DES TROIS ARMES.
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SECTION II.
DES PROPRIÉTÉS DE L’ARTILLERIE EN GÉNÉRAL
ET DE CELLES DE L’ARTILLERIE A PIED EN
PARTICULIER.
Les propriétés de l’artil erie consistent dansl’effet des bouches à feu et la possibilité d’é-branler, à de grandes distances, son ennemi.Ces effets peuvent être envisagés sous plusieursrapports différents; et voici les cas où cettearme peut les déployer avec avantage, et pro-duire les résultats qui correspondent à sanature :
1° On peut paralyser ou même arrêter unmouvement offensif qui se prononcerait avectrop de vigueur;
2° On protège le déploiement des troupes;
3° Leur mouvement rétrograde ;
4° On opère du flottement dans les lignesennemies, et on facilite par là l’action desautres armes;
5° On augmente la force impulsive destroupes assaillantes.
Cinq prérogatives pareilles prouvent néces-sairement qu’on doit accorder à l’artillerie ungrand poids dans la balance des combats; et sicette arme ne possède pas les vertus d’unearme indépendante, comme arme secondaire,elle peut rendre de très-grands services toutesles fois qu’on saura l’employer, en se confor-mant aux avantages du terrain et à l’opportu-nité du moment.
En considérant avec attention les cinq casdans lesquels nous avons circonscrit les pro-priétés de l’artillerie, nous verrons qu’ellen’apparaît dans les combats que comme armede secours et préparatoire, et que le premier, letroisième et le cinquième cas se rapportent àsa première vertu, tandis que le deuxième etle quatrième se rapportent à sa seconde.
Des batteries avantageusement placées etcapables de se servir de feux rasants et surtoutbien nourris, qui sont toujours les plus dan-gereux pour toutes sortes de troupes forméesen masses profondes, peuvent facilement, enles soumettant à des perles sensibles, paralyseret même arrêter un mouvement offensif qui seserait même prononcé avec une sorte de vi-gueur. À la première bataille de Pololsk, livréele 6-18 août, le maréchal Saint-Cyr ayant at-taqué le corps du comte Wiltgenstein, avait
prononcé par sa droite un mouvement qui por-tait déjà l’empreinte de l’impétuosité. Lestroupes bavaroises, qui formaient celte aile,furent assaillies par un feu de 36 pièces decanon (r), qui firent un ravage tellement granddans les rangs ennemis, que les chefs qui con-duisaient les colonnes furent obligés de sus-pendre le mouvement pour réorganiser lesbataillons qui avaient été les premiers exposésaux foudroyants de notre artillerie. Jamais lemaréchal Wrède, qui commandait ces troupes,ne serait parvenu à remporter le moindre suc-cès, si le général Katatschkoffsky, qui se trouvaitsur notre aile gauche, ne se fût laissé subju-guer par l’impétuosité de son courage. Aper-cevant l’ennemi dans la proximité de nos lignes,il fait avancer le régiment du prince Guillaumede Prusse, à la tête duquel il voulut chargerl’ennemi à la baïonnette; ne faisant pas atten-tion, sans doute, au tort qu'il faisait au feu denotre artillerie. Il parvint bienlôtdansla sphèreactive de nos bouches à feu, qui voyant leurstroupes avancer contre les ennemis, suspendi-rent leurs feux et donnèrent par là aux Bava-rois le temps et les moyens de déployer leursbataillons, pour nous recevoir par un feu defile meurtrier; manœuvre dontj’aieu l’occasionde parler dans la section n, chapitre II.
L’infanterie se trouve-t-elle battue et forcéed’interrompre une lutte souvent inégale et quel-quefois mal ordonnée, sa retraite ne peut pasmieux se diriger que vers l’artillerie, et sa re-formation ne peut se faire avec plus de seccèsque sous la protection de ses feux. A la ba-taille de Vimeiro, l’infanterie du général Kel-lermann, qui formait la réserve de l’armée,avait été détachée contre la partie de la ligneennemie qui débordait la droite des troupesemployées à l’attaque de la gauche des Anglais :repoussée et vainement soutenue par le chef dela réserve, elle se vit bientôt obligée de céderle terrain à ses ennemis. Le général Kellermannfit replier ses troupes sous la protection d’unebatterie qu’un aide de camp du général Tavielvenait de mettre en position. Le feu de cesbouches fut tellement bien ordonné, qu’il ac-corda à l’infanterie rétrogradante tout le tempsnécessaire pour achever son ralliement, et à la
(i) Il y avait deux batteries de 12 commandées parles colonels Mourousi et Anlropof, et une batterie de 6commandée par le colonel de Périn.