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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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HISTOIRE

aux opérations de stratégie et de tactique (1).

Loin de moi l’idée de vouloir jeter le blâmesur la conduite des généraux autrichiensdans cette campagne; on sait trop que leursmoindres mouvements sont prescrits ou diri-gés par le conseil séant à Vienne. Quand ungénéral a ainsi les mains liées , on ne peut,sans injustice, le rendre responsable du suc-cès. Cependant les commandants impériauxont assez mis au jour leurs qualités person-nelles , pour qu’il soit permis de ne leur pointtrouver de génie militaire, et de les rangerdans une classe fort inférieure à celle desgrands maîtres de l’art.

Lorsque c’est par l’ancienneté de serviceque l’on parvient aux premiers grades, il estrare que ceux qui en sont revêtus y appor-tent les talents nécessaires. Le mérite languitinconnu dans l’obscurité des emplois subal-ternes, tandis que l’incapacité usurpe les hon-neurs et le pouvoir. C’est là l’avant-coureurle plus certain de la chute d’une monarchie.La fermentation, inséparable d’une révolu-tion, a fait paraître, en France, des hommesqui, dans un temps calme, n’eussent pas mêmesoupçonné ce dont ils étaient capables. Cedéploiement subit de facultés transcendantes ,est une des premières causes auxquelles il failleattribuer la supériorité marquée des Françaisdans cette guerre.

Le commandement des armées autrichien-nes , dans ces derniers temps, a quelquefoisété aristocratique. Les états-majors, les ad-judants, en plus d’une circonstance, en ont di-rigé les opérations; du moins la voix publiqueles leur a-t-elle souvent imputées. Sans cher-cher à découvrir ces ressorts cachés, l’obser-vateur des événements militaires ne considèrecomme général effectif que celui qui en portele titre. Il ne s’informe pas si le nom de Krayet celui de Mêlas représente une compagnieou un individu : le général apparent est, pourlui, l’âme de l’armée.

Quel que soit, au reste , l’auteur du pland’opérations qui a été suivi, on ne peut nier

(i) Voici la définition que l’auteur donne de ces deuxmots, dans son premier ouvrage :

« J’appelle stratégie, les mouvements de guerre de» deux armées hors du cercle visuel réciproque, ou, si» l’on veut, hors de l’effet du canon.

» La science des mouvements qui se font en présence

qu’il ne fût très-défectueux. La premièrefaute commise précédemment, avait été delaisser conquérir la Suisse par les Français.On ne pressentait pas à Vienne de quelle ex-trême conséquence serait, par la suite, la pos-session de ce pays. Je dois m’arrêter ici poury démontrer l’application d’un principe quej’ai posé ailleurs (2).

J’ai dit que, chercher à pénétrer entre deuxcorps, c’était attaquer une courtine entre deuxbastions , c’est-à-dire, que dans les opérationsde stratégie (mouvements de loin), comme danscelles de tactique (mouvements de près), ilétait toujours dangereux de prêter le flanc.Néanmoins, il est évident que ce principesouffre des modifications; par exemple, si lesdeux angles saillants sont à une grande distancel’un de l’autre, leur action sur les mouvementsde stratégie et de tactique, cesse entièrement,et c’est au coup d’œil du général à juger etdéterminer ces effets.

Un seul bastion protège par ses flancs, jus-qu’à une certaine distance, les courtines ad-jacentes ; de même aussi une position avancéecouvre le pays adjacent. L’application estmaintenant facile à faire, et nous verrons quece principe a été confirmé jusqu’à la dernièreévidence par la campagne dont il s’agit ici.

La Suisse , par rapport à l’Italie et au sudde l’Allemagne, forme un bastion avancé ; cesdeux contrées sont flanquées par elle. L’opé-ration capitale des Autrichiens devait doncêtre de reconquérir la Suisse.

D’ailleurs , les Impériaux, dans cette cam-pagne , semblaient animés de vues de con-quêtes, fondées sur l’espoir de l’affaiblissementdes Français. Pour conquérir, il faut attaquer,il faut paraître en campagne avant l’ennemi.Il paraît que cela eût été possible aux Impé-riaux. C’est un axiome incontestable, que lemouvement accroît la force. De là , l’avantagede l’assaillant dans les opérations et les com-bats. Il fallait donc attaquer la Suisse, aussitôtque possible, avec une force supérieure ; ce quiétait d’autant plus facile à exécuter, que les

» de l’ennemi, de manière à pouvoir en être vu et at-» teint par son artillerie, cette science est la tactique. »Esprit du système de guerre moderne.

(Note du Traducteur.!

(2) Esprit du système de guerre moderne, 1" pari.,sect. vi.