272
EXAMEN RAISONNÉ
En général, l’artillerio achevai possédanttoutes les grandes propriétés de l’artillerie àpied, ainsi que ses défauts, a deux autres avan-tages , qu’elle peut pousser avec facilité à uncertain degré de perfection. C’est la rapiditéet la régularité de ses mouvements et une plusgrande justesse du tir. Les artilleurs montés àcheval et pouvant suivre les pièces avec unevivacité extraordinaire, dans leurs mouvementsoffensifs, comme dans leur rétrogradation,accordent à l’artillerie les moyens de faire desmouvements beaucoup plus hardis et par con-séquent plus avantageux.
Pour ce qui regarde la juslesse du tir, cettejustesse étant soumise à de beaucoup moindresvariations, lorsque les bouches à feu se trouventdans la proximité du but, l’artillerie à chevalest justement celle qui peut, sans risquer au-tant que celle à pied, s’approcher à des dis-tances qui favorisent la justesse de son tir.
L’artillerie à cheval, l’emportant sur celle àpied par deux avantages aussi essentiels, nouspouvons donc poser en principe, que ses pro-priétés étant plus nombreuses que celles de l’ar-tillerie à pied, son action doit en être plusdécisive, et nous terminerons par la conclu-sion suivante :
Que les avantages des propriétés de l’artille-rie à pied et à cheval, sont en proportion avecla vivacité des mouvements et la justesse destirs des deux artilleries.
SECTION IV.
DES POSITIONS DE L’ARTILLERIE.
Les positions de l’artillerie doivent être con-sidérées sous trois rapports différents :
1° Sous le rapport du terrain ;
2° Sous le rapport des feux;
3° Sous le rapport de l’ordre de bataille.
Le terrain où on place les batteries doit êtreouvert, dominant celui qu’occupe l’ennemi;mais d’un léger commandement, pour que lesfeux ne soient pas trop plongeants; car ce sonttoujours les plus inexacts et les moins dange-reux. Les sommets des grandes hauteurs sontordinairement les positions les plus vicieusespour l'artillerie; car les bonds se faisant sousdes angles d’incidence très-obtus, les ricochetsles moins élevés n’atteignent le but que pres-
que au moment où le projectile a perdu de saforce positive.
Il faut, au commencement d’un combat,faire bien attention aux points les plus faiblesde la position, en les considérant sous le rapporttopographique, et placer l’artillerie de manièreà ce qu’elle puisse en défendre toutes les ap-proches. On cherchera à multiplier ses lignesde tir, et on les dirigera préalablement versles points par où l’ennemi devra passer.
On placera les batteries, de manière à cequ’elles puissent découvrir ces points contrelesquels elles devront diriger leurs feux, et engénéral toutes les lignes de bataille de l’ennemi.On pose cependant en principe, qu’il ne suffitpas toujours de pouvoir observer les mouve-ments de l’ennemi et de viser avec justesse : lasévérité des règles exige que, tout en attei-gnant le but, on cache ses propres batteries àson adversaire. Le principe peut être très-justeet très-avantageux;, mais l’exécution en esttrès-difficile. La configuration du terrain ordi-nairement est telle, qu’en prenant uni; positiond’après les lois de la tactique de l’artillerie, surle plateau d’une hauteur d’un léger comman-dement, devant une plaine unie et dénuéed’accidents qui puissent s’opposer au libre coursdes projectiles, d’où on soit en état d’aperce-voir les lignes ennemies et défendre les voiesqui conduisent aux points les plus vulnéra-bles de notre ordre de bataille, il est cepen-dant difficile de pouvoir tout observer sans sedécouvrir aussi.
Pour pouvoir, autant que possible, ne pasenfreindre celte loi, il faut utiliser, par exem-ple, les enclos des champs, qui, dans beaucoupde pays, sont entourés d’une jetée de terrefaite à l’instar d’un épaulement, les haies dejardin, les hautes bruyères, une ruine, etc., etc.
Il est indispensable d’avoir aussi en avantdes bouches à feu un terrain dont la déclivités’abaisse doucement du côté de l’ennemi, etétablir les batteries sur des positions qui nesoient pas en travées par de nombreux accidentssur leurs derrières. Ces sinuosités qui se trou-venten arrière des bouches à feu, doivent êtreassez milles, pour que, dans un cas de néces-sité, la retraite des pièces, ainsi que les mouve-ments offensifs de l’artillerie de réserve, dontl’entrée dans les lignes de bataille décide quel-quefois du succès de la journée, se fassent