artillerie sous deuxrapports différents, et s’en servir comme armede secours et comme arme préparatoire; deuxpropriétés dont je donnerai les développementsdans la section suivante.

La force des armées actuelles, la facilitéavec laquelle elles sont susceptibles d’être ma-niées , et la possibilité qui en est provenue, d’yattacher 2 pièces par -1,000 hommes, sans pa-ralyser pour cela la mobilité de ces masses pro-digieuses, ainsi que l’idée de tenir toujours enréserve une certaine quantité de pièces qu’onmet en batterie au moment opportun, ont été,en quelque manière, les premiers indices de lavraie force et des effets surprenants de l'artil-lerie. Supposant même qu’en mettant plus depièces en action, on risque d’en perdre uneplus grande quantité, pourvu que les batteriesn’aient pas été passives, on fait aussi essuyerdes pertes plus grandes à son ennemi. Qu’ar-rive-t-il ensuite? à l’engagement suivant, onprend sa revanche ; car l’artillerie risquant toutsi elle n’a pas un nombre respectable de défen-seurs, les adversaires ayant les forces physi-ques en leur faveur, posséderont toujours leschances les plus favorables pour écraser leursennemis et leur enlever leurs pièces.

(i) Par exemple, il dit, (System der reüendenArtillerie, pag. 9) :« Le but de ces feuilles est de» prouver l’existence de l’artillerie à cheval comme• arme indépendante. » Plus tard (page 25), il lui

Ce grand nombre d’artillerie est cependantplutôt nuisible pendant les marches et pour lescolonnes manœuvres, que pernicieux sur lechamp de bataille, où les espaces sont assezvastes pour pouvoir en utiliser un très-grandnombre. Dans les colonnes déroute, commema-nœuvres, au contraire, cette arme allonge lesfiles et paralyse beaucoup le mouvement destroupes. Leur direction les conduit-elle sur-tout à travers un défilé, les conséquences peu-vent souvent en devenir fatales. L’ennemi est-ilintelligent et prompt pour attaquer les troupesavant qu’elles ne l’aient franchi, on perd lesmoyens d'utiliser l’artillerie, et la défaite destroupes, ainsi que la perte du matériel, en estla suite indubitable. La bataille de flohenlindennous en offre un exemple bien frappant. Pen-dant que le général Richepanse soutenait avecassez de succès du côté de Mattenpœt, un com-bat assez inégal, le général Ney avait attaquéla colonne du centre des Impériaux, qui vou-lait se faire jour vers Hohenlinden. Cetteénorme colonne n’ayant pu utiliser qu’unepartie de ses troupes, et embarrassée par legrand nombre de son matériel qu’on ne putmettre en action, fut bientôt rompue, préci-pitée dans le défilé et mise en désordre. Toutel’artillerie de la colonne qui ne put rebrousserchemin pour se sousLraire aux poursuites desennemis, qui étaient au nombre de 87 piè-ces de canon, tomba au pouvoir des Fran-çais. Si les Impériaux ne s’étaient pas laissésurprendre, il n’y a pas de doute que cettemême artillerie qu’il leur fut impossible d’u-tiliser, aurait pu être justement un moyenefficace pour contenir l’ennemi et soutenirl’action des deux autres armes.

Sur le champ de bataille, le seul inconvé-nient de ces masses d’artillerie, c’est de trou-ver toujours un terrain qui protège leurmouvement et leur emplacement, au momentoù on veut en mettre un grand nombre à lafois en action; car un terrain trop coupé nemanque jamais d’en entraver la marche, et enles désunissant sur la position, leur ravit lesavantages des feux collectifs.

accorde même plus de vélocité qu’à la cavalerie, etc.

( 2 ) Betrachtungen iiber das System der reüendenArtillerie.