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MÉMOIRE
l’opportunité du moment pour tenter l’escaladedes fortifications, demanda au maréchal lapermission de prendre la réserve des grenadiers,et d’envoyer les troupes à l’assaut. Le princerefusa cependant d’accéder à la proposition deson chef d’état-major, car il se convainquit quesi notre artillerie était parvenue à prendre del’ascendant sur les feux ennemis, elle ne lesavait pas paralysés tout à fait, et envoya aucontraire ses aides de camp pour en faire re-doubler la vivacité.
Notre grande batterie se trouvait alors toutau plus à 130 toises des fortifications; l’ordredu maréchal ayant été transmis, la canonnadedevint, à la lettre, terrassante, et, dans l’espaced’une demi-heure qu’elle dura encore, je puisassurer le lecteur que l’action de l’artillerieennemie fut presque annulée, et que pas unseul bataillon n'osa se montrer pour venir ausecours des redoutes.
Le silence à peu près total des batteriespolonaises servit de signal à l’assaut, le ma-réchal l’ordonna, et le lecteur en connaît lerésultat.
Si l’action s’est passée comme je l’ai décrite,si notre artillerie a rempli les devoirs que jelui impose , l’ennemi n’y aura pas résisté, vul’impossibilité de diminuer, encore moins d’an-nuler nos feux. Il suffit qu’elle se soit renduemaîtresse de l’initiative pour bouleverser tousles projets des adversaires; elle leur raviraitles moyens de remédier au mal, en opposantun nombre équivalent de pièces , parce quecelles-ci seraient pulvérisées avant d’entrer enaction.
Pour donner plus de véracité à mon tableau,et prouver que ce que je présage à l’ennemin’est pas une simple fiction, mais un résultatpositif de l’engagement, je vais récapitulerles dillérenls accidents de l’action des deuxpartis.
L’une a 80 jusqu’à 100 pièces de canon enbatterie qui, à une distance de 200à 150toises,par conséquent dans un espace où l’infanterieni la cavalerie ne résistent pas longtemps auxfeux de l’artillerie, lancent une infinité de car-touches à balles, d’obus et de boulets, tandisque l’autre arrive avec une troupe qui ne peut
(i) N’oublions pas que l’artillerie ennemie arrive dela réserve.
lui livrer de feux qu’après avoir parcouru unassez grand espace de terrain sous les projec-tiles de son ennemi (i), et après avoir, mêmeavant d’entrer en lice, perdu beaucoup d’hom-mes et de chevaux ; perte qui met de prime-abord un grand nombre de pièces hors de ser-vice. Ce n’est ni la bonne volonté de s’opposerà leurs ennemis, encore moins le courage pourle faire qui manqueraient aux derniers arri-vants; mais l’impossibilité de parvenir jusqu’àla position, paralyserait notre dévouement.
Le feu de l’ennemi est impuissant, le noirea acquis le maximum de son intensité, sesbataillons succombent sous le poids des pro-jectiles qui , à chaque trente secondes , en-lèvent des centaines d'hommes, et élargissenttellement les rangs, que le militaire qui a as-sisté à ces scènes de carnage, avouera fran-chement qu’une heure d’un combat pareilsuffit pour mettre plus d’une division hors decombat, et pour nettoyer un grand espace deterrain, en produisant sur le reste un efl'etmoral très-nuisible.
Les bataillons contre lesquels la masse d’ar-tillerie aura été utilisée, ne peuvent plus semaintenir, le contact tactique des lignes estrompu jusqu’au moment où des troupes fraî-ches viendront rétablir l'équilibre en prenantposilion sur le point mis en échec ; mais ledevoir du général en chef sera justement deprofiler de ce moment opportun où l’ennemi,devenu impuissant, s’offre à ses coups, pourpoursuivre le succès obtenu.
Quittons pour un moment nos batteries etleurs serviteurs pour aborder la seconde par-tie de la question, et discutons la nécessitéabsolue de préparer les troupes qui devrontachever ce que l’artillerie aura commencé.
L’opération en général appartient nécessai-rement au troisième moment de la bataille,page 291 ( 2 ) , à celui du dénoûment, quin’arrive que vers la fin de la journée, et parconséquent dans une époque où les troupesdes lignes sont épuisées de fatigue. Ce seraitdonc une absurdité, et le meilleur moyen au-devant d’un échec, que d’employer pour lechoc décisif des troupes qui auraient soutenuun combat meurtrier pendant des heures en-
( 2 ) Examen raisonné , etc.