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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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EXAMEN RAISONNÉ

ries dont je viens de parler auraient été suffi-santes pour arrêter l’attaque des divisionsSaint-Hilaire, Vandamme et Drouot, qui furentjustement dirigées par Kobelnitz, Pontovitz etpar le défilé entre Pontovitz et Girzikovitz.

Mais si les différentes batteries doivent être,par rapport à leur position, dépendantes lesunes des autres, il n’est pas moins nécessaireque la position de l’artillerie en général, lesoit aussi de celle de l’infanterie qui forme lapremière ligne de bataille, le terrain qu’on choi-sit pour champ de bataille étant ordinairementcoupé par différentes sinuosités et parsemé devillages et d’habitations, on choisira pour l’em-placement des batteries les espaces intermé-diaires entre ces villages, car ces sortes depostes étant toujours occupés par de l’infan-terie, on acquiert de cette manière une lignede feux non interceptée, formée par ceux despièces et ceux des troupes qui occupent lesvillages.

Si l’artillerie est désignée pour défendre im-médiatement un village, on la mettra sur lesflancs en se gardant bien d’en embarrasser lesavenues, si ces sortes de débouchés ne sont pasassez larges pour que deux pièces au moinspuissent se mouvoir avec aisance; car, de cettemanière, on la mettrait en butte à une pertecertaine. Les débouchés des villages étant or-dinairement très-étroits, si l’ennemi prononceun mouvement offensif un peu impétueux, l’em-barras de retirer les pièces et la difficulté deles soustraire aux attaques des ennemis, leurravit beaucoup de l’efficacité de leurs feux,ainsi que les moyens de prolonger la défense.

A la bataille de Dennevilz, au moment oùles troupes du comte de Tauentzien s’emparè-rent de Robrbeck, les Français furent forcésd’abandonner ce poste avec tant de prompti-tude, que nous trouvâmes 4 pièces de canondans les ravins du village, dont la perte fut oc-casionnée par la précipitation avec laquelle lesennemis furent obligés de se retirer.

Mais si la position de l’artillerie peut sou-vent être dangereuse lorsqu’on la place dansles défilés, celte arme ne peut que rendre degrands services lorsqu’on la place devant, pourempêcher le débouchemenl des troupes enne-mies. C’est d’après la largeur du défilé qu’oncalcule le nombre de bouches à feu qu’on doitmettre en batterie, et on les augmentera selon

que la trouée sera étroite ou large. Dans lepremier cas, on bat les têtes des colonnes quidébouchent et qu’on empêche de se déployer,et, dans le second, si la trouée est assez largepour que les troupes puissent la franchir enordre de bataille, on paralyse du moins, parun feu bien dirigé, leur mouvement offensif.

A la bataille de Malplaquet, le maréchal deVillars avait fait placer une batterie de 100pièces de canon devant la trouée formée parles bois de Sars et de Blangies; mais il eut l’im-prudence de faire élever les retranchementsentre les deux taillis, de manière qu’en per-dant un des bois, les fortifications risquaientd’être prises à revers. Le malheur voulut aussiqu’en se portant à la tète de plusieurs batail-lons vers le bois de Sars, le maréchal de Vil-lars y fut blessé et obligé de quitter le champde bataille, et que le maréchal de Boufflers aiteu la faiblesse de faire sonner la retraite. Mal-gré tous ces désavantages pour les Français, leprince Eugène n’acheta cependant cette vic-toire, qu’on voulut bien lui céder, qu’en lais-sant 20,000 hommes sur le champ de bataille.

Dans des cas pareils, il est toujours plus sûrde placer les batteries dans un éloignementpour le moins de 600 pas des taillis qu’on doitnécessairement occuper, et on en retire le tri-ple avantage :

1° Si le bois a été emporté, de soustrairel’artillerie à la portée du fusil ;

2° De pouvoir, par des feux bien meurtriers,recevoir les troupes qui voudraient déboucherdu taillis;

3° De ne pas risquer que les batteries soientprises à dos.

Si, à la bataille de Jéna, les généraux Tauent-zien et Ilolzendorff eussent fait une meilleuredisposition de leurs troupes et plus conformeau terrain, certes les troupes des divisions Su-chet et Saint-Hilaire ne seraient pas parvenuesaussi facilement à s’ouvrir les débouchés duchamp de bataille sur lequel on combattit plustard. Le premier aurait dû déployer devant levillage de Lutzerode, placer son artillerie entreceux de Cospoda et Closwilz, et occuper les li-sières des bois de ces deux derniers villages. Lesecond devait déployer devant le village deRodchen, placer son artillerie un peu en ar-rière des bois de Zwetzen et Porstendorf, etoccuper aussi leurs lisières.