Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
300
JPEG-Download
 

300

EXAMEN RAISONNÉ

opérera la disposition des escadrons dans l’or-dre de bataille, ouvriront le combat. Chacunedes deux armes, en combattant dans le sens desa propre tactique, préparera les mouvementsoffensifs, et protégera les manœuvres de lamasse primitive de la cavalerie.

Dans le premier cas, les deux partis com-battant sous les auspices de la même combi-naison d’armes, et par conséquent, à forcesintrinsèques égales, posséderont les mêmeschances desuccès: l’utilisation des armes et lesmouvements qu’on leur fera faire, devront doncseuls décider du succès en faveur de l’un oude l’autre parti.

Ces sortes de combats sont ordinairementtrès-difficiles à diriger; car, d’après les règlesdes positions de la cavalerie, comme on ne doitpas choisir de terrain trop accidenté, et la na-ture ne nous en offrant pas dont toutes les cou-pures, qui doivent masquer les mouvements decette arme, ne soient que de peu de consé-quence , on se voit obligé d’en prendre un,plutôt plat et ouvert, que hérissé de difficultés.Un terrain pareil n’offrant aucune ressourcepour soustraire les mouvements à la vue del’ennemi, ce n’est qu’une série de manœuvresbien conduites et bien adaptées à la circon-stance et à la position de l’ennemi, qui peuventdécider du succès.

La bonté des manœuvres doit tendre préala-blement à tenir, avec les escadrons et l’artillerieà cheval des lignes de bataille, l’ennemi enéchec, le fatiguer par des attaques simulées,l’obliger à mettre sa réserve en action, et tom-ber avec une masse fraîche et imposante sur lepoint entamé.

Ce raisonnement nous prouve que dans desengagaments pareils, comme dans tous ceuxqu’on est dans le cas de soutenir, la réserve yjoue un rôle très-important, et dans les com-bats de cavalerie contre la même arme, un pluséminent encore, à cause du peu d’avantage quenous offre le terrain, et l’égalité de chancesque la combinaison des armes accorde aux deuxpartis.

Les obus, comme nous l’avons déjà vu plushaut, étant les projectiles que la cavalerie re-doute plus, c’est dans les combats de cette armecombinée avec l’artillerie, qu’il est utile derassembler les obusiers en batteries. Cette sortede projectiles possédant la propriété de battre

en brèche les escadrons, et d’effaroucher leschevaux, pour mieux parvenir à ce but, il estindispensable de faire usage d’une force col-lective ; car le partage des obusiers dans lesdifférentes batteries, en ne produisant que deseffets partiels, leur ravit une grande partie deleur efficacité.

Pour ne pas être dans le cas de rassemblerpendant le combat une masse respectable d’o-busiers, opération très-difficile, à cause dugrand développement de terrain sur lequel lesdifférentes batteries sont placées, on fera biend’en faire l’organisation avant l’engagement, eton assignera leur position dan s la réserve. La for-mation des batteries d’obusiers une fois ache-vée, on procédera à'la disposition des troupesdans l’ordre de bataille, en se conformant-auxprincipes déjà discutés sur les positions desarmes, et sur ceux que je viens d’énoncer.

Pour pouvoir mieux expliquer le mécanismede l’action de la cavalerie combinée avec l’ar-tillerie, il faudrait peut-être offrir plusieursexemples, et leur application au terrain; mais,d’un autre côté, ces exemples n’étant applica-bles qu’au terrain dont on aurait fait le choix,sans que les mêmes mouvements puissent tou-jours être adaptés à d’autres champs de ba-taille , je préfère en généraliser les principes.

Le rôle de l’artillerie consiste en général às’opposer au feu de celle de l’ennemi, et deprévenir sa destruction sur tous les points.Celui de la cavalerie, par rapport à l’artillerie,consiste à la bien défendre contre les agressionsde l’ennemi, et à ne pas précipiter son action,pour ne pas ravir à l’artillerie l’activité de lasienne. Pourvu que les batteries occupent uneposition avantageuse, les effets de leur action,quoique lents, n’en sont pas pour cela inutiles.Tout sera en règle, si même l’artillerie préparelentement, pourvu que la cavalerie achève aveccélérité et vigueur.

Dans les combats que nous basons sur lacombinaison de l’action de la cavalerie aveccelle de l'artillerie, les engagements de cesdeux armes sont ordinairement alternatifs,et souvent soutenus par la cavalerie, sansque l’artillerie la suive toujours dans son mou-vement. Chacune d’elles doit préalablementdiriger son attention sur les effets que leur ac-tion produit, pour pouvoir, ou réparer le mald’un échec, ou pour compléter le succès ob-