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EXAMEN RAISONNÉ
à 1'aclion des deux armes. L’action prépara-toire de l’artillerie a-t-elle eu le résultat désiré,l’attention du chef qui la commande doit sediriger sur la disposition que la circonstancedemandera, pour que cette arme n’entrave pasles mouvements offensifs des deux autres. Sile secours de l’artillerie est encore nécessaire ,il manœuvrera avec l’arme offensive; si, aucontraire, le moment du choc est arrivé, ilpréparera des débouchés pour les troupes quise porteront en avant, en faisant doubler lespièces, ou en mettant les batteries en colonnes.
Pour ce qui regarde les positions de l’artil-lerie sous le rapport des feux, nous devons,autant que le terrain et la position des lignesde bataille le permettent, les baser sur les troispropriétés les plus efficaces des feux de l’artil-lerie , dont j’ai eu l’occasion de faire mentiondans le chapitre IV, section 2, et qui sont :
1° Les feux obliques;
2° Les feux d’enfdades;
5° Les feux croisés.
On obtient les feux de la première catégoriepar la position oblique des batteries, par rap-port aux lignes de bataille ennemies. Les diffé-rentes obliquités peuvent se compter depuis lemoment où la trajectoire abandonne la direc-tion perpendiculaire jusqu’à celui où l’on par-vient à placer les bouches à feu tout à fait dansle flanc des lignes de bataille des adversaires;position qui nous ramène aux feux d’enfilades.
Les feux obliques sont certainement plusavantageux que les feux perpendiculaires ; maisplus on se rapproche des feux d’enfilades, etplusla position des batteries devient dangereuse enprêtant le flanc aux attaques comme aux coupsde l’artillerie ennemie.
Cependant, pour ne pas se laisser distrairede l’attaque que l’on dirige contre un point, simême l’ennemi plaçait une batterie qui prennela nôtre d’écharpe, il faut, dans un cas pareil,réparer le mal en faisant avancer de la réserveune batterie d’artillerie à cheval, qu'on placeraparallèlement à celle des ennemis, et qui for-mera par conséquent un angle avec la première.Le devoir de la batterie légère sera de cher-cher, par la vivacité et la justesse de ses feux,d'imposer silence à la batterie flanquante, etla mettre par conséquent hors d’action.
Les feux d’enfilades sont beaucoup plus effi-caces encore que les feux obliques; car le pro-
jectile trouvant dans toute l’étendue de sa tra-jectoire, des objets à frapper, fera essuyer deplus grandes pertes aux lignes ennemies. La po-sition d’une batterie qu’on place perpendiculai-rement à la ligne ennemie n’est pas dangereusepour elle-même ; mais il est difficile qu’elle semaintienne longtemps. L’ennemi ne peut jamaissouffrir longtemps un voisinage pareil, et doitchercher à déposter l’adversaire importun.C’est même bien le moment de faire de grandssacrifices pour déloger ses ennemis, à moinsque quelque accident insurmontable ne vousen rende la chose impossible , comme le casarrivé à la bataille de Friedland, ou lorsquel’emplacement de la'ballerie ne s’est pas effec-tué pendant le mouvement des troupes, qui or-dinairement n’est pas le plus propice pour leurfaire changer de direction, ainsi que nous envoyons des exemples dans les batailles de Mal-plaquet et de LeuLhen.
A la bataille de Friedland, le maréchal Ney,à la tète du flanc droit, ayant dépassé la forêtde Sortlack, avait établi de fortes batteries,qu’il dirigea contre la ville. Un officier de l’état-major russe, M. de Teslef (î), voyant que lesFrançais s’étaient rapprochés des bords del'Allcet prêtaient leur flanc droit, fit placer une bat-terie sur la rive droite, et exécuta un feu biennourri et si bien dirigé, que les ennemis n’ayantaucun moyen de déloger l’artillerie russe, quise trouvait sur la rive opposée, furent obligésde rétrograder pour prendre une position quifut hors de la sphère active des projectilesqu’on pouvait lancer de la rive droite de l’Aile.
A la bataille de Malplaquet, le prince Eu-gène , s’étant rendu maître dubois de Sars,ne voulant pas remporter la victoire à demi,fit avancer sa cavalerie, qui était restée encolonnes derrière l’infanterie. Les Français,voyant qu’elle allait charger leurs lignes d’in-fanterie, font avancer la leur. La charge se fait,et les escadrons français sont renversés. Ceux-ci font avancer la Maison du roi ainsi que lesgardes-du-corps. Cette troupe arrête la cava-lerie impériale, et la charge plusieurs fois avecsuccès. Elle aurait apparemment achevé la dé-faite de la cavalerie impériale; mais une bat-terie qu’on plaça dans son flanc, et qui prit les
(i) Maintenant lieutenant-général et commandant la25“ division d’infanterie.