DES TROIS ARMES.
273
avec facilité. Le choix de ces lignes de commu-nication est d’autant plus nécessaire, que dansles mouvements rétrogrades, pour ne pas en-traver les feux des pièces, il est toujours plusavantageux de faire rétrogader les bouches àfeu à la prolonge, manœuvre qui par elle-mêmedéjà est beaucoup plus épineuse que lorsqueles canons reposent sur leurs avant-trains.
Une position très-lavorable pour l’artillerie,est toujours un terrain de 8 à 9 pieds d’éléva-tion et au pied de laquelle se trouverait un ter-rain un peu mou, dont la mollesse s’opposeordinairement aux ricochets des projectiles desadversaires, mais qui ne surpassât pas la por-tée du premier bond des boulets et des grossesballes, afin que nos projectiles puissent facile-ment le franchir, ricocher sur un terrain ferme,et aller frapper dans les lignes ennemies. Uneposition pareille est d’autant plus avantageuse,qu’il n’y aurait que les projectiles qui vien-draient frapper de but en blanc le vrai but,qui pourraient être nuisibles ( et nous savonspar les discussions précédentes combien le tirdes projectiles est peu sur), tandis que la plusgrande partie, en plongeant dans le terrainmou, ne seraient plus susceptibles de ricocher,et resteraient sur les places où ils auraientfrappé , et les autres qui seraient lancés sousdes angles de projection trop élevés, passe-raient par-dessus. Les hautes bruyères , quicroissent souvent sur des terres molles, possè-dent justement le double avantage qui consti-tue les bonnes positions de l’artillerie, en pa-ralysant les ricochets des projectiles et enmasquant les pièces; mais il est indispensable,comme je l’ai dit plus haut, que la plaine der-rière laquelle on cache les batteries ne dépassepas le premier bond.
Tout en cherchant à donner à l’artillerie despositions avantageuses, en les envisageantsous le point de vue du mal qu’elle doit faireà l’ennemi, il ne faut pas oublier non plus dela placer de manière à ce qu'elle ne souffreque le moins possible des feux des adversaires.Je me suis prononcé sur la difficulté de pou-voir masquer les batteries de manière à les dé-rober tout à fait aux regards de l’ennemi, et
(î) L’alignement des pièces dans tes batteries, doitêtre aussi une chose secondaire et souvent même per-nicieuse ; car l’emplacement des bouches à feu doit dé-pendre du terrain qu’on occupe, et par conséquent
que ce n’était que rarement que les champs debataille nous offraient de ces sortes d’abris ; ilfaut donc chercher dans de pareils cas, d’au-tres moyens qui soient ou tout à fait efficaces,ou le moins pernicieux pour cette arme.
Nous avons déjà été dans le cas de nous con-vaincre , que plus les masses étaient compactes,plus elles soutfraient des effets des projectiles.Cet effet peut aussi, mais dans une acceptionmoins étendue, être appliqué à l’artillerie.Plus les bouches à feu sont rapprochées, pluselles risquent d’être démontées et mises horsd’action. On doit donc recevoir pour base,dont les modifications seront établies d’aprèsle terrain et les circonstances, de ne jamaistrop rapprocher les pièces et de prendre pourprincipe normal de l’éloignement des canonsentre eux, celui des feux collectifs, c’est-à-dire, de ne pas les placer à une distance quiréduirait leurs tirs à des coups isolés. Ces sortesde distances seront donc ordinairement depuisquinze jusqu’à vingt pas, selon l'effet qu’onveut en obtenir.
Lorsqu’on fait avancer une batterie, et qu’onse trouve dans le cas de faire usage de car-touches à balles, on peut, sans beaucoup ris-quer, augmenter les distances entre les pièces;car, comme nous l’avons vu, les cartouches àballes ayant la propriété de se disperser enforme conique , on peut, sans paralyser pourcela l’effet des projectiles , disposer les piècesde manière à ce que les arêtes latérales ne secroisent pas trop , et battre, par conséquent,une plus grande étendue de terrain (i).
La position de l’artillerie, par rapport auxdeux autres armes, doit être aussi d'une consi-dération majeure : elle peut, par ses feux des-tructeurs , en produisant du flottement dansles lignes ennemies, faciliter le choc de l’in-fanterie et delà cavalerie; mais elle ne possèdepas la propriété de gagner les batailles, dontl’honneur appartient à l’infanterie, qui remporteles victoires, et à la cavalerie qui les complète.Il s’ensuit donc que ces deux armes jouent lesrôles principaux dans les batailles, et, par con-séquent , la position de l’artillerie, quoiqueétant subordonnée au terrain, doit l’être aussi
l’attention des chefs doit se diriger préalablement surses propriétés et la position des canons, et non sur leuralignement.
33