SUR L’ARTILLERIE.
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Voyons maintenant quels sont les moyensles plus faciles et les plus avantageux pourremplir ces conditions.
Les mouvements paralysant les feux de l’ur-lillerie, y faisant naître un moment d’inaction,et offrant à l’ennemi les moyens de se recon-naître et de se refaire, nous chercherons à noussoustraire à ces inconvénients en mettant à200 toises le maximum de la distance à laquellel’artillerie de réserve prendra sa premièreposition.
Ce que j’érige en principe n’est pas une exi-gence outrée. Je l’ai vu exécuter par l’artille-rie russe à l'assaut de Varsovie, et par consé-quent ce n’est pas de ma part un abus de mots,mais un effet de mon expérience. Je n’ai aucunintérêt d’abuser le lecteur ; qu’il n’oublie pasque ce n’est pas pour flatter l’amour-propre dela nation russe, mais en faveur de la scienceque j’écris.
Mais aussi qu’est-ce que celte artillerie au-rait à craindre en s’approchant à une distanceaussi minime? Rien, car elle arrive en grandemasse sur un point où peut-être l’ennemi nepeut pas même lui en opposer la dixième partie,de manière qu’elle prend de prime-abord uneprépondérance si prononcée que, du moins aucommencement de l'action , à peine un bouletviendra la frapper.
Nous venons de voir de même que le moyenle plus sur de paralyser les feux de l’ennemi ,et de lui ravir la faculté d'en opposer d’équi-valents , étant celui de l’accabler par une infi-nité de projectiles, nous adopterons pour prin-cipe : qu’au moment où les pièces seront ôtéesdes avants-trains , on commencera le feu pardemi-batterie (i), afin de pouvoir lancer àl’ennemi un nombre assez grand de projectilespour paralyser le mouvement de l'artillerie quiviendrait à son secours.
Nous augmenterons ensuite ces feux , enportant leur vivacité à son maximum, et ennous rapprochant du dénuement nous rédui-rons à 150 l'espace des 200 toises dont nousvenons de parler, en avançant par demi-bat-terie ( 2 ).
A celte distance, les feux de noire artillerie
( 1 ) Une batterie, en tiussie , a 8 pièces.
( 2 ) J’avertis le lecteur que, dans le cas présent, enparlant de demi-batterie, j’envisage toute la somme
augmentant d'intensité, et, par conséquent,de vigueur, deviendront nécessairement fou-droyants; car l’infinité de projectiles que nouslancerons ne pourra pas manquer de désorga-niser les masses contre lesquelles nous les di-rigerons. N’oublions pas que la position qu’oc-cupe notre ennemi n’est coupée par aucunaccident de terrain qui puisse le soustraire ànos regards, et que, pour peu que nos artil-leurs sachent pointer, pas un coup ne doit êtreperdu.
La diminution des feux de l’ennemi, la vacil-lation de ses troupes, ou mieux encore leurmouvement rétrograde, serviront de preuveévidente qu’il aura succombé sous nos coups,et de signal pour prononcer le mouvement of-fensif, afin de le désorganiser. C’est par cetteraison que nous ne ferons aucune supputationpour la durée de la canonnade, et je ne hasar-derai pas de dire qu’elle continuera pendantune demi-heure, pendant une heure ou deux;non. On la prolongera autant qu’il sera néces-saire pour pulvériser l’artillerie ennemie, etpour mutiler ses bataillons au point de les forcerà la retraite.
Tout doit être mis en œuvre pour y parve-nir : qu’on sacrifie le dernier artilleur et ledernier canon, et qu’on n’en ait pas seulementla bonne intention, mais qu’on l’essaie effecti-vement. J’invite aussi franchement à porter desi grands sacrifices, parce que je suis inlime-ment convaincu que l’artillerie ne perdra nison dernier homme ni une seule pièce. Je croisavoir démontré, d’une manière irrécusable,que l’initiative des feux la garantissait de cesmalheurs. Mais il me faut celte volonté d'ai-rain telle que le prince de Varsovie l’a dé-ployée sous les murs de cette capitale, car elledécide de beaucoupdans les batailles. L’ascen-dant de l’arme termine ce que l’audace del’homme a commencé,comme je vais le prouvertout à l’heure.
A l’assaut de Varsovie, notre grande batteriedu centre, composée de 120 pièces de canon,avait été mise depuis quelque temps en action,et avait diminué les feux des ennemis. C’estdans ce moment que le comte Toll, croyant à
des pièces qui se trouveront en pesition, c’est-à-dire,qu'on avancera par Îi0 pièces.