DES TROIS ARMES.
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duisant à Tournay, le maréchal de Saxe devaittoujours éviter de se replier sur une place quiétait occupée par l’ennemi. Le village d’Antoingest situé à peu près à un kilomètre de l’Escautet à deux de Calonne, points de passage del’armée française. En se rendant maître d’An-toing, le duc de Cumberland metlait l’arméefrançaise en danger d’être rejetée en sens in-verse de ses points de passage, avantage cer-tainement très-grand. Ce village formait aussil’extrême droite des lignes de bataille du maré-chal de Saxe. En s’en rendant maîtres, les alliésse plaçaient perpendiculairement sur l’aile at-taquée, second avantage non moins grand. Lacolonne de gauche, en quittant à Véronchauxla route qui mène de Tournay à Condé, et ra-battant vers le village de Péronne, pouvaitfaire manœuvrer ses troupes sous sa protectionet diriger de là ses attaques contre Àntoing;troisième avantage. L’éloignement de la rivegauche de l’Escaut et le marécage qui la borde,assuraient l’extrême gauche des alliés contreles tentavives que l’artillerie ennemie auraitvoulu entreprendre, en établissant ses batte-ries sur la rive opposée. Enfin, si les alliésavaient l’imprudence de porter la majorité deleurs forces vers le bois de Rarry, s’en fussent-ils même rendus maîtres, les troupes qu’onaurait employées àcelte attaque, n’auraient ja-mais pu atteindre le village de Ramecroix, quiformait l’extrême gauche de l’armée française,avec cet ensemble de mouvement et cette ré-gularité de formation, avant-coureurs des avan-tages non douteux; raison assez péremptoirepour détourner le duc de Cumberland de l’at-taque de la gauche de ses ennemis.
Toutes les raisons que je viens d’exposer,étaient suffisantes pour convaincre le duc deCumberland, que le vrai point, le plus décisif,et celui contre lequel il devait diriger ses atta-ques, était le flanc droit de ses adversaires.C’est justement ce qu’il négligea d’observer.
Ayant rassemblé ses troupes sur les hauteursde Maubray, sans rien changer au nombre descolonnes, voici l’ordre de marche que le ducde Cumberland aurait pu suivre. La colonnede l’extrême droite, en passant entre les vil-lages de Bourgeon et Moupreau, en déployantentre ces deux villages et sous leur protection,se serait ensuite dirigée sur Fontenoy. La se-conde aurait pris le village de Bourgeon pour
but, et l’ayant fait occuper assez puissammentpour pouvoir s’y maintenir, aurait déployésous sa protection. La troisième et la quatrièmeauraient suivi la grande route de Tournay àCondé, jusqu’au village de Véronchaux, d’oùces deux colonnes se seraient séparées de lamanière suivante : la troisième, en déployantsous la protection de Véronchaux, se serait liéeà la seconde dans la direction de Bourgeon ; laquatrième, en quittant Véronchaux, aurait prisla direction de Péronne et aurait déployé entrece dernier poste et celui d’Antoiig. Une forteréserve aurait été placée sur la grande route deTournay à Condé, en avant du village de Vé-ronchaux.
En refusant de cette manière leur flancdroit, les alliés auraient pu porter leurs forcesprincipales par Péronne et Véronchaux, etrejeter de prime-abord l’armée française surune défensive désavantageuse.
Le duc de Cumberland dirigea ses attaquescontre les villages de Fontenoy et Antoing,mais ne parvint à s’emparer ni de l’un, ni del’autre poste, et nous en trouvons la causedans les moyens peu suffisants qu’il employapour parvenir à son but. Il attaqua ces deuxpostes en front, et ne faisant agir que son in-fanterie, tandis que l’artillerie devait y jouerun rôle important. Une forte batterie, placéesur les hauteurs à droite du village de Bour-geon , aurait pris d’écharpe les fortificationsdu ravin entre Fontenoy et Antoing, et, par unfeu bien dirigé, aurait favorisé l’action del’infanterie.
Les villages de Fontenoy et d’Antoingavaient été fortifiés; et, chose bien inconce-vable , lorsque le prince de Waldeck les atta-qua, il soutint son infanterie par la cavaleriehollandaise. Il est aisé de se convaincre quecette cavalerie fut sacrifiée, et qu’elle fut abî-mée par l’artillerie française.
N’ayant pu forcer ni Fontenoy ni Antoing,le duc de Cumberland dirigea ses troupes en-tre le bois de Barry et le village de Fontenoy,par conséquent dans un sens inverse du pointdécisif, et forma ce fameux carré à trois facesde 15,000 hommes d'infanterie, dont les an-nales nous citent le fameux exemple d’unescène de vrais paladins. Cette masse devaitrompre le centre des alliés; et, pour prévenirce mal, le maréchal de Saxe la fit attaquer suc-
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