Buch 
Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
Entstehung
Seite
314
JPEG-Download
 

EXAMEN RAISONNÉ

ÔU

cessivement par 7 régiments de cavalerie, quifurent repoussés, et perdirent 5 à C00 hommesen tués et blessés. Ceci ne fait que prouver enfaveur de la supériorité de l’infanterie, et l’ou-bli du maréchal de Saxe de soutenir sa cavale-rie par de l’artillerie.

Cette masse gagnant toujours du terrain, etplusieurs régiments d’infanterie et de cavaleriedu centre ayant été mis en désordre, le maré-chal de Saxe lit avancer de l’artillerie, dont lefeu bien dirigé occasionna du flottement dans lecarré. La cavalerie française, qui venait de serallier, attaqua de nouveau et parvint à vain-cre cette masse terrible, dont le mouvementrétrograde décida de la victoire en faveur desFrançais. Si, lorsque l’infanterie du centre del’armée française fut mise en fuite, le duc deCumberland eût profité de ce moment et faitavancer sa cavalerie, il serait parvenu à com-pléter la désorganisation, et la victoire lui au-rait peut-être appartenu.

Bataille de Lovositz , livrée le 1 er octobre 1756.

Une fausse appréciation du terrain qu'onchoisit pour champ de bataille, et d’après la-quelle on dispose ses troupes, ne peut avoirqu’une défaite pour résultat. Le courage destroupes va ordinairement se briser contre lesécueils que la nature nous présente alors, etune vaine effusion du sang en est la suite. Lemaréchal Brown l’a éprouvé à Lovositz.

Les hauteurs parsemées sur un champ de ba-tiille, et qui dominent sur le reste du terrain,smt ordinairement les points décisifs qu’il fautbien se garder d’abandonner à son ennemi. Lemaréchal Brown, au contraire, négligea d’oc-ciper les hauteurs de Homolka et de Lobosch,e; n’y songea pas plus au moment où son avant-girde aperçut l’armée prussienne déboucher dede Welmina, qu’à celui où elle était encoreseule sur le terrain de Lovositz.

Ayant rangé son armée en bataille derrièrele ruisseau et les étangs de Sulovitz et Schir-kovitz, le maréchal Brown ne laissa devant sonfane gauche et son centre que des défilés, qu’ilne pouvait franchir, si son but était de dépos-ter son ennemi, qu’avec difficulté et en colon-jÿs profondes, qui ne présentaient que les têtes

pour défense. Les vignes qui se trouvaient surle penchant des montagnes de Lovositz, quisont partagées en petits enclos, n’étaient quefaiblement gardées, tandis que les villages deKinitz et de Radostitz , qui se trouvaient sur lefront de la première ligne de bataille, ne l’é-taient pas du tout. Frédéric raconte lui-même (î), « que les pandours ne faisaient pas» une résistance vigoureuse, ce qui confirma» dans l'opinion où l’on était, que le détache-ï ment qu’on avait vu la veille campé dans les» environs, se préparait à la retraite, et que» les pandours qui tiraillaient dans les vignes,

» et les troupes de cavalerie répandues dans la» plaine, étaient destinées à faire l’arrière-» garde des autres. »

La position de la cavalerie autrichienne, quele maréchal exposa sans but aux feux fou-droyants de l’artillerie, est une disposition quiest contre toutes les règles de la lactique decette arme. Les manœuvres de celte cavalerie,dont Frédéric le Grand nous donne une de-scription, doivent être pour les militaires uneénigme difficile à résoudre. « En supposant» toujours qu’on n’avait affaire qu’à une ar-» rière-garde, dit-il ( 2 ), on fit tirer quelques» volées de canon contre la cavalerie autri-» chienne, ce qui l’inquiéta, et la fit changer» de position et de forme à plusieurs reprises.» Tantôtellese mettailenéchiquier,quelquefois» sur trois lignes, puis en ligne contiguë; quel-» quefois cinq ou six troupes tirant vers leur» gauche, disparaissaient; bientôt après elles» paraissaient plus nombreuses qu’elles ne» semblaient l’être au commencement; enfin,» ennuyé de cette manœuvre oiseuse, qui lai-» sait perdre le temps et n’avançait point les» affaires, le roi crut qu’en faisant charger» cette cavalerie par une vingtaine d’escadrons» de dragons, cette arrière-garde serait bien» vile dissipée, elle combat terminé, etc. »Unautre incident non moins étonnant, c’est devoir que ce soit le roi qui, au reste, était enavantage, puisque son artillerie massacrait lacavalerie autrichienne, sans que la sienne fûten bulle au moindre danger, qui prit l’olfensivepour charger les Impériaux, tandis queles règlesles plus simples de la lactique de la cavalerie,dont les propriétés sont purement offensives,

( 1 ) Histoire de la guerre de sept ans, tom. 1 , p. 99.

( 2 ) Histoire de la guerre de sept ans, tom. 1 , p. 100.