1)E LA CAMPAGNE DE 1800.
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semblable à Scipion, aller tomber sur l’Afrique,pendant qu'Annibal était en Italie.
U est infiniment peu de généraux qui aiententendu ou qui entendent la théorie des di-versions , parce que les esprits vulgaires sonteffrayés de tout ce qui s’écarte delà ligne com-mune.
Il paraît, d’abord, assez hasardé de la partdes Français, d’avoir retiré leur avant-gardede Chivasso. Tant qu’elle y resta, elle servait àobserver les Autrichiens, qui se trouvaient alorspressés entre deux corps, dans une positionconcave.
Mais, en portant celle avant-garde sur Ver-ceil et Pavie, la communication avec le vald’Aoste et le Saint-Bernard était interrompue.La division Chabran, en s’engageant trop avantdans cette vallée, pouvait s’y trouver acca-blée par la majeure partie des forces autri-chiennes.
Au lieu de détacher le général Otto surAlexandrie, où il se lit battre, il fallait le réunirau corps d’armée principal, tomber en forcesur le général Turreau, et le contraindre à uneretraite précipitée.
Dans celte nouvelle hypothèse, la positionsous Turin, loin d’èlre blâmable, devenaitd’une haute importance; elle menaçait totale-ment le flanc des Français. Lorsqu’on veutdéfendre une ligne, on la protège aussi effica-cement d’une des extrémités, que du centre.
A mesure que les troupes qui avaient serviau blocus de Gènes, arrivaient sous Turin,elles relevaient celles qui se dirigeaient sur laFrance, pour opérer la diversion, objet detous les mouvements que je trace ici.
Je prie mes lecteurs de ne point me condam-ner par un jugement précipité, de ne point mereprocher de violer moi-même le grand prin-cipe de la base d’opérations : je prétends prou-ver, au contraire, que loin de mettre, parl’observation de ce principe, des entraves auxopérations des armées modernes, je leur fa-cilite les moyens d’exécuter des entreprisessupérieures à celles que n’oseraient seulementconcevoir les antagonistes de mon système.
Je pense qu’il eût été imprudent de com-mencer trop tôt la grande opération dont ils’agit. J’aurais attendu, non-seulement que lesFrançais eussent occupé Milan et Pavie, maismême qu’ils eussent passé le Pô, c’est-à-dire,
que je n’aurais fait aucun mouvement avant le6 ou 8 juin.
Le général Otto, après l’échec qu’il reçut,devait se retirer sous Alexandrie. Les Françaisvenaient-ils l’y attaquer de nouveau, il se re-pliait sur Acqui : par cette retraite excentrique,il partageait l’attention de l’ennemi; il l’attiraitau sud vers Gènes, tandis qu’au nord , et dansla partie de Turin, se préparaient les coupsdécisifs.
Le corps chargé d’observer la division fran-çaise dans le val d’Aoste, devait, ce me semble,occuper Chivasso, et celui qui couvrait lesderrières de l’armée agissant en France, ne pass’écarter de Turin. La totalité des forces dugénéral Mêlas lui permettait de faire face par-tout; où le besoin l’exigeait. Mais il faut, pourpremière supposition, admettre que l’arméeautrichienne tirait ses subsistances des maga-sins formés dans les forteresses du Piémont.C’est ici une condition sine quâ non; et, pourne pas me répéter, je renvoie à ce que j’ai ditplus haut sur cet important article.
On pouvait prendre pour base d’opérations,Coni, Savigliano, Saluces, Pignerol, Turin etSuze. Cette base, quand on se rapprochait desobjets d’opérations, était, à la vérité, assezétroite ; mais l’ennemi se trouvait dans lemême cas, par l’effet des montagnes qui nelaissaient pour agir que des vallées de peud’étendue.
En pénétrant sur le territoire français, lesAutrichiens ne rencontraient point de troupesqu’on put leur opposer, du moins dans les pre-miers moments. Deux points se présentaient àeux, Genève et Grenoble. Une de leurs colonnesse formait sous Pignerol; l’autre marchait deTurin vers Suze.
Avant de suivre le progrès ultérieur de cescolonnes, je dois faire remarquer qu’il existe,dans ces montagnes, des chemins ou sentiersfrayés, beaucoup plus praticables que l’on nese l’imagine communément. Ces chemins sontencore des vestiges de la grandeur et de lapuissance des Romains ; on ne les trouve pasdans la partie où n’ont point passé ces conqué-rants. Les chemins, ouverts nouvellement àtravers le Saint-Bernard et le Simplon, serontaussi d’éternels monuments de la grandeur deBonaparte et des Français.
La colonne de Pignerol se dirigeait par