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HISTOIRE
voyant fondre de toute part les troupes fran-çaises dans l’Italie : elles arrivaient sans maga-sins , il fallait en conquérir, ou s’exposer àtoutes les horreurs de la famine. Les générauxfrançais avaient apparemment compté sur lesressources que leur oflîrirait le pays ennemi,et l’événement justifia leur espoir.
Mais comment ne pas s’étonner, en obser-vant que les Autrichiens avaient établi leursmagasins dans des places ouvertes? Vaine-ment alléguera-t-on qu’ils ne pouvaient pré-voir que les Français franchiraient les Alpes;il faut tout prévoir à la guerre, et, d’ailleurs,rien ne saurait excuser une contraventionaussi formelle aux principes fondamentaux del’art militaire.
Par cet exemple seul, les antagonistes desplaces fortifiées se verront forcés de convenirqu’elles sont d’une utilité inappréciable pourl’établissement des magasins. Si les Impériauxavaient songé à placer les leurs dans les nom-breuses forteresses dont ils étaient en posses-sion, les Français, assurément, ne s’en seraientpoint emparés. Il eut fallu qu’ils assiégeassentces forteresses, et il suffisait que la premièretint seulement huit jours. Je renvoie ici meslecteurs à ce que j’ai déjà dit sur celte matièredans mon premier ouvrage ( 1 ). La citadelle deMilan aurait pu servir de dépôt, sans sonextrême petitesse ; c’est ce qui prouve encoreaux ennemis des grandes places, qu’il est descirconstances où elles sont d’un secours indis-pensable. Après la faute d’avoir mis leursmagasins dans des villes ouvertes, il en estune, non moins grave, à reprocher aux Autri-chiens : c’est de ne les avoir point brûlés, plutôtque de les laisser tomber au pouvoir de leursennemis.
D’ailleurs, ils savaient que ces magasinsn’étaient pas à l’abri d’une invasion opérée parle 'Saint-Gothard et le Simplon ; en supposantmême qu’ils n’aient pas su prévoir que la co-lonne du val d’Aoste se porterait aussi sur leMilanais : il fallait donc envoyer dans ce duchéun corps respectable, au lieu de retenir, enpure perte, des troupes aux environs de Turin.Une étude réfléchie des différentes guerres oùont été engagés les Autrichiens, fait voir qu’il
(1) Esprit du système de guerre moderne, i re part.,sect. r*.
a toujours manqué à leurs généraux un destalents les plus précieux; c’est celui de faire unedistribution convenable de leurs troupes. Dansla mémorable guerre de sept ans, ils ont con-stamment tenu leurs forces trop concentrées.Frédéric le Grand se serait quelquefois trouvédans des positions extrêmement critiques, s’ilsavaientsu faire des détachements à propos ; maisle maréchal Daun, au milieu des plus formi-dables armées, ne se croyait jamais suffisam-ment entouré.
Dans les guerres qu’ils ont soutenues depuiscette époque, les Impériaux se sont opiniâtrésà la formation d’un mur de troupes, partouttrop faible pour l’attaque et la défensive. L’in-vention de ce fatal système de la guerre decordon, appartenait au général Lascy, le mêmeauquel l’Autriche peut reprocher d’avoirénervéses armées, qu’il dépouilla de leur principaleforce, c’est-à-dire, de l'infanterie légère.
Cependant, le général Monccy, qui venaitde passer le Saint-Gothard, était, le 5 juin, àVarese, dans le Milanais. Le corps du généralBélhencourt, était arrivé par le Simplon, et setrouvait, à la même époque, à Valenza.
Pour assurer la communication avecla France,la division Chabran demeurant dans le vald’Aoste. La citadelle d’Ivrée fut mise en élatdedéfense; et le général Turrcau, renforcé d’unedivision de l’armée de réserve, sc tenait entreSuze et Rivoli, pour observer les Autrichienscampés sous Turin.
Le plan du consul Bonaparte se trouvaitalors suffisamment développé. Le Milanais étaitdéjà presqu’entièrement envahi, et toute com-munication directe avec l’Autriche, interceptée.Jusque-là, l’immobilité des Autrichiens peutrigoureusement s’excuser par les règles de laprudence, qui leur conseillait d’attendre quel’ennemi se fût prononcé, avant de concerterles mesures à lui opposer. Mais Milan, une foisau pouvoir des Français, qu’avait à faire le gé-néral Mêlas? Deux partis s’offraient à lui, à cequ’il me semble.
Le premier était audacieux, téméraire même,et sa singularité pouvait en assurer le succès :il consistait à faire précisément ce que faisaitBonaparte.
C’est-à-dire, de même que Bonaparte faisaitune diversion en Italie, en faire une en France ;passer sur le. corps du général Turreni, et,