Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
301
JPEG-Download
 

DES TROIS ARMES.

tenu. L’artillerie cherchera à paralyser les feuxde la même arme ou le mouvement de la cava-lerie , tandis que celle-ci protégera la retraitedes vaincus, défendra l’artillerie, et tomberasur les batteries des adversaires , au momentoù elle les apercevra dénuées de défense, ou jengagées dans quelques mouvements difficiles.

Lorsque la cavalerie sera obligée de s’en-gager pour subjuger une force prépondérante,le secours des feux de l’artillerie lui devientindispensable; car ce sont eux justement quiaccordent à la cavalerie la force impulsivesuffisante pour surmonter ces entraves. Pen-dant que la cavalerie fait ses dispositions pourl’engagement et s’avance vers l’ennemi, l’ar-tillerie apprêtera les moments du choc.

S’agit-il d’une charge de cavalerie pour la-quelle les circonstances l’obligent de prendrel’artillerie à cheval pour compagne, les deuxarmes combinées s’engageront de la manièresuivante : parvenue à une distance, supposonsde l',000 pas de l’ennemi, pendant que la ca-valerie déploie, l’artillerie à cheval parcourtau galop l’espace de 200 pas en avant, et faitfeu jusqu’au moment où la cavalerie l’a re-jointe. Pendant que les batteries répètent cettemanœuvre, la cavalerie légère voltige surles flancs des ennemis; et, au moment oùles effets de l’une et de l’autre ont été suffi-sants pour rendre la réussite de la charge dela cavalerie non douteuse, alors celle-ci de-vance son artillerie à cheval, qui ne songera,dans ce moment, qu’à se placer de manière àfaciliter le mouvement offensif des escadronsassaillants, en doublant les pièces par deux oupar quatre. Pendant que ceux-là exécutent lechoc, la réserve et l’artillerie vont prendre laposition que le terrain rendra la plus avanta-geuse , pour pouvoir ensuite protéger les esca-drons rétrogradants, ou pour poursuivre lesennemis battus, tandis que la masse qui a exé-cuté la charge se réorganise de noüveau, ets’avance pour prendre possession du terrainqu’elle vient de conquérir.

Comme, après une charge,même heureuse,les escadrons assaillants sont soumis à un cer-tain désordre, il est juste que ce ne soit plus àtravers celte masse, plus ou moins informe,que la réserve et l’artillerie prononcent leurmouvement offensif. 11 leur faut donc un terrainlibre, et qui soit propice aux manœuvres que

30 f

la circonstance exigera. Pendant que le chocde la cavalerie s’exécute, le chef qui commandela réserve mènera les deux armes qui la com-posent hors de la mêlée, et, pour ne pas êtreinterrompu dans ses dispositions, choisira jus-tement le moment où l’ennemi sera occupé àmettre ses troupes en action, et à parer le chocde la cavalerie assaillante.

Toutes les manœuvres, exécutées par la ca-valerie combinée avecl’arlillerie à cheval, sontinfiniment plus épineuses que lorsqu’on y faitagir de l’infanterie, car les éléments de l’actiondes deux premières armes étant une vélocité àtoute épreuve, la vivacité avec laquelle toutdoit s’exécuter nous ravit quelquefois le mo-ment de réflexion indispensable pour mûrir leprojet. Comme un combat ne peut jamais finirpar la même manœuvre par laquelle il a com-mencé , et le dénoùment n’étant que le pro-duit de plusieurs mouvements, diversions elchocs, les différentes combinaisons étant obli-gées de se succéder avec la même vitesse aveclaquelle elles sont exécutées, ilest indispensableque le général qui commande une masse decavalerie combinée avec de l’artillerie, pos-sède un coup d’œil sûr, une imagination ar-dente, et un esprit riche en moyens d’attaqueet de préservation.

Comme exemple d’un combat soutenu par lacavalerie combinée avec de l’artillerie, digned’attirer l’attention des militaires, je vais citercelui de Liebertwolkovitz.

Afin de s’assurer de la force et de la positionde l’ennemi, le comte de Wittgenstein reçutl’ordre de faire le 2-14 octobre une recon-naissance forcée. Les Français venaient d’a-bandonner Grœbern et Gossa, et s’étant repliésvers Leipzig, avaient fait occuper Mark-Klee-berg et Wachau avec leur infanterie, et faitplacer leur cavalerie près de Liebertwolkovitz.

L’attaque fut ordonnée en deux colonnes ;la première, composée des troupes légères ducomte de Pahlen et de la cavalerie de réservedu général Rœder, devait avancer par Grœbernet Gossa ; l’infanterie faisait la queue de la co-lonne. La seconde, composée du 4 e corpsautrichien, commandé par le général Klenau,devait se diriger vers Liebertwolkovitz. La14 e division d’infanterie russe reçut l’ordrej d’occuper Grœbern; la 4 e , Gossa; le régiment1 de cosaques d’Ilovaisky xn e devait avancer vers