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Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des mémoires sur les principes de la stratégie; de l'examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un mémoire sur l'artillerie / par N. Okouneff
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HISTOIRE

la vallée du pays Chiuson et le Mont-Genèvre,sur Briançon, qu’il l'allait occuper brusquement.

Cette colonne couvrait le flanc gauche del’autre ; une division se portait sur Embrun,et s’emparait de celte place.

Quant à la colonne de Suze, après avoir battule général Turreau (ce qui n’était point diffi-cile, vu la grande supériorité de forces ), ellepénétrait en Savoie par le Mont-Cenis : elle sedivisait alors en deux branches ; l’une se por-tait sur Grenoble par Saint-Jean-de-Maurienneet Bourg-d’Oyssans; l’autre sur Genève, parAnnecy ou Chambéry.

Arrivées à ces différents points, les colonnesautrichiennes concertaient leurs opérationsultérieures. Je remarque encore que celte par-tie de la frontière de France se Irouvait dégar-nie de troupes, afin que l’on ne m’accuse pointde calculer trop légèrement.

On m’objectera, peut-être, que les progrèsde l’armée de Bonaparte, en Italie, pouvaientcontraindre les Autrichiens à revenir sur leurspas; mais, n’était-il pas également possible,probable même, que les Français, au lieu des’engager dans la Lombardie, se seraient jetéssur leur droite pour se rapprocher de l’ennemi?Les forteresses du Piémont leur présentaientun obstacle insurmontable dans les circon-stances. Le temps s’écoulait, et leur plan d’in-vasion se trouvait par cela seul déjoué etgrande partie.

Des événements d’une haute importancepouvaient même avoir lieu. Si les Impériauxavaient pénétré jusqu’à Genève, qu’arrivait-il?La Suisse était, pour ainsi dire, livrée à elle-même; il est donc à présumer qu’elle seraittombée en leur pouvoir. L’armée du généralMoreau, tous les jours aux prises avec un en-nemi nombreux, et déjà affaiblie par le grosdétachement du général Moncey, ne pouvaitcéder l’Allemagne à Kray, pour venir défendrela Suisse. G’eùl été, d’ailleurs,se mettre entredeux feux. La colonne autrichienne, arrivéeà Genève, travaillait à se mettre en conjonctionavec le corps du prince de Reuss dans le Tyrol.La seconde armée de réserve, qui se forma de-puis à Dijon, n’existait pas encore. Bonapartepouvait donc craindre de voir les Autrichiensconquérir la Suisse derrière lui.

Je regarde, en conséquence, la colonne deGenève comme infiniment plus importante que

celle de Grenoble. Celle-ci n’est même là quepour couvrir le flaiic gauche de la première.

Je montre aux Français trois têtes de colonnes,à Briançon, à Grenoble, à Genève. Ces troiscolonnes marchent stratégiquement vers lesobjets de leur destination, en raison inversede leur importance.

Celles de Briançon et de Grenoble ne peuventmanquer d’attirer toutes les forces disponiblesdes Français; celle de Genève ne sera pointinquiétée. Peut-être le général Turreau se se-rait-il jeté sur Grenoble, plutôt que sur Ge-nève; la conquête de la Suisse n’en devenaitque plus facile.

La colonne partie de Suze avait plus de40 lieues à faire pour gagner Genève; celtemarche devait être extrêmement rapide. La ca-valerie restait presque toute en Italie; l’artil-lerie suivait au moyen de doubles attelages,ainsi que le peu de charrc>is indispensables ; et,de cette manière, on pouvait au bout de sixjours, paraître devant Genève.

Cette ville recevait une forte garnison, quandmême on eût pénétré dans l’intérieur de laSuisse. On laissait aussi un détachement àChambéry, pour persuader aux Français quec’était la tête d’une colonne qui voulait sc porter |sur Lyon.

Si la division Chabran, sur le bruit de lamarche de l’ennemi, se fût portée du vald’Aoste en Suisse, un des corps autrichiensrestés en observation, la suivait à la trace. Ainsi,un renfort français amenait un renfort autri-chien.

Il est évident que si Bonaparte eût détachélui-même de l’Italie vers la Suisse, il se trou-vait immédiatement jeté dans la guerre défen-sive. Dès, que pour s’opposer à une diversionen flanc et à dos ( et c’est ainsi que se fait toutediversion), on détache directement vers lepoint menacé, on s’affaiblit dans celui que l’onoccupe, ce qui amène nécessairement un sys-tème défensif, toujours très-dangereux.

Règle générale : à toute diversion, opposezune diversion, faite sur un autre point. Votreennemi a dû se dégarnir pour faire la sienne ;il vous a indiqué le côté où il faut le frapper.

On voit que les Français avaient été con-traints de diminuer leurs forces en Savoie eten Suisse, pour l’exécution de leur grande en-treprise d’Italie : les Impériaux auraient donc