EXAMEN RAISONNÉ
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elles sont néanmoins très-souvent trahies parle caprice du hasard.
Que de règles que la théorie a consacrées ontété mises en défaut par la pratique? Que dedispositions qui ont mené à un heureux résultatet que la pure théorie condamne ? Ce conflit dela théorie et delà pratique, ne peut qu’égarerles idées et rendre les conséquences qu’on érigeen principes, douteuses et quelquefois insolites.
L’imagination humaine voudrait en vains’appesantir sur la thèse inépuisable du méca-nisme des batailles, elle ne parviendra jamais,je crois, ni à épuiser le sujet, ni à contenter lemilitaire profond, et surtout celui qui a pré-sidé lui-même à ces luttes sanglantes, et qui aobservé avec attention toutes les variations deschances, le pouvoir du hasard et de l’aveuglefortune, le mécompte des probabilités et l’in-constance des résultats.
Mais s’il est impossible de baser le gain desbatailles sur des principes stables, je ne croispas qu’il soit aussi difficile de ramener les cau-ses de leurs perles à des règles plus invariablesqui nous indiqueront ce qu’il faut éviter, pourconserver du moins l’équilibre des chances. Enrécapitulant les narrations des luttes qui ontensanglanté le continent européen, nous pou-vons toujours rassembler une série de prin-cipes, dont l’oubli a été la cause de nombreuseset sanglantes défaites, qui peuvent, en les con-sidérant dans tout leur développement, nousservir d’indication salutaire, je ne dirai paspour tout ce qu’il y a à faire, mais pour cequ’il faut éviter. Il est vrai que les combinai-sons changeant d’après le terrain, il est diffi-cile que la même cause fasse gagner ou perdreune autre bataille; mais, par rapport à la viola-tion des principes établis, nous reconnaisons,même sur des champs de bataille différents,plus ou moins une certaine analogie, qui nousservira deguidepour éviter les mêmes dangers,et qui ne pourra qu’épurer notre dialectiquemilitaire.
Je n’essaierai donc maintenant de tracerqu’une série d’aphorismes, que je tâcheraid’olfrir au lecteur comme un guide, peut-êtremême pas tout à fait exempt de défauts, pourle mécanisme des batailles; et en recherchantplus tard les causes du gain ou de la perte desplus fameuses batailles des temps modernes,je chercherai à ramener les résultats heureux
ou défavorables qui s’en sont suivis, à la stricteobservance ou à l’infidélité aux règles quej’énoncerai dans mon catéchisme.
Pour ne pas nous mettre à la merci d’unedéfaite ou d’une déroute, avant d’engager unebataille, pendant le combat et les moments quiqui le suivent, nous observerons strictementles règles suivantes :
1° On n’engagera l’affaire que lorsqu’il exis-tera un équilibre quelconque de forces phy-siques ;
2° On prendra, un ordre de marche qui nousmènera dans le flanc des lignes ennemies, et,pour le cas inverse, on cherchera toujours àdécouvrir les mouvements préparatoires de sesennemis ;
3° On choisira une position avantageuse sousle rapport topographique, et on en apprécierales propriétés (î) ;
4° Il faudra éviter de choisir pour champ debataille un terrain trop étendu oit trop étroit,en comparaison du nombre de troupes dont onpourra disposer : dans le premier cas, on sevoit obligé d’étendre trop les troupes, et l’ordrede bataille n’en conserve aucune consistance ;dans le second, on se voit forcé de trop lesmasser, et on les expose ainsi aux coups meur-triers de l’artillerie ennemie ;
5° On se gardera de disséminer les troupesavant l’engagement;
6° On appréciera le terrain , si la chose estpossible, avant l’engagement, et on chercheraà découvrir les points stratégique et tactiquedu champ de bataille de son ennemi, commede celui qu’on occupe;
7° On disposera les troupes dans l’ordre debataille le plus conforme aux modulations etaux propriétés du terrain, ainsi qu’aux avan-tages de leur action;
8° On soumettra la formation des armes auxpropriétés de leur action, en la basant aussi: sur l’opportunité du moment;
9° On cherchera toujours à prendre l’offen-sive pour forcer l’ennemi à moduler ses mou-vements d’après ceux de scs adversaires;
, 10° On dirigera toujours son attention con-
tre les points de la position ennemie, les plusfaciles à subjuguer;
(i) D’après les principes énoncés au commencementde cet ouvrage.